Daesh et l'embrigadement vus par les ados

Mouv' Nation Vendredi 30 septembre 2016

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Quand Daesh cible les adolescents
De plus en plus de mineurs sont aujourd'hui visés par la propagande de Daesh. En France, 1954 adolescents seraient surveillés par les autorités pour "radicalisation". Des artistes et des proches de victimes de terrorisme vont à la rencontre des lycéens. Un antidote contre la haine et l'embrigadement.

MOUV' NATION #S2E5 : Daesh et l'embrigadement vus par les ados

Radicalisés, embrigadés... au-delà des termes. La situation est plus qu'alarmante. Aujourd'hui en France, 36 mineurs ont été mis en examen (inculpés) dans des dossiers de terrorisme, 10 d'entre eux sont détenus. Des filles, des garçons de 17, 16 ou 15 ans qui prévoyaient des actions violentes ou voulaient mourir en martyr. La plupart du temps, c'est par la messagerie Telegram ou via Facebook que les recruteurs de Daesh conditionnent leurs victimes.

Jusqu'à 100 messages par jour envoyés depuis la Syrie pour laver la tête des plus fragiles, des plus isolés, ici en France, à côté de chez nous.

Pour lutter contre ce phénomène, les enquêteurs, les services de renseignements, les éducateurs spécialisés ne suffiront pas. Alors d'autres prennent le relais. Depuis plusieurs années, une femme, Latifa Ibn Ziaten parcourt les lycées, les prisons, les quartiers pour mettre en garde et échanger avec les plus jeunes. Son fils Imad, Français de confession musulmane a été à Toulouse en 2012 la première victime de Mohamed Merah... assassiné parce qu'il était militaire. Mouv' Nation a suivi Latifa Ibn Ziaten dans un de ses déplacements à Flers dans l'Orne (61) alors qu'elle donnait une conférence à des lycéens d'un établissement catholique. Toujours en Normandie, nous avons également rencontré Ismaël Saidi, acteur et metteur en scène de la pièce de théâtre Djihad ou l'histoire de trois jeunes paumés issus de Molenbeek en Belgique qui partent en Syrie et s'aperçoivent de l'absurdité de leur choix. A notre micro enfin, vos témoignages. Vous nous parlez de Telegram, de ces invitations sur Facebook que vous trouvez suspectes, des vidéos de propagande de Daesh que certains regardent "parce que c'est nouveau"... 

Le Mix : "#Djihad, je veux devenir un martyr.com"

 





 

J'ai vu des choses horribles de Daesh sur Internet, c'est choquant, n'importe qui peut voir ça. 


 

C'est à Lonrai, une petite ville de l'Orne en Normandie que nous avons débuté notre reportage. C'est là que s'est jouée devant 300 lycéens et collégiens la pièce de théâtre Djihad. L'histoire de trois potes musulmans mal dans leur peau qui décident de partir combattre en Syrie après avoir été manipulés. L'un aimait dessiner et était fou de Mangas mais on lui a soutenu que c'était "haram", l'autre était amoureux de Valérie, une chrétienne, avant qu'on lui interdise de la revoir car elle n'était pas musulmane, le dernier enfin était un fan de musique et d'Elvis Presley, mais là encore la religion dévoyée l'empêchera de vivre sa vie. La pièce, mise en scène par Ismaël Saidi, est une tragi-comédie qui se termine mal et qui veut faire prendre conscience du danger et de l'absurdité de la radicalisation religieuse. 

Moi j'ai des invitations sur Facebook où ça parle en arabe, ils essaient de faire connaissance, je les bloque direct.



Aujourd'hui, on peut très vite tomber dans la propagande de Daesh. Nous avons rencontré plusieurs lycéens ou lycéennes qui nous ont d'ailleurs confié qu'ils n'avaient pas hésité à se rendre sur des sites où l'on peut  visionner les séances d'entraînement des combattants de l'EI. " J'ai vu des scènes très violentes comme des décapitations" nous explique même une ado de 16 ans à notre micro. Une de ses amies raconte qu'elle est musulmane d'origine arabe et qu'elle est parfois sollicitée sur Facebook pour échanger avec des gens qu'elle ne connait pas. " Je les bloque direct" dit-elle. C'est la meilleure chose à faire, mais ça prouve bien que le danger est réel.

(A écouter ici)


À Lonrai dans l'Orne, juste avant la représentation de Djihad





Il faut donner un sens à leur vie sinon ils donneront un sens à leur mort.







 

Un coup de faiblesse et on peut basculer


 

Quelles sont les cibles privilégiées de Daesh ? Celles et ceux qui sont fragiles, abandonnés, isolés ou en manque de confiance en soi. C'est le constat que fait Latifa Ibn Ziaten. Depuis 2012, la mère d'Imad, 30 ans, assassiné par Mohamed Merah en 2012, a parlé à des milliers de lycéens, de collégiens ou de détenus. Lors de notre rencontre à Flers (61) alors qu'elle donnait une conférence, Latifa Ibn Ziaten nous a rappelé la promesse posthume qu'elle a faite à son fils : "aider cette jeunesse perdue". Pourtant, ce serait une erreur de croire qu'il ne s'agit que de Français, musulmans et défavorisés. Certains mineurs "radicalisés" sont de milieux aisés et n'avaient aucune croyance religieuse avant de tomber dans le piège de Daesh. Beaucoup en sont conscients comme Angele, 16ans : "je suis quelqu'un de très naïve, j'ai ma famille et un bon entourage mais je sais que ça pourrait m'arriver, un coup de faiblesse et on peut basculer". A ses côtés, Youssef ajoute "on traverse tous des périodes difficiles, on est jamais à l'abri du danger, je sais pas comment anticiper la chose mais si on a des valeurs dans la vie, on ne se fera pas avoir"

(À écouter ici)


Latifa Ibn Ziaten au milieu des élèves du lycée Saint-Thomas-d'Aquin de Flers (61)

 






Le son de la semaine : Youssoupha - Espérance de vie

 

 


Crédits photos : Marion Lagardère et Pierre Gaurand

Crédit vidéo : Pierre Gaurand

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