Tito Prince : la "Toti Nation" en marche [interview]

Les rapporteuses Lundi 31 octobre 2016

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Tito Prince, la Toti Nation en marche [interview]
Le 9 décembre sortira le deuxième volet de "Toti Nation", le premier album solo de Tito Prince. On l'a rencontré un matin d'octobre 2016. Une jolie rencontre, un moment très émouvant.

La conversation est lancée avec le titre de Tito Prince, La mort de la Trap... 

 

La mort de la trap c'est-à-dire ?

Tito Prince : Le titre dit tout. La trap ça vient de Chicago. Ça été inventé dans les trap house, les maisons où ça deal. Les armes, la drogue etc. Vu que j'ai quitté cette vie-là, j'appelle ça La Mort de la Trap. Mais c'est aussi pour montrer aux nouveaux venus qu'on peut y arriver en véhiculant d'autres messages même si on vient de là. Quand on fait de la musique, c'est pour s'en sortir. Dans le son je dis : « c'est pas la mort d'un style de musique sur du 808 ». Je kick sur des instrus de ce style. Ces instrus elles existaient déjà à l'époque avec les Master P and co et c'était autre chose. Donc c'est surtout pour la mort du message de la trap en fait.

Tu parlais de 808. Quand on pense à la Tr808, aujourd'hui on pense assez rapidement à Kanye West dont tu parles aussi sur ce titre.

Tito Prince : Le clin d'oeil à Kanye c'est par rapport à la façon dont je rentre sur le 3e couplet. Lui il est rentré pareil sur le titre de Schoolboy Q. Je l'ai fait pour montrer que je suis de là mais que je suis différent. Kanye West il a ce truc aussi à part, c'était le bon exemple.

Ça veut dire quoi être différent ?

Tito Prince : Être original. Le jour où je l'ai vraiment compris, c'est quand j'ai lu ce truc qui disait : « on a tous des empreintes digitales différentes ». On a tous quelque chose d'unique dans ses mains à apporter au monde. Le but c'est de transmettre des vraies valeurs, l'amour, la joie, la paix. De là où je viens beaucoup entendent parler de ce choses-là mais ne les vivront jamais. Ils savent pas comment faire. Mais dès que tu commences à, c'est là où vient le changement. T'as plus de facilités pour avancer vers ta destinée on va dire.

Ce truc sur l'amour, ça me rappelle ce chanteur de Zouk Love Eric Virgal. Au sujet de sa musique, il expliquait « on nous a jamais appris à dire je t'aime » et donc du coup, bah le mec chantait l'amour.

Tito Prince : Je suis assez d'accord avec lui. À partir du moment où tu vois quelque chose qui t'as bloqué et que t'as trouvé la solution partage-le parce que ça va servir à d'autres. Que tu sois dans la musique, dans le sport, dans n'importe quoi...

Y a aussi cette idée de donner une autre valeur à la femme.

Tito Prince : La France c'est pas Chicago même si dans mon quartier, tu vis un gros pourcentage de ce qu'ils vivent là-bas. Dans nos quartiers, on a des sœurs, on a des mères, on a des femmes. Et c'est important qu'elles se sentent concernées, qu'elles soient pas justes un morceau de poulet qu'il faut attraper et manger

 

Tu dis dans nos quartiers mais c'est comment ? Explique-moi

Tito Prince : Dans nos quartiers c'est simple t'as pas beaucoup d'issues qui se présentent à toi. Tu vis dans des HLM dans des conditions précaires. Les diplômes de tes parents ne sont pas reconnus même quand ils ont les papiers. C'est plus difficile de s'en sortir. Beaucoup se sentent rejetés, abandonnés aussi un peu parce qu'ils comprennent pas... (écouter la suite)

 

La musique, on y va alors au départ avec une certaine rage ?

Tito Prince : Plus une colère on va dire, une colère positive. En gros, t'as plein de choses à dire, à revendiquer. Ça peut être dansant, il peut y avoir de gros artistes comme Youssoupha comme sur La mort de la Trap mais je me dois de délivrer un message positif.

Conscientiser les gens.

Tito Prince : Voilà, c'est ça. Après je fais pas la morale qui saoule les gens. Je parle de ma vie et certains se reconnaissent dans mes histoires. C'est difficile de les raconter si t'es encore trop frustré parce que t'as du mal à bien t'exprimer, à faire des morceaux intéressants pour ceux qui ne vivent pas ça. Le plus dur c'est de réussir à leur plaire à eux. Mais à partir du moment où t'arrives à ce stade, c'est là que ça devient super intéressant.

Comment on y arrive ?

Tito Prince : J'ai regardé beaucoup de films, des Menace 2 Society ou La Haine pour la France. Ces films parlent de notre milieu mais on reconnaît l'excellence de l'œuvre. On ne regarde que la qualité du travail dans l'exécution. Ces films ont aussi souvent une morale, ça fait pas l'apologie de cette vie qui t'emmène en prison ou au cimetière.

