Mister You : "Le Grand Méchant You, c'est une renaissance" [interview]

Les rapporteuses Mercredi 16 novembre 2016

Réécoute
On a rencontré Mister You à l'occasion de la sortie de son nouvel album "Le Grand Méchant You". Un projet qui annonce le grand retour du Yougataga.

 

Ca veut dire quoi Le Grand Méchant You ?

À la base c'est tiré du Grand Méchant Loup. C'était pour faire un jeu de mot avec You. C'est la nostalgie de l'enfance (rires). Plus sérieusement je saurai pas te dire pourquoi, ça m'est venu comme ça.

 

C'est cool parce que ça a un côté à la fois mignon et caillera, un peu comme toi.

C'est gentil (rires) je vais rougir. Franchement, le titre est venu direct. J'en ai parlé à quelques potes, aux gens avec qui je bosse et tout le monde a accroché.

 

Sur ce projet, on est plus dans l'univers titres cailleras. Il n'y a pas de chansons d'amour. 

Exactement (rires). C'était plus le truc du moment. Je revenais de tournées, j'avais commencé à balancer des sons et je voyais que les gens kiffaient, "continue à nous sortir des sons street". J'ai donc répondu présent.

 

Ça faisait un petit moment que tu n'avais rien sorti. Le public devait être impatient ?

Presque trois ans et j'étais impatient tout autant que le public. Ça a mis du temps parce que j'ai eu des galères administratives. Mais j'ai quand même fait pas mal de morceaux pour pas perdre la plume on va dire. Quand tous les problèmes juridiques ont été réglé, j'ai pu attaquer.  

 

Juridiques ou administratifs ?

Juridiques et administratifs. J'avais trop de problèmes (rires). Non mais c'était juridique. Si j'ai dit administratif c'est parce que je pense trop à l'administration pénitentiaire. C'est l'habitude (rires).

 

Pourrais-tu être un peu plus explicite ?

En fait j'ai eu des petites galères de contrat mais vu que c'est réglé, je n'ai plus le droit d'en parler. Dans le contrat que je viens de signer avec mes anciens associés il y a ce qu'on appelle un quitus. Donc on doit noyer le poisson, on ne doit plus en parler (rires).

 

Tu as proposé une écoute de cet album en exclu à 20 potos.

On a fait un petit concours sur Facebook. Il y a 20 personnes qui ont gagné et qui sont venus écouter l'album en avant-première. Je suis venu avant dire bonjour à tout le monde, je les ai laissé écouter. Ensuite, on s'est posé tous ensemble histoire d'avoir leurs impressions. J'étais là pour répondre à toutes les questions. On a bu un thé, fumé une petite clope. On a pris des photos. C'était une excellent journée. J'ai kiffé.

 

Ils venaient d'où ?

D'un peu partout. Il y avait un petit jeune qui était venu avec son grand frère et un de ses potes. Le grand frère est venu me voir : "Tu sais pas la mission. J'avais le travail fréro. J'y suis même pas allé. Je viens de me taper 500 km et je vais me retaper 500 km. Mais franchement pour toi c'était un plaisir de les faire." Ça m'a touché. C'est un délire, tu vois que les gens ils te suivent. Franchement, c'est la plus belle des récompenses.

 

Et eux, qu'est-ce qu'ils te disent ? (écouter la suite)

 

Vous faites gagner des billets de 500 euros à l'occasion de la sortie du Grand Méchant You. L'idée elle est venue comment ?

J'avais déjà fait un projet où j'avais offert des roses aux filles, un où j'avais mis du shit. Donc là je ne savais pas quoi mettre. On m'avait proposé d'aller acheter des Iphone ou des Playstations mais je me suis dit que l'argent c'était mieux. Il y a des gens qui sont dans le besoin. La Play ils vont aller la vendre. Avec de l'argent, tu fais ce que tu veux.

 

Pourquoi mettre du shit dans un album ?

Avant ça comme je te le disais j'avais offert des roses au filles. J'étais partie au marché Secrétan, j'avais acheté 100 roses. C'était un 14 février, j'étais recherché et il y avait un flic dans mon quartier qui s'appelait Valentin. Donc j'étais parti dans la provoc. Derrière ça, dans une interview j'avais promis de fumer un joint avec ceux qui voudraient. J'avais fait ça en 2009 sur mon maxi Prise D'otage. C'était sorti à 500 exemplaires dont 200 avec du shit. Ça sortait en juillet, aux alentours du 14. Je voulais que ça soit explosif donc j'ai caché du shit dans mes maxis. (écouter la suite).

