Vic Mensa : révolutionnaire et engagé [interview]

Les rapporteuses Mercredi 19 octobre 2016

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Vic Mensa : révolutionnaire et engagé [interview]
Rencontre avec Vic Mensa, rappeur de Chicago, coopté par deux des plus grandes figures de l’industrie musicale aux États-Unis : Kanye West et Jay Z.

There's ALot Going On, son tout dernier projet le raconte, Vic Mensa a bien plus de choses à dire que ces trucs communs dont la plupart des rappeurs parlent. Et ça commence dès le début de notre conversation.

Tu lisais un livre, sur ton téléphone ?

Oui

Lequel ?

Ca s'appelle "The New Jim Crow"

Ca parle de quoi ?

C'est une référence aux lois Jim Crow qui existaient dans les années 1900. Ca parle de l'incarcération en masse en Amérique, de comment ça crée une sorte de système de caste. Un peu comme pour les intouchables en Inde mais là pour les afro-américains.

Pourquoi tu t'intéresses à ça ?

Je suis né noir en Amérique.

 

Tu parles de ça dans ton dernier projet There's ALot Going On

J'ai ce titre 16 Shots, ça parle de ce gamin Laquan McDonald et des violences policières en général. De la crise sanitaire à Flint dans le Michigan, avec la contamination de l'eau. J'aime l'idée que ma musique puisse être engagée, qu'elle soit le reflet de ce qui se passe dans la société. C'est putain de facile d'ouvrir les yeux et de voir ce que les populations endurent. Il y a bien plus de choses à dire que ces trucs communs dont la plupart des rappeurs parlent.

 

C'est à dire ?

Aujourd'hui on est arrivé à un point où le monde est tellement divisé. Et c'est presque normal. La mise en scène de l'injustice est devenue monnaie courante. Le Moyen Orient, la politique en Amérique, la Grande-Bretagne avec le Brexit, la situation qui s'aggrave en France. C'est pas comme s'il fallait chercher midi à 14 heures pour trouver du sens.

 

Tu as entendu parler de la France ?

J'ai vu tout ce truc autour du Burkini. C'est stupide. Mais les gens ont peur. Ils ne savent pas quoi faire. L'Occident s'est foutu dans une situation sans issue en détruisant le Moyen Orient. Ils sont à l'origine de cette escalade. Mais améliorer la situation ça voudrait dire admettre qu'ils ont commis l'erreur. Et c'est une chose très compliquée pour ces gens avec leur complexe de supériorité nourri par leur posture d'occidentaux. Donc on se retrouve avec des gens qui pètent les plombs, attaquent des musulmans à la plage, font passer des femmes pour des barges avec ce truc de maillot. C'est stupide. Mais comme je l'ai déjà dit, les gens ont peur et sont ignorants.

 

Qu'est-ce qui pourrait faire changer la situation ?

L'empathie. C'est la réponse à tellement de choses. Si on est capable de se mettre à la place des autres, de lâcher prise une seconde sur toutes ces questions d'identité. Si à un moment on arrive à faire ça, nous, civilisation supérieure, on aura franchi une étape importante. Mais c'est comme si les gens ne voulaient pas regarder plus loin que le bout de leur nez. Notre société est aujourd'hui beaucoup plus ouverte sur la question LGBT par exemple. Notre monde n'accepte plus le manque de tolérance. Mais ça, c'est parce que les gens ont été contraint. On les a mis dans cette position.

 

Sur le morceau There's ALot Going On, tu reviens sur toute ton histoire. La drogue, la dépression, la fin de ton groupe Kids These Days, la première rencontre avec Jay Z.

J'ai écrit ça pour moi. Ca m'a aidé dans ma vie. Tu sais, j'ai vraiment fait ça pour moi. Pour m'aider à affronter... Tuer celui que j'étais.

 

Tu finis d'ailleurs sur cette phrase « Si tu dois retenir un truc de mon expérience/c'est arrête pas de croire ». Il veut dire quoi ce mot pour toi ?

Croire c'est juste avoir la foi. Pas dans un sens religieux mais plutôt dans l'idée d'être dévoué, de faire preuve de persévérance. Reconnaître que tout ce que tu souhaiterais possible est possible.

 

Tu parles aussi de Kanye sur ce titre. D'avoir été l'élu comme Neo dans Matrix au moment de l'enregistrement de votre titre Wolves puis de ta frustration d'avoir écrit pour lui.

J'ai beaucoup appris du processus créatif de Kanye, de sa façon d'utiliser le talent des autres pour arriver au meilleur produit possible. Mais à un moment je passais par tellement de choses et j'étais là, à essayer d'écrire des trucs pour Kanye. C'était même plus naturel. Je tentais de trouver les mots à partir de ses freestyles sauf qu'il n'y avait pas vraiment mis les mots. Parfois c'est juste super dur d'essayer de se mettre à la place de quelqu'un. Mais ça reste quand même une expérience très enrichissante. Ca m'a ouvert les yeux sur d'autres façons de travailler.

 

Un dernier truc, les morceaux plus chill et joyeux dans la vibe de ta première tape Innanetape, tu vas en refaire ?

Non. Ah, ah, ah ! J'ai fait pas mal de trucs dans cet esprit, c'était souvent des chansons d'amour mais ça, c'était avant. En fait si, j'ai récemment refait des titres dans ce délire. Mais c'est plus genre un truc qui sonne comme un cri du cœur. 

 

Je pensais à ton titre Orange Soda.

Nah, pas comme ça. C'était vraiment de la connerie niaise. Je referai pas de musique comme ça.

 

C'était cool pourtant.

Je suis heureux que tu me dises ça. Mais, je sais pas... Je suis plus la même personne.

 

Et quel genre de personne t'es aujourd'hui ?

Je dirai un révolutionnaire. Je suis déterminé. Je veux marquer les gens, l'art d'une façon positive. Je veux pouvoir exprimer mon potentiel dans toute sa capacité. Dire ce que je veux putain de dire quelque soit la putain de chose et le putain de moment. Je veux bousculer le système et les organisations établies.

 

T'as un exemple ?

2 Pac. Grande inspiration. Honnête, travailleur et tellement important pour la musique.

 


Crédit photo : Erika Goldring / Gettyn Images

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