Myd : "Avant l'album de Brodinski, j'avais jamais fait de rap de ma vie" [interview]

Les rapporteuses Lundi 14 novembre 2016

Réécoute
De Lacrim à Young Thug en passant par Alonzo et Sch, Myd est passé de la production d'électro haut de gamme avec Brodinski aux hits rap internationaux. Rencontre avec ce producteur ambitieux et talentueux qui navigue entre Lille et Atlanta.

Myd, c'est l'histoire d'un mec qui a toujours fait de la house et de la techno. Avec les membres de son groupe Club Cheval ou en solo, sur les labels Marble (Para One, Surkin et Bobmo) et Bromance de Brodinski. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier que l'aventure au pays des rappeurs commence. Ils prennent un vol pour Atlanta, s'installent dans la capitale de la Trap, apprennent à composer en territoire inconnu. De cette expérience naît Brava, le premier album solo de Brodinski où l'on retrouve Myd à la production et l'un des grands manitous du hip hop français, un certain DJ Kore. Des rencontres, des moments de musique et de studio plus tard, Myd peut se targuer d'avoir aujourd'hui produit dans l'underground du rap d'Atlanta ou même certains des gros hits du rap français. 

 

 

L'histoire avec Kore, elle commence comment ?

Par un texto : "Yo les gars, venez ce soir". Du coup, on y est allé avec Panteros de Club Cheval. Avec Club Cheval, on voulait faire du rnb américain et on a été mis en contact avec lui. On savait déjà qu'il était hyper fort, que c'était l'une des personnes les plus douées en France. Et du coup on est allé le voir avec nos démos. On a débarqué dans son studio, il était tout seul. On a branché la clé USB et là, tout s'est fait autour du son. On est tout de suite devenu des potes et on a bossé ensemble trois ans sur l'album de Club Cheval. Avec Kore et ça c'est un truc qui continue, même si on fait des petites activités, quand on fait de la musique on fait de la musique. On met play et il faut qu'il y ait le frisson.

Petites activités, vous jouez au Ping Pong ?

Par exemple. Il y a une table de ping pong au studio. On a déjà fait des fêtes ensemble. On est déjà allé au ski. On fait des petites activités (rires).

La connexion Kore-Brodinski elle existait déjà ?

Non. Je bossais déjà avec Kore, ça se passait très bien et du coup je lui ai proposé qu'on bosse ensemble sur l'album de Brodi. Kore a tout de suite accepté parce qu'il avait un projet excitant : aller à Atlanta pour y faire de la techno rap.

Arrivé à Atlanta, ça a dû être fou ?

Pas du tout. C'était pas fou du tout, frustrant même. On avait passé quelques temps à L.A avant. On y avait fait de la musique hyper cool mais niveau rappeurs on se retrouvait qu'avec des artistes de maisons de disques et c'était pas forcément ce que Brodi voulait. Au bout d'un mois, on s'est rendu compte qu'il fallait qu'on parte de L.A pour Atlanta. Sauf que le seul moyen de bosser à Atlanta c'est d'y aller, de louer un studio et d'attendre. (écouter la suite ou reprendre la lecture)

 

Comment ça ?

Les rappeurs n'ont pas de téléphones portables, ils changent tout le temps de numéros. Ils n'ont pas de mails ou n'y répondent pas. Á Atlanta on avait un plug, un mec qui bosse avec beaucoup de rappeurs, Dereck. Mais le premier soir en studio personne n'est venu. On était là comme deux cons : "bon bah c'est pas grave ! Peut-être qu'on va passer la semaine à faire des beats et voilà." Brodi est toujours hyper positif et du coup, je l'étais aussi. Le deuxième jour, les mecs de Rae Sremmurd et Mike Will sont venus. On a discuté, on a écouté du son et derrière ça, Mike Will en a parlé à d'autres. Les mecs ont commencé à venir et le mot est passé : un français est à Atlanta, il a des beats chelou mais ça vaut le coup de venir voir. Ils trouvaient ça trop bizarre qu'on soit là. Pour nous c'était pareil, les mecs arrivaient fonsdés, rappaient des trucs de ouf sans même avoir écrit. C'est comme ça qu'on a fait nos premiers pas à Atlanta.

