Ninho : "Il y en a qui ont le je t'aime facile, pas moi" [interview]

Les rapporteuses Mercredi 11 janvier 2017

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Ninho "Il y en a qui ont le je t'aime facile, pas moi" interview]
30 minutes avec Ninho, rappeur qui a déjà sorti trois mixtapes dont la toute dernière M.I.L.S (pour Maintenant ils savent) et raconte ce que c'est d'avoir 20 ans avec fraîcheur et entrain.

Tour de chauffe, Ninho est d'origine congolaise. On parle de Kinshasa, de son dernier voyage là-bas. Ninho raconte son amour pour ce pays qu'il retrouve tous les deux ans. On échange quelques mots en lingala. "Kitoko, Nalingi Yo" (Beau et je t'aime) comme dans les paroles de ces chansons de rumba qui ont bercé son enfance. Cette musique, Ninho l'a découverte avec son père. Il y a eu les Koffi, Fally ou Papa Wemba, "tous ces trucs que les jeunes écoutent et que mon père m'a mis dans les oreilles." Son père, il a sans doute aussi quelque chose à avoir dans le parcours de Ninho. Plus jeune, il était musicien. "Il a fait de la musique quand il avait le même âge que moi. Après ma mère, elle l'a arrêté. Elle l'a fait venir en France." Les questions fusent, les réponses aussi. Ninho est arrivé sur la pointe des pieds, l'esprit encore très embué par cette nuit passée en studio mais son visage poupin s'est depuis illuminé. Il écarquille les yeux, le sourire en coin "avec mon équipe, on est des blagueurs. C'est la famille, on se marre tout le temps."  Le rec est lancé, la conversation peut commencer...

 

Le milieu du rap, tu le vois comment ?

C'est un jeu. Chacun essaie de montrer qu'il est le plus fort et tout le monde kiffe. Parfois tu balances des petites phrases pour le dire (rires). On le fait tous car on aime la compétition. Il faut savoir se mettre en valeur aussi.

Cette mise en valeur, elle passe par quoi chez toi ? Le style, la musique ?

C'est la musique qui prime. Le style il vient après pour confirmer une certaine image mais ça se fait d'abord avec les textes.

On parlait du Congo. Et du coup, là je pense aux sapeurs...

Le Bling Bling. 

Oui et dans tes vidéos y a Le Louis Vuitton..

Le Philippe Plein, les têtes de morts, tout ça... Après tu vois ce sont des codes, j'ai grandi avec ça et j'ai toujours aimé ces choses-là. Quand les grands de chez moi, ils dégainaient des sapes de foot, on kiffait mais je n'avais pas les moyens de me les acheter. Mais il ne faut pas non plus en abuser, un truc ou deux de temps en temps pour un clip, ça fait toujours plaisir.

 

Dans tes inspirations, tu parles de Migos. Ils ont ce titre Bad and Boujee  où ils sont dans un Fast Food, en mode KFC-champagne pour la vidéo. J'y pense en t'écoutant parler et ça me rappelle un peu ton clip de Pour NousVous êtes au bord d'une piscine avec des filles, du Henessy et du poulet sur la table

 

Ce "Pour Nous" il veut dire quoi pour toi ?

Tout dire, c'est pour nous que je le fais. Je peux le dire à ma mère, à ma soeur, à mon poto. Je ne fais pas ça pour ma simple gloire. Si je suis tout seul, je m'en fous en fait. L'esprit de famille c'est important pour moi et si tu m'aides et qu'on avance ensemble, c'est que t'es de la famille. C'est profitable pour moi et ça le sera pour toi aussi.

Tu parles souvent de ta mère... 

Ouais. Parce que comme mon père il travaille au Congo, je ne vis qu'avec ma mère. Et il y a eu beaucoup de confrontation l'année où je bossais sur le projet. Je ne suis pas le genre de mec qui parle beaucoup de ce qu'il fait à ses parents donc je ne leur ai pas dit que je faisais de la musique. Mais à un moment avec les clips ça a trop pris. J'ai été obligé d'affronter ça, de passer un cap et d'assumer ce que je faisais.

