Benzema : À mort l'arabe ?

Mouv' Nation (2015-2017) Vendredi 10 juin 2016

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Benzema : à mort l'arabe ?
"Deschamps a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France". En disant ce qu'il avait sur le cœur après avoir été écarté des bleus, Karim Benzema a provoqué une énorme polémique. Retour sur un débat qui dépasse largement les frontières du foot et parle de la France de 2016.

MOUV' NATION épisode 37 : Affaire Benzema : À mort l'arabe ?

 

"Qu'est-ce qu-il faut que je dise ? Á mort l'arabe". Ces mots sont signés Noël le Graêt. Le président de la Fédération Française de Football racontait il y a peu qu'il n'avait jamais reçu autant d'insultes racistes concernant Karim Benzema. Pas étonnant donc que l'attaquant du Real Madrid se pose des questions sur d'éventuelles pressions pour l'écarter des Bleus. Mais on ne touche pas à l'équipe de France de foot et Karim Benzema vient de l'apprendre à ses dépens. L'attaquant des bleus a bien été soutenu par Eric Cantona ou Djamel Debouze mais il s'est surtout fait lyncher dans les médias après sa sortie dans le quotidien espagnol MARCA.

 

Mais qu'a dit exactement l'international français ?


Non pas que Didier Deschamps était raciste, même si une partie de la presse a pris un malin plaisir à déformer ses propos. Ni que la France était raciste, même si il a dû subir en retour les invectives de la députée FN Marion Maréchal-Le Pen l'invitant à retourner chez lui... en Algérie. Avec cette petite phrase, lourde de sens, Benzema, mis en examen dans la fameuse affaire de la sex-tape, a aussi été critiqué parce qu'il a touché dans le mille. Il a en quelques mots enterré définitivement le mythe d'une France black-blanc-beur unie sous le même maillot et symbole de l'incontournable vivre ensemble. En 1998, la victoire de l'équipe de France en coupe du Monde avait été récupérée politiquement et médiatiquement. Cette fois, il s'agit de ne surtout pas galvauder l'image de la marque France... ou de ce qu'il en reste. Benzema a sûrement beaucoup de défauts mais ce n'est pas une raison pour nier le fond de son propos.

 

Quand la facho-sphère et le FN parviennent à faire annuler le concert de Black M à Verdun, comment ne pas voir "qu'une partie de la France raciste" remporte des batailles idéologiques ?

 

De nombreux exemples récents démontrent que le racisme a pesé sur le destin de l'équipe de France de football. L'affaire incroyable des quotas de joueurs révélée par Mediapart en 2011 par exemple ou les propos de l'ancien international Jean Tigana qui confiait avoir été victime de discrimination à cause de sa peau noire. Et que dire du poids et de l'influence du Front National dans le débat sur l'immigration et l'identité en France ? Quand la facho-sphère et le FN parviennent à faire annuler le concert de Black M à Verdun, comment ne pas voir qu'une partie de la France raciste remporte parfois des batailles idéologiques ? Et que penser de Manuel Valls, premier ministre, qui sort de son rôle et joue les sélectionneurs en estimant que les "conditions d'un retour de Benzema en équipe de France ne sont pas réunies" ? Quand une petite phrase d'un joueur de football révèle à ce point les angoisses de notre pays sur les questions d'immigration et d'identité, c'est qu'il y a quand même un problème non ? A quelques heures du début de l'Euro, Mouv' Nation a donc décidé de vous donner la parole sur ce sujet. Reportage à Cachan, en banlieue parisienne et dans la Fan Zone de la Tour Eiffel à Paris. Vous n'êtes d'ailleurs pas nombreux à défendre Benzema mais le constat est clair : aussi douloureux et dérangeant soit-il, ce qu'a dit l'attaquant Français mérite débat. 


LE MIX : " Il faut dire quoi ? À mort l'arabe ?

 

 





 

Benzema ? Ça fait penser à brigand, musulman et cité 


 

"Si je vous dis Karim Benzema, qu'est ce que vous me répondez". C'est la question que nous avons posée aux fans de l'équipe de France réunis à l'occasion de l'ouverture de la fan-zone parisienne au pied de la Tour Eiffel. La qualité de footballeur de l'attaquant français n'est presque jamais remise en question. En revanche, la réputation de Benzema à cause de ses affaires judiciaires lui vaut de très nombreuses critiques. Pas de racisme mais parfois des amalgames plus que douteux.


Un supporter de l'équipe de France

 





 

Monsieur gagne des millions, il a des privilèges dans la vie et il montre une mauvaise image des gens de banlieue 


 

A Cachan dans le 94, au milieu des footballeurs de cette petite ville de la banlieue parisienne. Ici, tout le monde sait depuis longtemps que l'équipe de France de foot est souvent mise en avant par les hommes politiques "pour faire croire qu'on est tous solidaires". Des foutaises pour Abdallah qui entraîne les moins de 13 ans. Cet éducateur en veut à Karim Benzema de ne pas être suffisamment exemplaire. Selon lui, la réussite sociale de l'attaquant des bleus devrait l'obliger à être irréprochable.

 

C'est justement tout le problème pour Adil El Ouadehe, passioné de football et militant aux Indivisibles, une association antiraciste :

"quand Karim Benzema se dit victime de racisme, on lui fait le procès d'être un milliardaire qui n'a pas le droit de se plaindre, et quand un français d'origine étrangère est discriminé, on lui rappelle que quand même y'a des Benzema". 

 

Adil et Abdallah...

 

 

LE SON DE LA SEMAINE - 94 c'est le Barça / Kery James

 

 

 

 




 

Crédits photos : Marion Lagardère

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