Les agriculteurs aussi sont QLF (que la ferme)

Mouv' Nation Vendredi 24 février 2017

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Sur le terre-terre avec les jeunes agriculteurs !
Précarité, isolement, taux de suicide élevé : le métier d'agriculteur n'a pas bonne réputation et pourtant tous les ans, des milliers de jeunes continuent de reprendre le flambeau. À la veille du salon de l'agriculture à Paris, rencontre avec des jeunes qui en ont assez des préjugés.

MOUV' NATION #S2E22 : Les agriculteurs aussi sont QLF (que la ferme).

En France aujourd'hui, environ 110 000 jeunes travaillent dans les métiers de la terre et les filles sont de plus en plus nombreuses. Cultures fruitières, élevage de bovins, viticulture, polyculture, maraîchage, céréaliers... des métiers indispensables mais mal considérés. Les enquêtes journalistiques sur les pratiques de certains exploitants qui utilisent abondamment des pesticides ou les révélations d'associations comme L214 qui militent contre la souffrance animale n'ont rien arrangé. Aujourd'hui, les agriculteurs parviennent difficilement à vivre de leur métier et souffrent d'une image souvent tronquée. Pourtant la profession continue d'attirer les jeunes. À l'occasion du salon de l'agriculture qui débute à Paris le 25 février, Mouv' Nation a rencontré des élèves du lycée agricole de Thiérache dans les Hauts-de-France qui vont participer au trophée national des lycée agricoles. Reportage également dans le métro parisien avec le syndicat des Jeunes Agriculteurs qui n'a pas hésité à investir 100 000 euros dans une campagne de communication.  Objectif : tenter de redorer la réputation d'une profession qui se dit mal-comprise et même parfois mal-aimée.    

LE MIX : "Nous les agriculteurs, personne ne nous écoute" 

 

Quand on vient de la campagne, on est pris pour un ringard. 


 

Ils ont entre 18 et 20 ans et s'appellent Julien, Anthony, Caroline, Emma, Camille, Gauthier ou Rachel. Leur but dans la vie : devenir agriculteur, éleveur ou céréalier par exemple. C'est à Fontaine-les-Vervins, petit village de l'Aisne où se trouve leur lycée, que nous les avons rencontrés pour parler de leur futur métier. Contrairement à une idée répandue, tous n'ont pas des parents agriculteurs. Certains ont été attirés par l'aspect scientifique de la profession, beaucoup d'autres ont une passion pour les animaux et s'imaginaient vétérinaire avant de s'engager dans la filière agricole.

J'ai toujours aimé traîner dans les fermes. Les pieds dans la terre ou les habits sales, ça ne me dérange pas. 


 

Un parcours qu'il faut savoir assumer car les moqueries arrivent très tôt dans la scolarité.  Anthony par exemple se souvient que dès le collège, alors qu'il habitait dans une grande ville, il devait faire face aux préjugés de certains de ses camarades : "j'ai fini par passer au-dessus de ça mais on s'est bien foutu de moi. Je me suis fait traiter de ringard parce que je viens de la campagne, ça ne plaisait pas à tout le monde". 

Mes parents se sont dit "qu'est-ce qu'elle va faire là-dedans ?" mais ils ont évolué, et puis il y a de plus en plus de filles dans ce métier. 


 

(À écouter ici)

Caroline avec "Inespérée", la vache qui l'accompagnera au salon de l'agriculture à Paris

On connait la vie des urbains mais eux ne connaissent pas la nôtre. 


 

Il y a l'image un peu méprisante du "campagnard" souvent véhiculée par les gens de la ville mais il y a aussi des réalités plus concrètes résumées par Emma : "On nous accuse de vouloir faire de l'exploitation intensive ou de ne pas respecter les animaux mais les gens de la ville notamment n’y connaissent rien et ils ont souvent une vision trop négative". Il y aurait donc une déconnexion entre les gens de la ville et des campagnes, entre les urbains et les ruraux. C'est sûrement vrai et c'est en tout cas vécu comme tel par les jeunes agriculteurs que nous avons rencontrés. "Je ne dis pas que les problèmes de pesticides, d'agriculture intensive ou du mal-être des animaux n'existent pas, explique par exemple Rodolphe, éleveur dans le Calvados, mais ils ne reflètent qu'une partie négligeable de la filière". 

Montrer un autre visage des agriculteurs. 


 

Pour tenter de reprendre la main et donner une autre image, le salon de l'agriculture qui aura lieu du 25 février au 5 mars est un rendez-vous incontournable avec ses 700 000 visiteurs. Le syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) a même décidé d'aller plus loin en finançant une campagne de communication grâce à de grandes affiches dans 263 stations, soit la quasi-totalité du métro parisien. L'idée c'est de montrer des agriculteurs modernes aux profils très variés : hommes, femmes, éleveurs, céréaliers, vignerons, de métropole ou des outre-mer.

(À écouter ici)

Rodolphe s'affiche pour lutter contre les clichés.

 

Le son de la semaine : Kamini - Marly-Gaumont

 


Crédit photo : Nasser Madji

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