Chicha interdite : c'est quoi le problème ?

Mouv' Nation Vendredi 16 septembre 2016

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Interdiction de la chicha
Près de Nice, plusieurs communes ont choisi d'interdire la chicha dans la rue notamment pour limiter les rassemblements de jeunes et "les troubles à l'ordre public". Des mesures qui visent essentiellement les Français d'origine maghrébine. Reportage à Carros et à Nice.

MOUV' NATION #S2E3 : Interdiction de la chicha : c'est quoi le problème ?

 

Dans les Alpes-Maritimes (06), les maires d'Antibes, Villeuneuve-Loublet, Vence et Carros ont donc décidé de frapper fort contre les fumeurs de chicha : dans ces quatre communes, un arrêté municipal stipule qu'il est aujourd'hui interdit de se regrouper dans la rue autour d'un narguilé. Officiellement, la principale raison est sanitaire : fumer la chicha est très nocif pour la santé, plus encore que la cigarette. C'est vrai, mais dès qu'on interroge les maires qui ont pris cette décision, d'autres arguments prennent vite le pas. Le maire de Carros où nous nous sommes rendus déplore par exemple que cela donne une mauvaise image de la ville, que les jeunes en question "font peur à la population" et que la chicha est aussi... "un marqueur identitaire". Et revoilà donc le fameux thème de l'identité. La chicha ne serait donc plus un moment convivial (parfois un peu bruyant) de retrouvailles entre amis mais une façon d'affirmer une autre appartenance.

 

LE MIX : "Toute mon équipe est là pour fumer 'squ'à minuit"

 





 

Ils ne veulent plus d'Arabes dans la rue, c'est ça la vérité  


 

"On était posés, la police est venue et ils nous ont dit, enlever vos chichas ou c'est une amende. Pourtant on dérange personne." Salim un jeune habitant de Carros n'en revient toujours pas. Nous l'avons rencontré en bas de son immeuble alors qu'il était en train de discuter avec quelques potes. La zone autour de son habitation est concernée par l'arrêté anti-chicha. Il raconte : "On nous accuse de faire peur mais c'est de notre faute si les gens ne veulent pas se mélanger ?" D'autres témoignages que nous avons recueillis sont plus amers. "Ils ne veulent plus d'Arabes dans les rue, c'est ça la vérité.  On nous a dit d'aller fumer dans la forêt mais on n'est pas des cafards. Qu'il aille arrêter les gens qui roulent à 200 km/h sur la route et laissez-nous tranquilles".  Face à ce qu'il considère comme une injustice, l'un des jeunes amateurs de chicha a saisi un avocat et décidé de déposer un recours. Hamdi en fait une question de principe mais de toute manière, comme nous l'avons vérifié sur le terrain, les policiers hésitent à verbaliser les jeunes fumeurs et préfèrent dialoguer avec eux. L'amende peut être comprise entre 11 et 38 euros.

(Les témoignages des jeunes de Carros sont à écouter ici.)

Des jeunes fumeurs de chicha dans les rues de Carros.





 

Discrimination ou respect du vivre ensemble ?

 

Carros 12000 habitants, tout près de Nice, est pourtant une ville tranquille. Les habitants que nous avons rencontrés nous l'ont répété, le maire lui-même ne dit pas autre chose. Alors pourquoi une telle mesure et qui vise-t-elle exactement ? En nous déplaçant sur place pour rencontrer ces amateurs de chicha, on a vite fait le constat qu'ils étaient en grande majorité d'origine maghrébine. A Nice, la Ligue des Droits de l'Homme n'hésite pas à parler de discrimination  et pointe du doigt la récupération politique de certains élus. La maire de Carros Charles Scibetta (sans étiquette) s'en défend et assure qu'il a pris sa décision après plus de deux cents signalements à la police. D'ailleurs en effet une partie de la population est tout à fait d'accord avec la décision d'interdire la chicha. "En tant que Français, je me sens agressé, ce qui me gêne, c'est qu'ils sont en groupe, j'ai l'impression de ne plus être chez nous" nous ont confié plusieurs habitants. En décembre dernier aux régionales, le Front National a réalisé plus de 45% à Carros. Quelques mois après, l'arrêté municipal anti-chicha était publié. Sûrement un hasard. (A écouter ici, les réactions des habitants de Carros et du maire Charles Scibetta)

 

 





 

Du Burkini à la chicha, on vise toujours les mêmes  


 

Dans les Alpes- Maritimes, la Ligue des Droits de l'Homme observe avec attention la décision de plusieurs maires d'interdire la chicha. Swanie Potot, la présidente de la section niçoise de la LDH parle de mesures xénophobes. "On pointe du doigt une seule population, c'est à dire les Arabes" estime-t-elle. "On nous dit que c'est pour des raisons de santé mais pourquoi ne pas interdire l'alcool ? Cet arrêté anti-chicha peut paraître anodin mais c'est un climat social que certains politiques sont en train d'instaurer". En août, la Ligue des Droits de l'Homme a porté le dossier des arrêtés anti-burkini devant le conseil d'état qui lui a donné raison. Les arrêtés anti-burkini sont illégaux. L'association réfléchit à engager le même genre d'action concernant la chicha.

(L'interview est à écouter ici)

Swanie Potot, présidente de la section de Nice de la Ligue des Droits de l'Homme

 

 





 

 

Le son de la semaine . Ghetto Phénomène- Maria Maria Ft Jul

 

 





 

 

Crédits photos : Nasser Madji / AFP

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