William Thomas, de Niska à MHD [interview]

Les rapporteuses Mercredi 30 novembre 2016

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William Thomas, de Niska à MHD [interview]
William Thomas a 18 ans et déjà un joli CV en matière de réalisation. Il a tourné pour Niska, MHD, Gradur ou Kalash porté par une seul idée : en apprendre un peu plus chaque jour.

Plus qu'une curiosité à regarder à travers les compteurs d'une fenêtre Youtube, l'histoire de William Thomas c'est celle d'un gamin curieux, travailleur et passionné qui a réussi très jeune à s'imposer dans le milieu du rap comme l'un des réalisateurs avec lequel il faut compter. Et cette aventure, elle commence très tôt...

Bien avant les clips il y a eu la production de musique. Quand on se lance dans cette aventure à 14 ans, on pense à quoi ?

On ne pensait pas à la tournure que ça pourrait prendre. Avec mes potes du groupe Medusa, on voulait surtout faire ça pour le kiffe. Comme ma vocation ce n'était pas le chant où le rap, je me suis mis à les enregistrer parce que j'avais un bon ordinateur. J'ai commencé à avoir de la demande. De plus en plus de gens venaient chez moi et ça me permettait de me faire un peu d'argent de poche. Ensuite on a commencé à me demander si je faisais des clips. Je faisais déjà un peu de photo donc ce n'était pas une mauvaise idée.

Tu avais déjà cette idée de te dépasser ?

Oui, il y avait l'envie. L'envie de faire mieux, d'aller de l'avant. Je ne saurai même pas t'expliquer pourquoi. Ça a commencé avec la programmation - à onze ans je faisais des sites et j'aimais bien tout ce qui touchait au design – et puis il y a eu la musique. Comme on faisait ça à plusieurs c'était forécement plus motivant. Plus petit, je faisais déjà deux ou trois petites choses. Quand j'avais sept ans, j'étais passionné par les jeux vidéos et je voulais être réalisateur de jeux vidéos sauf qu'en grandissant, je me suis rendu compte que c'était un plus compliqué.

Pour les clips, le déclic est venu quand ?

Avec mon cousin on regardait des clips tous les jours, beaucoup de vidéos de trap antillais et de dancehall. Tout ce qui est était Vybz Kartel, Busy signal etc. On était passionné par ça. C'est ce qui nous a aussi donné envie de nous lancer parce que j'ai commencé avec lui.

La première fois que tu tiens un appareil dans tes mains, tu te sens comment ?  

Comme un gosse de cinq ans à Noël. La première chose que j'ai fait c'est appuyer sur le bouton rec et filmer n'importe quoi. Je n'y connaissais rien et là je voyais des images animées en bonne qualité. Avant on utilisait nos téléphones donc forcément on voyait toute suite la différence. On passait à de la haute définition et on pouvait s'amuser. Alors on testait des choses. L'eau du robinet au ralenti, nous en train de courir en accéléré. On s'entraîner et c'est comme ça que les clips sont arrivés.

L'apprentissage a duré combien de temps ?

Il n'est pas fini l'apprentissage. C'est tous les jours. Mais appendre c'est aussi faire son œil. Dans mon cas par exemple ça se fait quand je vais au cinéma. Avant je regardais un film pour son histoire ou sa beauté maintenant je l'analyse. J'observe les plans, les mouvements de caméras, les ralentis. Je me demande quel est le stabilisateur utilisé ou s'il y a une grue sur la voiture. Plein de choses.

 

Ton premier clip c'est lequel ?

Il y en avait qui se moquaient et trouvaient ça ridicule parce qu'on avait commencé avec un téléphone donc on n'était pas pris au sérieux. 


 

 

Il en a fallu combien avant de commencer à tourner pour un artiste reconnu ?

Une centaine sur un an, un an et demi.

Tu n'allais jamais à l'école ?

Il y a eu des petites problèmes de discipline et de décrochage on va dire. Je montais la nuit sur mon ordi et quand je finissais c'était l'heure d'aller en cours. Alors parfois j'y allais, parfois je dormais. Mes parents pétaient les plombs, ils n'étaient pas content du tout. J'ai même été puni d'ordinateur. Ah ça ! Ça été très dur. Mais par la suite, ils sont devenus un peu plus compréhensifs même si, ce sont des parents alors ils ne le montrent jamais vraiment. Je suis toujours à l'école, en terminale. J'attends d'avoir mon bac et peut-être que là je ferai une pause. Je pense que je le passerai en candidat libre, c'est la meilleure solution.

Quand on arrive en cours et qu'on fait des clips pour des artistes reconnus, le regard des autres doit être différent...

D'un côté c'est kiffant, tes potes viennent te voir pour te dire que c'est lourd ce que tu fais. Mais après quand tu vois que les gens te regardent d'une autre façon, qu'ils te pointent du doigt ou parlent de toi alors que t'es juste en face d'eux, ça met un écart. Tu marches et tu te sens observé, t'es tout seul en salle de perm et il y a des tables qui te regardent. C'est ce qui fait que je ne suis plus trop aller en cours aussi. Ça devenait difficile un peu... pas à supporter mais c'était relou. Et puis tu ne sais pas vraiment ce qu'ils pensent ou ce qu'ils se disent. Après on s'y fait, on se dit qu'on ne fait pas les choses pour les gens.

 

Ce premier artiste reconnu c'est Niska...

Un jour, il y a un petit qui vient me parler. Un grand de ma cité va t'appeler pour un clip, il s'appelle Niska.



 

Cette première collaboration te permet ensuite de travailler avec d'autres (PSO Thug, Kalash, XV Barbar, Gradur, MHD). Il faut alors penser business, monter sa boite, développer son activité... 

C'est effrayant au début. C'est un nouveau monde qui s'offre à toi. Toi, tu sors de l'école et t'apprends que tu ne peux pas recevoir d'argent comme car il faut le déclarer. J'étais encore un mineur et là on me parlait de boite de prod, de structures...c'était beaucoup de paperasse aussi. Mais j'ai été bien accompagné et conseillé par mon entourage.

Est-ce qu'on a le temps d'avoir une vie sociale ?  

À partir de 2015 ma vie sociale a éclaté. C'était fini. Je n'avais plus le temps pour rien. J'allais en tournage vers dix heures du matin, je rentrais chez moi entre vingt-deux heures et une heure, je finissais de monter vers huit ou neuf heures. C'était comme ça tous les jours. J'enchaînais tellement que je ne dormais plus. Je n'avais plus le sommeil, j'étais cerné, fatigué et épuisé jusqu'au jour où j'ai failli m'écrouler. Et là j'ai dormi une bonne nuit voire deux ou trois. C'était vers novembre-décembre, je n'en pouvais plus. Entre les synopsis, les devis, les coups de fils, les tournages...

Les sept clips sortis sur une même semaine...

Quatre ou cinq clips sur un seul jour même. 

Pourquoi s'infliger ça ?

Je ne sais pas. Le challenge. En période de fin d'année les artistes on tous leurs trucs à sortir et ils sont pressés. Fallait aller vite et c'était un kiffe. 

Arrive ensuite MHD...  

C'est un tournant dans ma carrière. Lui a tellement amené quelque chose. Tout ce qu'il y a autour de lui ça a une autre portée.



 

Tu te souviens de ton premier « moteur, action ! » ?

Je pense que je ne l'ai encore jamais dit. J'ai dû compter jusqu'à trois et dire on y va mais ça jamais. Peut-être que viendra un jour, quand j'aurai le truc pour claper, là je dirai « MOTEUR ! ACTION ! ».

 

 

 


Crédit photo : Facebook / William Thomas

 

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