Après l'affaire Théo, qui nous protège de la police ?

Mouv' Nation Vendredi 10 février 2017

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Theo
Une semaine après l’agression de Théo par des policiers à Aulnay-sous-Bois, la police continue d'évoquer "un geste involontaire" concernant le viol dont a été victime le jeune homme de 22 ans. Un nouveau déni des brutalités policières ? Sur place, la population crie sa révolte et son désespoir.

MOUV' NATION #S2E21 : Après l'affaire Théo, qui nous protège de la police ?

Qui nous protège de la police ? La formule a beau être provocatrice, elle est aujourd'hui tristement pertinente. Une question posée par les jeunes rencontrés sur le terrain qui n'en peuvent plus d'être harcelés, humiliés ou violentés par les forces de l'ordre. Une question assenée par des mères de familles incrédules face à la dégradation des rapports entre police et population et qui poussent un cri d'alarme plein de colère et d'incompréhension. Une question enfin martelée par les associations qui militent depuis des années contre les violences policières et qui doivent faire face le plus souvent à une consanguinité coupable entre la justice et l'autorité policière. Comment expliquer sinon que la liste des victimes de violence non seulement se multiplient mais que l'institution policière et ses représentants s'en sortent si souvent sans condamnation ?

Dans ce Mouv' Nation, la parole aux habitants d'Aulnay-sous-Bois, aux associations comme Stop le Contrôle au Faciès et le collectif urgence notre police assassine qui dénoncent depuis des années les violences policières et à un représentant syndical de la police qui pointe du doigt les manquements de l'Etat en la matière.

LE MIX : " Ils m'ont insulté de tous les noms comme négro ou bamboula"

 

S'il n'y a pas la vidéo, l'affaire Théo n'existe pas. 


Dans son malheur, Théo Luhaka a eu de la "chance".
Son agression par des policiers a été filmée par une jeune fille du quartier et sa diffusion sur les réseaux sociaux a empêché qu'une bavure policière se termine une fois de plus dans une confrontation parole contre parole, le genre de cas de figure qui profite invariablement aux forces de l'ordre. Théo Luhaka a également pour lui d'être un honnête homme, favorablement connu dans le quartier, sportif accompli et garçon serviable. Un CV à priori inattaquable pour qui voudrait transformer la victime en "racaille des banlieues". A Aulnay-sous-Bois comme ailleurs en France, on connait trop bien ce genre d'histoire qui consiste par exemple à subir une interpellation musclée avant de se retrouver au tribunal pour outrage à agents.

Il y a des bons policiers évidemment mais certains abusent de leur pouvoir et font de la provocation. Pourquoi ils font ça ? Pourquoi ? 


Ce cri du coeur émane de trois mères de famille d'Aulnay-sous-Bois. À peine arrivé dans le quartier des 3000 mille, elles nous interpellent :

Ce matin encore, les flics ont frappé un gamin pas plus grand que mon fils de 12 ans, ils l'ont giflé dans la rue, j'ai hurlé par le balcon en leur disant de ne pas frapper les enfants comme ça, les jeunes se font tout le temps agresser par les flics, ils s'en prennent plein la gueule. 



À l'occasion d'une marche en hommage à Théo, nous avons également rencontré Alliou qui a voulu témoigner de l'évolution des rapports entre les jeunes et la police :

Avant il y avait des relations normales avec les policiers, depuis l'époque Sarkozy et la fin de la police de proximité ça a beaucoup changé. Il n'y a plus de justice aujourd'hui. Les syndicats de police cherchent des excuses à chaque fois qu'il y a des violences policières. Ça suffit ! 


 

(À écouter ici)

Après l'agression de Théo à Aulnay -sous-Bois.

Quand il y a une planche pourrie dans la police et qu’un collègue le dénonce, c’est celui qui alerte qui est sanctionné. 


La phrase est signée Alexandre Langlois de la CGT-POLICE (Syndicat minoritaire) et elle vient confirmer cette espèce de loi du silence qui semble prévaloir dans les affaires notamment de bavure au sein même de l'institution policière. Alexandre Langlois que nous avons interviewé s'explique :

Il faut savoir que les policiers vivent en vase clos et nos conditions de travail sont difficiles, on envoie les plus jeunes en banlieue, les moins expérimentés, on perd le sens du métier et tout le monde se serre les coudes. 


Façon de dire que la solidarité entre policiers nuit à la manifestation de la vérité. La police des polices, l'IGPN a retenu le "caractère non intentionnel" du geste du policier déplorant toutefois des conséquences "dramatiques". Rappelons que dans cette affaire un policier a ainsi été mis en examen pour viol et ses trois collègues pour violences volontaires en réunion et placés sous contrôle judiciaire. Dimanche soir, les quatre policiers avaient été suspendus administrativement par le ministre de l'Intérieur.

(À écouter ici)

Alexandre Langlois CGT Police

 

Justice pour Théo, Justice pour Adama, justice pour Abdel, justice pour Amine... jusqu’à quand allons –nous crier justice ? 


La semaine qui vient de s'écouler a aussi été éprouvante pour tous les militants associatifs, les éducateurs ou les travailleurs sociaux qui luttent depuis des années pour dénoncer les violences policières ou qui en ont été indirectement victimes comme par exemple Amal Bentounsi qui est à l'origine du collectif urgence notre police assassine. Son frère a été tué d'une balle dans le dos par un gardien de la paix du commissariat de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), le 21 avril 2012. L'affaire est toujours en procès .

Pour elle, l'affaire Théo relève d'actes de barbarie :

Ça me fait penser à ce qui s’est passé pendant la guerre d’Algérie. L’institution policière ne se remet jamais en question même quand il y a des preuves scientifiques. 


Même analyse de Nassim Lachelache de l'association Stop le Contrôle au Faciès :

Quand on se bat contre l’institution policière, c’est dur. Contre l’éducation nationale on peut gagner, contre l’organisation hospitalière vous aurez peut-être gain de cause mais on ne touche pas à la police. 


Reste, en attendant que les juges fassent leur travail, d'essayer de convaincre un maximum de gens que la justice va enfin passer. Une gageure pour Nassim Lachelache :

 Comment je fais moi responsable associatif pour aller parler au jeunes dans mon quartier ? J’en connais un qui s’est pris une balle de flashball dans l’œil, si je lui dis "faut respecter la police", il va me dire "va te faire voir avec ça, qu’est-ce-que tu me veux. 


 

(À écouter ici)

Amal Bentounsi du collectif Urgence notre police assassine, et Nassim Lahalache de Stop Contrôle au Faciès

 

Les associations antiracistes ont dénoncé des faits "graves" de violence policière. "La violence policière a pris un caractère sexuel et raciste", a par exemple dénoncé le Conseil représentatif des associations noires (Cran), la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et SOS Racisme. Des insultes comme +salope+, +négro+, +bamboula+ auraient été proférées" estiment ces associations qui seront reçues par le Premier ministre lundi 13 février.
 

Le son de la semaine : Ahmox - Monsieur l'agent

 


Crédits photos : AFP / Nasser Madji / Marion Lagardère

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