La banlieue peut-elle voter FN ?

Mouv' Nation Vendredi 18 novembre 2016

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La banlieue peut-elle voter FN ?
Le Front National peut-il cartonner en banlieue en 2017 ? En tout cas Marine le Pen tente de convaincre les millions d'habitants des quartiers populaires sans lesquels elle n'a aucune chance de remporter la présidentielle.

MOUV' NATION #S2E11 : Banlieue : le FN en embuscade.

Il y a quelques années, poser la question d'une présence forte du FN en banlieue était impensable. Aujourd'hui tout a changé. D'abord le parti de Marine Le Pen a beaucoup progressé au fil des scrutins et il réalise des scores impressionnants y compris dans les villes périphériques. Lors des dernières municipales de 2014, il a même réussi à remporter la commune de Mantes-La Ville (78) grâce à un duel fratricide de la gauche. Le FN fait des bon scores en banlieue et s'enracine par exemple à Chelles, Chilly-Mazarin, Créteil, Meulan, Noisy-le-Grand, Montfermeil (49% aux dernières départementales l'an dernier) et dans bien d’autres communes... Comme souvent, le FN récolte les fruits de la défiance, de la déception, de la colère des habitants qui n'en "peuvent plus" des autres partis politiques. Dans les banlieues, certains en viennent même à penser voter Le Pen pour "faire tout péter". Ils sont nombreux y compris chez les Français d'origine étrangère et de confession musulmane, et même si Marine Le Pen ne cesse de critiquer l'Islam et joue constamment avec les amalgames. C'est d'ailleurs la stratégie du FN : jouer sur le rejet du système et tendre la main aux classes populaires qui se replient aujourd'hui dans l'abstention. Cette semaine Marine Le Pen a donc lancé officiellement son opération séduction en égrenant quelques propositions sur la banlieue. Son thème favori est la restauration de l'autorité dans les quartiers. Mais ce n'est pas tout, un collectif de réflexion et d'action qui s'appelle "Banlieue Patriote" a également été mis en place ainsi qu'une télé Banlieue sur YouTube. Des initiatives modestes et axées sur la communication mais qui montrent bien l'intérêt du FN pour le sujet. Mouv' Nation s'est rendu à Genevilliers (92) et à Villeuneuve-Saint-Georges (94) pour rencontrer ceux qui sont directement visés par le FN. Nous avons également rencontré plusieurs jeunes nouveaux adhérents du Front National pour essayer de comprendre pour quelles raisons il avaient choisi de rejoindre le parti d'extrême droite.   

Le MIX : "Le FN progresse dans les banlieues"

(À écouter ici)

 


 

Quand on est au FN, on passe sa vie à se justifier. 


 

Jordan Bardella, 21 ans étudiant à Sciences-Po est née et habite en Seine-Saint-Denis. C'est lui qui est aujourd'hui la "vitrine" du FN dans les banlieues. Vous ne le verrez jamais discuter au pied des immeubles ou distribuer des tracts dans les cités du 93, en revanche, il aime aller chercher les électeurs sur les marchés des zones pavillonnaires... toujours en banlieue mais loin des grands ensembles. C'est toute la contradiction et l'hypocrisie du FN qui assure aujourd'hui qu'il "n'y a plus d'incompréhension entre le FN et les banlieues". C'est évidemment faux. La majorité des Français d'origine arabo-musulmane redoute toujours dans leur très grande majorité de voter pour le FN. Le discours qui voudrait que le FN vise uniquement l'Islam radical et non les musulmans dans leur ensemble ne prend pas.

Tu votes FN ? Je te croyais plus intelligent  ! 


 

Le discours du FN dans les banlieues progresse lentement et semble séduire de plus en plus de jeunes. Nous avons rencontré à Paris lors d'une conférence de presse du FN plusieurs nouveaux adhérents comme Jordan 22 ans, Benjamin 24 ans, Quentin 21 ans et Guillaume 21 ans. Originaires du 94, ils ont tous pris leur carte au FN il y a moins de six mois. Un choix courageux disent-t-ils et qu'il a fallu justifier à plusieurs reprises. "Il faut enlever tous les préjugés et les gens me disent que je suis un idiot d'avoir rejoint le FN" explique par exemple Benjamin. "Il y a toujours un tri dans les amis" confirme de son côté Guillaume. Alors pourquoi avoir rallié le FN ? C'est la peur qui semble avoir guidé leur choix. Peur que tout se décide à Bruxelles et plus à Paris par exemple et que la France perde sa souveraineté, peur aussi que les étrangers soient trop nombreux.

(À écouter ici)

Benjamin, Quentin, et Guillaume, adhérents FN

 


 

Les politiques ne nous calculent pas, on ne les calcule pas nous plus, du coup le FN essaie de gratter.


 

"Banlieusard et fier de l'être" : c'est le thème du 1er festival de la banlieue organisé par la ville de Villeuneuve -Saint-Georges dans le 94. On a donc décidé de profiter de l'occasion pour aller interroger plusieurs jeunes suir leur rapport à la politique et au Front National. "Le FN ils sont super forts, ils viennent gratter les abstentionnistes parce qu'ils savent que l'on vote très peu dans les banlieues" nous explique par exemple Sarah. Abdoulaï lui sait pertinemment que le thème de l'insécurité dans les quartiers est porteur.

 Les autres partis, c'est le flou, on dirait qu'ils sont camouflés, le FN c'est le moins hypocrite mais c'est celui qui nous fait le plus peur. 


 

Autre indicateur de la poussée du FN dans les quartiers populaires, le fait que l'on n'ait plus peur de le revendiquer. "Aujourd'hui celui qui vote le FN ne se cache plus, au contraire il en est même fier" raconte Abdoulaï. Une banalisation dont les médias seraient en grande partie responsables. "On a trop parlé du FN, du coup on s'y est habitué et on a moins peur qu'avant" insiste encore Sarah pour qui l'élection de Donald Trump a été un révélateur.

Quand on voit que Trump a été élu, on se dit qu'en 2017, ça peut être chaud pour nos fesses.   


 

(À écouter ici)

Yacine, Abdoulaï (De gauche à droite) / Sarah, et Mina (au premier plan)


 

 En banlieue, les gens veulent voter FN pour casser le système. 


 

"Le ras le bol est tellement fort que le FN n'a même plus besoin de travailler, ils n'ont qu'a ramasser la mise" : cette conclusion ne vient pas d'un supporter du parti de Marine Le Pen mais de Nadir Kahia, éducateur et président de Banlieue Plus, une association qui travaille dans les quartiers populaires et déshérités de Gennevilliers dans le 92. Un constat partagé par Sébastien Parisot que nous avons également interrogé. "Les gens n'ont plus d'argent, on leur avait promis des jours heureux et on a des nuits catastrophes" explique celui qui travaille depuis des années avec les jeunes des Hauts-De-Seine. Il ajoute "les politiques ont tellement déçu que dans toutes les tranches d'âges, les gens se posent la question de voter FN, quitte à avoir des soucis, autant savoir par qui on se fait frapper". Le mot de la fin sera pour Nadir Kahia, en forme de coup de gueule.

J'en veux aux politiciens de gauche comme de droite d'avoir menti, d'avoir failli, d'avoir trahi, et aujourd'hui on met tout sur le dos d'une catégorie de Français en fonction de leur origine sociale ou de leur religion, c'est honteux


 

(À écouter ici)

Nadir Kaiha, président de Banlieue Plus, et Sébastien Parisot, éducateur au Luth à Gennevilliers.

 


Crédits photos : Marion Lagardère et FLICKR

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