"J'ai 20 ans et je suis SDF"

Mouv' Nation Vendredi 20 janvier 2017

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"J'ai 20 ans et je suis SDF"
Un million de pauvres supplémentaires, deux fois plus de SDF en 10 ans, et les premiers touchés sont les 18-25 ans. Alors que le plan grand froid vient d'être déclenché, reportage à Paris avec les galériens qui dorment dans la rue et ceux qui leur viennent en aide.

MOUV' NATION #S2E18 : "J'ai 20 ans et je suis SDF"

D'abord une question, qu'est-ce qu'être pauvre aujourd'hui en France métropolitaine ? Il faut en fait se référer au seuil de pauvreté qui s'élève aujourd'hui à 840 euros. Est donc considéré comme pauvre celui ou celle dont les revenus ne dépassent pas cette somme. La France compte environ 9 millions de pauvres. Au cours des dix dernières années (2004-2014), le nombre a augmenté de 1,2 million et les premières victimes selon l’Insee sont les plus jeunes : environ 25 % des 18-25 ans vivraient sous le seuil de pauvreté. Un pourcentage nettement plus élevé que parmi les autres tranches d’âge. Des millions de pauvres, au moins 200 000 sans-abris et pas moins de 2000 morts dans la rue chaque année. Grâce à l'association Aurore et Halte Jeune, Mouv' Nation est allé à la rencontre de plusieurs jeunes qui ont bien voulu témoigner de leur parcours. Souvent, leur situation est la conséquence d'une rupture avec la famille et certains vivent dans la rue depuis plusieurs années. Reportage également avec ceux "qui se sentent privilégiés" et qui viennent en aide aux SDF. Kaly, Abdel, Madjoula, Fadila, Wassila et les autres font partie de l'association Jeune Aumône : Cœur sur la Main et vont à la rencontre des plus démunis deux fois par semaine. À écouter également, l'interview du président d'Emmaus Thierry Khun qui lance avec une cinquantaine d'associations une série d'initiatives pour mettre la pauvreté au coeur de la présidentielle. 

Le Mix : "C'est de la faute des gens si ils sont pauvres ?"

 

 Je ne dis pas aux autres que j'aide les SDF, je le fais pour moi et pas pour aller me vanter après - Abdel 17 ans 



 

Du thé brûlant, de la soupe bien chaude, des fruits bios et des pâtes "faites maison" : deux fois par semaine, ils sont une dizaine de bénévoles de l'association Jeune Aumône à se retrouver aux abords de la gare de Lyon à Paris pour venir en aide aux SDF. La plupart sont jeunes, salariés ou étudiants, certains ont à peine 16 ans ou sont encore au lycée. Depuis quelques jours, c'est Kaly Mavinga, 22 ans, qui a succédé à Dounia Faresse à la présidence de l'association :

 J'ai pris conscience qu'on est des privilégies, la première fois  que je suis allé distribuer à manger aux SDF, c'était dur, on se rend compte que ces gens sont comme nous et que ça peut nous arriver.  


 

Ce qu'on ne mesure pas vraiment quand on s'engage dans ce genre d'associations, c'est aussi le lien qu'on arrive à créer avec les gens à qui on vient en aide nous raconte Madjoula : "On aime bien être au contact avec eux, on finit pas vouloir avoir de leurs nouvelles avec l'habitude et ça nous manque quand on ne vient pas". Comme si la générosité était contagieuse : "la semaine dernière j'ai ramené une collègue de travail et là ma nièce de 16 ans est venue pour qu'elle comprenne ce que c'est de dormir dehors" résume Fadila

(À écouter ici)

Les membres de "Jeune Aumône, le Cœur sur la Main". Au centre, Kaly, président de l'association.
 

Ca m'arrive de faire la manche, de gratter comme on dit ou même  de voler  - Julien 23 ans 



 

C'est à la "Halte Jeune" une structure d'urgence pour les 18-25 ans à Paris que nous avons rencontré Julien. Comme les autres SDF de son âge, il vient tous les jours pour se réchauffer, laver son linge, prendre une douche, se renseigner sur les hébergements possibles ou tout simplement... recharger son téléphone. Julien a quitté la Bretagne dont il est originaire il y a deux mois. "Je suis grillé là-bas, dit-il" . Depuis, il dort dehors et a bien voulu nous expliquer son quotidien : 

Parfois j'ai la haine quand on me demande de quel pays je viens par exemple ou quand quelqu'un me donne 10 centimes. Dans la rue, il faut être toujours sur ses gardes sinon tu te fais pouiller. C'est la jungle.


 

Aka, 22 ans, que nous avons également interrogé, pourrait trouver assez facilement un emploi. Malgré la rue, il a en effet réussi à décrocher un BEP de tourneur fraiseur. Le problème, c'est qu'il faut ensuite dépasser les contraintes administratives par exemple :

Pour travailler ou pour ouvrir un compte bancaire, on me demande l'adresse de mon domicile mais pour payer un loyer il faut un travail, du coup je me sens banni de la société 


 

(À écouter ici)

Aka avec ses chiens

On accuse les gens d'être pauvres et on les culpabilise 


 

Mais que fait l'Etat ? Et bien en fait, le gouvernement fait beaucoup mais ça ne suffit manifestement pas. Le nombre de places d’hébergement d’urgence a par exemple augmenté de 50 % sous le mandat de François Hollande avec 40 000 places supplémentaires. Les associations ont d'ailleurs salué l’effort du gouvernement mais estiment qu’il manque encore plusieurs dizaines de milliers de places. Reste ensuite le regard des politiques sur les plus pauvres et là aussi les choses n'évoluent pas dans le bon sens. En pleine présidentielle, une cinquantaine d'associations vont tenter d'animer cette campagne électorale justement pour dénoncer les idées reçues telles que "les pauvres sont des fainéants", "les jeunes ne veulent plus travailler", "le chômage c'est à cause des étrangers"... le livre s'appelle Chômage précarité - Halte aux idées reçues et Thierry Kuhn, président d'Emaus France, en est l'un des animateurs.

(À écouter ici)

 
 

Le son de la semaine choisi par Aka : Kalash - Taken
 

 


Crédits photos : AFP / Nasser Madji

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