Tu montres tes clips à ta mère aujourd'hui ?

Non, elle regarde toute seule je crois.

Et là, j'ai en tête ce clip où l'on te voit avec une meuf et son énorme boule... 

Ah, Celui-là, elle l'a vu. Elle n'a pas manqué de me le dire. « Il ne faut pas dire que toutes les femmes sont des chiennes ». Mais bon, tu connais hein...

 

"J'suis un voyou d'la tess qui a besoin d'amour, dis-moi que tu m'aimes", ça été difficile de raconter l'amour sur tout un titre ?

C'est dur mais tu sais, je me mets souvent dans la peau de...

Donc ce n'est pas toi qui le dis ?

Si, il y a un part de moi mais il y a aussi de l'imagination.

Pourquoi ? C'est difficile de dire je t'aime ?

C'est dur... Je ne sais pas pour les autres. Mais c'est dur non ?

Ca dépend...

Ouais, il y a en qui ont le « je t'aime facile » mais ce n'est pas mon cas.

Quels sont les retours que tu as eu ce titre ? Parce que musicalement c'est assez différent de ce que tu avais l'habitude de faire...

Je pensais que ce titre, il allait juste plaire à un public féminin que je n'avais pas. Mais non, il a plutôt bien marché.

Les filles, qu'est-ce qu'elles tweetent par exemple ?

 

Tu racontes aussi cette tess, "solo dans le brouillard"... 

Ouais, quand tu ne vois pas plus loin que la rue d'après, que tu es tout seul dans tes problèmes jusqu'à ce que le brouillard s'estompe.

C'est très poétique...

T'as capté.

C'est comment quand on arrive à voir la rue d'après ?

On arrive à savoir où l'on veut aller. La musique c'est le parfait exemple. Tu ne sais pas vraiment, tu kiffes sur le moment, mais est-ce que ça va durer ? Est-ce que ceci ? Est-ce que cela ? Alors tu avances en espérant que ça puisse peut-être marcher pour toi. J'ai 20 ans, ça fait partie des questions qui me préoccupent donc j'en parle beaucoup tu vois.

Il y a aussi un message positif dans ce que tu racontes. Une envie de dire que tout ira mieux. Mais est-ce que tu avais conscience de tout le travail que ça allait demander ?

 

Tu as commencé à faire de la musique à 12 ans. C'était comment à cette époque quand tu kickais dans le quartier ?

Comme aujourd'hui. Je montrais mes textes à l'équipe... Freestyle, on enregistre, on fait écouter. J'avais la dalle de leur montrer que...et je leur montre toujours que... C'était ça l'objectif et ça n'a pas changé.

Tu as d'ailleurs ces freestyles. Les "Binks to Binks"... 

Ouais, le binks c'est le bâtiment. C'est là où on squatte le plus. Dans le sous-sol, dans les cages d'escaliers, tout en haut. On le connaît le bâtiment. Surtout son hall. Tu y passes la moitié de ton temps. Devant s'il fait beau, dedans s'il fait moche.

Tu pensais déjà à aller le plus loin possible ?

J'ai toujours voulu qu'on me dise "c'est bien ce que tu fais." Au début ça se diffuse dans le quartier. Ensuite c'est dans la ville et c'est déjà bien. Puis c'est le département. Aujourd'hui c'est national et il y a même des gens de l'étranger qui m'envoient des messages. De Côte d'Ivoire, du Congo et même des States.

Tu penses à faire des titres Afro pour tourner en Afrique ?

Si je dois faire un titre Afro, je le ferai avec une personne qui sait le faire comme j'ai fait avec Niska. Un son comme "Elle a mal", c'est délirant. 

Il y a aussi Letho sur le projet. Tu as une anecdote à nous raconter ?


Et avec Sadek ?

Quand j'avais 15 et demi, on avait fait un son ensemble. Mon premier avec lui, "Clan des Loups".  Je voyais ça comme le morceau de ma vie.

Tu te souviens de la toute première fois où t'as rencontré Sadek ?

 


Photo : Ninho / Facebook

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