 

On ne peut pas encourager ce genres d'initiatives parce qu'on est ici dans l'illégalité mais on a la sensation que toutes ces difficultés t'ont poussé à être plus "inventif" dans ta façon de sortir ou de faire de la musique.

Tu combats avec les armes que t'as. Je suis un battant et j'ai la dalle de réussite. Aujourd'hui, le message que je passerai à mon public c'est ma vie en elle-même. Où est-ce que j'ai commencé, où est-ce que j'en suis arrivé. À l'époque j'étais dans la cité, on vendait du shit. Ensuite on s'est fait attrapé, j'ai été en cavale... Et j'ai réussi à tirer profit de cette situation.

Après ça veut pas dire que j'encourage les gens à aller vendre. Non ! J'ai fait ça par nécessité. Je ne suis pas issu d'un milieu aisé. Je viens d'une famille nombreuse. Je suis l'avant dernier avec une mère au foyer et un père ouvrier, c'est difficile de s'en sortir. Jeune, j'ai pris mon indépendance parce que je ne voulais pas être un poids pour mes parents. Mais je n'ai jamais été le genre de mec qui va aller arracher le sac d'une vieille dame. Je n'ai jamais été un voleur. J'ai toujours été dans, comme on dit en arabe, "lbir ou chla". T'achètes et tu revends. Des fruits, des légumes ou de la drogue.

 

Dans Traficanté, cette histoire que tu racontes c'est toujours la tienne ?

Quand on écrit, parfois c'est de la fiction. Ici j'incarne un personnage, un petit jeune qui a 20 ans. J'en ai 32. T'en as plein des jeunes qui fêtent le million à 20 ans. Après comme disait Notorious Big : "Mo Money, Mo problems". À 20 ans, il fête le million mais à 30 ans faut voir où il sera le petit Traficanté. Il y a des morceaux qui parlent de ma vie mais il ne faut vraiment pas tout prendre au pied de la lettre. Ce sont des images et c'est souvent la musique que je compare à de la drogue. Quand je te dis "j'ai de la drogue qui arrive du Portugal ." C'est pas moi qui arrive avec un sac de sport rempli de cocaïne (rires). Ce n'est pas vrai.

J'ai grandi là-dedans. C'est tout ça j'ai vécu et je le revis encore aujourd'hui avec des amis. La prison, c'est dans les moeurs chez nous. On l'a connu, ils la connaissent, d'autres la connaitront. Mais c'est chiant la prison, c'est pas du tout une fierté. Quand t'es là-bas c'est l'angoisse. La prison c'est bien quand tu n'y es plus. Je te jure ! Tant que tu y es, c'est la merde. La frustration... l'hygiène... tu n'es pas au Pullman ! Dans les douches, il y a des champignons qui ne sont même pas répertoriés (rires). C'est affreux.

 

Le rappeur Elams, passé par là, nous en avait parlé. Lui aussi il disait que c'était "pas rigolo".

Après quand t'es là, t'es là. "Ce qui ne peut-être évité, il faut l'embrasser " comme on dit. Donc tu vas pas t'apitoyer sur ton sort. Ce ne sont pas tes larmes qui vont te faire sortir. Et puis il faut assumer ses conneries surtout quand t'es vraiment là pour quelque chose. Après, il y a des innocents en prison et là c'est beaucoup plus dur. Regarde l'affaire Omar Raddad. Tu détruis des vies comme ça et à la fin t'as quoi ? Un pardon et un petit chèque.

 

Avec le recul quand tu observes ce parcours, tu ne regrettes rien ?

"Je ne regrette rien, ni mes joies, ni mes tristesses." Je dis ça mais quand tu regardes vraiment, que t'arrêtes de te voiler la face et de sortir de belles phrases, franchement il y a plein de choses que tu regrettes. Mais bon là, ça suffirait pas une interview. Il nous faudrait toute une nuit si ce n'est plus pour en parler. Alors comme dirait Booba "pas le temps pour les regrets."

 

Tito Prince dit  "le temps ça se rachète." Avant de se lancer vraiment dans la musique, il a fait des braquages. Il a décidé de changer de vie le jour où il s'est retrouvé à l'hôpital parce qu'il avait pris des coups de couteau. Et aujourd'hui il veut montrer qu'il existe d'autres voies pour s'en sortir.

C'est beau. Maintenant, oui ! On n'est pas là pour faire l'apologie du crime. Des mecs comme nous surtout. On n'a pas eu la jeunesse la plus exemplaire donc si on peut passer un message aux jeunes, je préfère qu'ils réussissent dans le foot, dans la musique ou les études plutôt qu'ils passent 20 ans en prison. Quand tu prends 20 piges, ta vie elle est foutue. (écouter la suite et fin)

 


Crédit photo : Facebook

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