 

 

La confrontation de vos deux mondes a dû être intéressante

Ils ont essayé de comprendre ce qu'on faisait même si parfois on simplifiait beaucoup sinon ça aurait été très compliqué. On faisait des beats, on rajoutait ensuite le truc trap pour les mettre à l'aise, on l'enlevait après. Mais Brodi m'a raconté qu'un mec comme 21 Savage quand il est venu en studio, il a entendu des prods de Brodi ou des trucs vraiment compliqués de Gesaffelstein. Sauf qu'aujourd'hui c'est devenu un défi pour les mecs de poser dessus.

 

Toi, tu repars avec quoi d'Atlanta ?

Leur énergie. Ce truc spontané de l'accident qu'ils provoquent en studio. C'est un truc que Kore m'a appris, tu peux avoir une partition, le morceau pour faire un tube mais il vaut mieux écouter tout ce qui se passe autour pour trouver la pépite. Et avec eux c'était que ça, de la magie en studio.

 

C'est ce qui t’a donné envie de retenter l'expérience avec No Bullshit ?

À la base l'instru de No Bullshit n'était pas pour moi, c'était pour une pote chanteuse. Mais comme Brodi, il passe la plupart de son temps à Atlanta, je lui ai envoyé : "Tiens, écoute ça et dis moi si t'as une idée de rappeurs dans les nouveaux". Je savais qu'il bossait avec les YSL, que ces gars étaient suffisamment fous pour poser sur un beat comme ça.

Et tu me disais avoir bossé sur d'autres titres...

Ce n'est pas encore sorti. Mais y a ce mec Bloody Jay qui a déjà bossé sur l'album de Brodi et qui est en prison. On a fait un gros morceau de 15 minutes avec plusieurs producteurs. Il y a Sam Tiba, Tommy Kruise et moi. C'est entrecoupé d'appels en prison de Bloody Jay, de discours de sa famille, de ses meilleurs amis. C'est hyper beau et ça sera accompagné d'une vidéo.

 

 

Ton tout premier morceau de rap français, c'était lequel ?

C'était Tout le monde veut des Lovés de Lacrim. Un jour je suis au studio, Kore me fait écouter un morceau de House et me dit : "j'ai vraiment envie de faire un morceau comme ça pour Lacrim. Est-ce que tu peux tester ?" Je tente un truc, lui envoie une instru et là il me répond : "non, ça va pas du tout." Je recommence : "ok c'est bon. Lacrim a déjà posé dessus." C'est allé tellement vite. Mais la meilleure histoire c'est celle de Champs Elysées... (écouter la suite ou reprendre la lecture)

 

Ces artistes tu les connaissais avant de bosser avec Kore ?

Pas du tout. Avant l'album de Brodinski, je n'avais jamais fait un morceau rap de ma vie. Je ne savais pas tu vois. Après j'adore la prod depuis que j'ai 15 ans donc je suis excité par l'idée de faire des nouveaux trucs. À un moment j'ai dû apprendre à faire sonner un 808 parce que c'est comme ça, il fallait. Mais Kore nous faisait écouter, il nous expliquait pourquoi c'était vraiment bien. La première fois qu'il nous a montré SCH, on s'est foutu de sa gueule un peu. Dans ses premières vidéos, il avait un style tellement dingue. C'était une sorte de Young Thug. SCH, il aurait pu mettre des robes aussi et on aurait trouvé ça cool.

 

Quand j'écoute ces titres-là ou ceux de votre album avec Club Cheval, la filiation est évidente.

Bah ouais, c'est fait par les mêmes personnes. Et même dans les morceaux d'Alonzo dont je parle quasiment pas, t'entends des sons et des accords à la Club Cheval.

 

Alonzo, pour qui tu as fait Regarde Moi et Pataya ?

C'est le même genre d'histoire. Là pour le coup on l'a vraiment fait ensemble avec Kore au studio quand il bossait sur le B.O de Pataya. Au début, on l'a pas fait en pensant Alonzo... (écouter la suite)

 

Il y en a d'autres ?

19 de SCH, le plus récent. Je commence à être contacté par d'autres rappeurs et je fais d'autres trucs.

 

Dans le rap, tu voudrais bosser avec qui aujourd'hui ?

J'adore Booba et j'aimerai bien bosser pour des artistes ricains comme Young Thug.

 

Ton morceau sur cette compil co-signée par Young Thug, c'est une consécration ?

Non c'est un début (rires). C'est très bien, la mixtape est vraiment géniale. Mais c'est qu'une première étape. J'espère qu'on ira avec Brodi et le reste de la team produire pour de plus gros artistes ricains.

 

Genre ?

Future par exemple.

 


Crédit photo : Facebook de Myd 


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