 

Je bascule sur ton titre Zaiko. Ce nom ça m'a fait penser au groupe de rumba congolaise Zaiko Langa Langa.

Tito Prince : (Rires) Ouais.

Tu voulais raconter quoi dans Zaiko ?

Tito Prince : Zaiko c'est le surnom qu'on m'a donné quand j'étais dans cette vie-là. Dans la vie des braquages...la facilité dont on parlait tout à l'heure. Mes potes m'avaient justement donné ce nom en référence à Zaiko Langa Langa parce que j'étais le seul congolais de l'équipe. Les autres étaient ivoiriens, sénégalais, cap verdiens. C'était important pour moi de ne pas parler en tant que Tito Prince mais vraiment au nom de Zaiko celui que j'étais avant. Tout ce que j'ai traversé pour enfin arrêter ces choses-là et vivre aujourd'hui. J'ai pas arrêté parce que la musique elle me payait. J'ai choisi de stopper avant même la première paie.

Donc tu ne dirais pas que la musique ça été une bouée ?

Tito Prince : C'est pas une bouée. Une bouée c'est une roue de secours. C'était plutôt ma destinée, c'est dans ça que je devais aller. Tout ce que je fais avant m'a juste fait perdre du temps. Le chemin de la musique est long, encore plus si t'as des vraies choses à dire (rires). Je me dis juste j'aurai dû commencer avant.

En même temps « pas de temps pour les regrets »

Tito Prince : Ouais, et à chaque jour suffit sa peine. L'essentiel c'est de rentrer dedans. Le temps ça se rachète. C'est ce que je suis en train de faire là.

 

Le déclic tu l'as eu comment ?

Tito Prince : Je l'ai eu vraiment quand je suis sorti de l'hôpital. J'avais pris des coups de couteau, j'ai fait un titre qui en parle d'ailleurs Hôpital de la fontaine. (écouter la suite)

 

Et je suppose qu'avec le temps, on gagne ainsi en sérénité ?

Tito Prince : Ça te permet d'être vraiment fort même quand t'as rien. Tu sais que la vie, c'est pas avoir des choses. Ce jour-là si j'étais parti, je serai parti sans rien. Et du coup, tu reviens avec d'autres ambitions. Pas forcément l'argent avant tout. Tu vois tout ce qui a vraiment de la valeur. L'argent, y en aura toujours, si tu travailles. Tu peux traverser des moments difficiles mais y en aura toujours.

On est éprouvé avant de trouver, en quelque sorte, son chemin ?

Tito Prince : Ouais c'est ça. On est vraiment éprouvé mais faut comprendre son épreuve tant que tu ne la comprends pas, tu restes dedans.

Qu'est-ce que le public vient te raconter au vu de ce que tu leur donnes et leur as donné ?

Tito Prince : J'ai été très étonné du pouvoir de la musique. Après la sortie du premier album Toti Nation, j'ai rencontré plein de gens qui m'ont dit : « voilà, moi j'étais dans la street, je vivais ci ou ça. J'ai écouté ton album, j'ai arrêté parce que ça m'a donné envie de m'en sortir ». C'est ça mes disques d'or. Je parle beaucoup avec les gens sur les réseaux sociaux. Y en a un par exemple qui m'a dit – Big Up à lui, il s'appelle Loïc. (écouter la suite)

 

Ça vaut plus que tous les disques d'or.

Tito Prince : Mais j'ai plein, plein d'histoires comme ça. Si je continue, on sera là jusqu'à ce soir.

 

Et je vais devoir sortir les kleenex parce que c'est très émouvant. Ça donne aussi cette force pour bâtir, à juste titre, cette « Toti Nation ».

Tito Prince : Je l'avais compris mais je l'avais pas vécu. J'y croyais sans avoir vu. Quand j'ai fait Toti Nation, sur la pochette j'étais tout seul. J'étais même vraiment pas dessus en fait, j'avais laissé une photo de moi à la place de celle d'un pauvre qui s'en va vers les gens pressés pour leur parler. Pour la pochette de Toti Nation 2, j'ai invité des gens comme Loïc, pas Loïc on a perdu contact – d'ailleurs si tu m'entends Loïc envoie-moi un message sur Facebook pour me dire ce que tu deviens. J'ai fait ça parce que Toti Nation c'est pas que moi, je suis une porte pour le peuple. Avec des histoires comme ça, un jour je sais que je ferai une chanson. J'ai déjà noté plein de témoignages. Ça se trouve je peux même faire un projet qui parle de la vie de chacun d'entre eux.

Ça ferait un super documentaire.

Tito Prince : Ouais. Donc on va garder nos idées un peu. (rires)

La pochette de Toti Nation 2, elle me fait aussi penser à celle de Kendrick Lamar.

Tito Prince : Kendrick Lamar c'est un artiste que j'écoute beaucoup. (écouter la suite)

  


Crédit photo : Facebook

 

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