2017 : quand les candidats veulent vous faire cliquer...

Mouv' Nation Vendredi 13 janvier 2017

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2017 : quand les candidats veulent vous faire cliquer
Facebook Live, chaîne YouTube, Instagram, Twitter, les candidats à la présidentielle sont partout sur les réseaux sociaux. Objectif : mobiliser et être en prise direct avec les électeurs. Reportage à Paris aux QGs d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon.

MOUV' NATION #S2E17 : 2017, quand les candidats veulent vous faire cliquer 

Terminé les campagnes électorales à l'ancienne où la télévision était l'incontournable passage obligé pour séduire un maximum d'électeurs. En 2017, la communication politique se fait d'abord sur internet et certains s'en sortent bien mieux que d'autres. Exemple avec Jean-Luc Mélenchon devenu en quelques mois une star sur YouTube en explosant les records d'abonnés pour un homme politique. Avec plus de 160 000 fidèles en trois mois, le candidat de la France Insoumise a largement réussi son pari en (re)lançant en octobre dernier une chaine YouTube - Place au peuple - qui réalise aujourd'hui en moyenne 200 000 vues. Fort de son succès, le député européen multiplie les initiatives et il vient de mettre en ligne une nouvelle émission intitulé Esprit de campagne où il présente notamment ses équipes.


Jean-Luc Mélenchon intouchable sur YouTube, Marine Le Pen championne sur Facebook.

Comme d'autres, Jean-Luc Mélenchon a bien compris l'intérêt d'une présence massive (mais intelligente) sur les réseaux sociaux : proximité, interactivité, diffusion des idées, mobilisation, une communication à moindre coût et sans contradiction journalistique, bref le rêve pour celui qui se définit comme un candidat anti-système.

Si Mélenchon a beau être intouchable sur YouTube, il n'est pas dominateur sur Internet, on peut reconnaître au Front National et à l'extrême droite d'être particulièrement présents sur d'autres réseaux sociaux, Marine Le Pen est par exemple la personnalité politique qui recueille le plus de Likes sur sa page Facebook avec plus d'1 million de pouces.
 

À chaque réseau social son utilité. 

Une campagne politique sur internet permet également de multiplier les sources de diffusions en diversifiant les supports : on peut par exemple raconter son histoire sur Insta en mode storytelling, balancer des infos ou des démentis sur Twitter, retransmettre ses réunions publiques en direct sur Facebook ou développer ses idées sur Youtube. Pour contrer des commentaires journalistiques, les candidats n'hésitent pas à lancer des opérations de fact-checking. Le Front National est l'un des plus agressifs notamment avec ses petites pastilles vidéos qui sont censées rétablir la vérité sur leurs adversaires politiques. (Ici sur François Fillon).

Meetings... et cérémonie de voeux sur Facebook. 

Si Mélenchon est en passe de devenir le chouchou de l’Internet (il a même bénéficié du soutien inattendu du célèbre forum jeuxvideo.com ), d'autres sont à la traine et tentent de refaire leur retard : la vidéo du dernier passage de François Fillon au journal de 20 heures de TF1 approche désormais les 300 000 vues sur Facebook, loin devant celle, filmée en direct, des vœux de Marine Le Pen à la presse qui totalise 140 000 vues. Manuel Valls et Vincent Peillon eux aussi avaient choisi Facebook Live pour la présentation de leurs programmes. Les deux hommes qui viennent tout juste de se lancer dans la campagne de la primaire à gauche ne s'en sortent pas si mal avec respectivement 27 000 et 12 000 vues.

 

Le Mix de Mouv' Nation : "On me dit que je reçois un tweet"

 




 

 On privilégie les contenus courts et percutants. 


 

Les stratégies numériques mises en place par les candidats à la présidentielle débutent parfois bien avant la campagne électorale. Par exemple pour récupérer des fonds grâce aux appels aux dons. Elles permettent aussi parfois de se constituer une base militante comme l'a fait Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie, peu connu du grand public et soutenu par aucun parti politique s'est appuyé sur son site en-marche.fr après avoir collecté une base de 130 000 adresses mail. On retrouve beaucoup de ces bénévoles aujourd'hui qui relaient ses idées sur les réseaux à travers la "Team Macron". Le site Vision-Macron lui est une plate-forme collaborative qui compile les propositions du candidat. Une manière de riposter à la critique majeure faite à Emmanuel Macron : l'absence de programme.  

(À écouter ici)

Kevin, Ambroise, et Margaud dans les locaux du QG d'Emmanuel Macron à Paris






 

YouTube permet de s'exprimer de manière autonome. 


 

Plus de 160 000 abonnés sur sa chaîne YouTube ! Mais comment Jean-Luc Mélenchon a t-il réussi à fédérer autant de monde en devenant le YouTubeur politique le plus regardé de France ? Selon son équipe, que nous avons rencontrée dans son local de campagne à Paris, Mélenchon s'est tout simplement pris au jeu. "En fait ça ne fait pas faux, nous explique Lise, on sent qu'il est sincère et puis il a adopté le langage YouTube à force de regarder des vidéos tout simplement parce que ça l'intéresse".

Et peu importe si le candidat de la France Insoumise nous fait parfois penser à un vieil oncle un peu grincheux. "Il est comme il est et c'est justement ce qui plait, complète Antoine, même si c'est vrai que c'est toujours un risque d'aller sur un nouveau média". Jean-Luc Mélenchon en tout cas ne se fait pas prier : YouTube, Twitter, Facebook et même Snapchat, l'objectif c'est d'être connecté sur des réseaux complémentaires pour toucher un maximum de monde directement. Attention à l'overdose tout de même.

(À écouter ici)

Lise, Antoine, et Milan gèrent la campagne numérique de Jean-Luc Mélenchon

 




 

Les journalistes servent-ils encore à quelque chose ? 


 

De plus en plus donc les hommes politiques créent leurs propres réseaux sur Internet pour maitriser au maximum leur communication et contourner les médias classiques. Un phénomène qui pose la question de la mission des journalistes qui sont dans le même temps accusés par les candidats de partialité ou d'imprécisions. Depuis quelques années, de nombreuses rédactions ont par exemple formé des journalistes au fact-checking, des vérificateurs d'informations chargés de passer au tamis les déclarations des politiques. C'est le rôle de Samuel Laurent au journal Le Monde : "Aujourd'hui, tous les candidats à la présidentielle se disent hors-système raconte le journaliste "des décodeurs" et en s'émancipant des médias traditionnels grâce aux réseaux sociaux, ils en deviennent également anti-presse, aucun ne défend le rôle des médias dans une démocratie et ça c'est très inquiétant". 

(À écouter ici)

Samuel Laurent, "décodeur" et journaliste au Monde.

 





Le son de la semaine : TSR CREW - Tu connais le tarif

 

 


Crédits photos : Marion Lagardère et Nasser Madji

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