Mac Miller : bienvenue dans "Divine Feminine" [interview]

Les rapporteuses Mercredi 12 octobre 2016

Réécoute
A l'occasion de la sortie de son nouvel album, on a rencontré l'une des pointures du Rap US : Mac Miller.

Septembre 2016, Mac Miller arrive avec son quatrième album, ôde à l'amour suprême, Divine Feminine. Sur ce projet : Ariana Grande, Ty Dolla $ign, Kendrick Lamar ou même Anderson Paak pour ne citer qu'eux. Avec ce dernier, Mac Miller signe d'ailleurs l'un de ses plus gros succès. Mais plus que de sortir des tubes ou de toper les charts, Mac Miller voulait chanter l'amour. Pas sur un seul titre mais surtout un album pour installer une ambiance, un univers. Bienvenue dans Divine Feminine

 

 9 versions de l'album avant d'arriver à celle-ci.

On est pas loin de ça. A un moment, j'ai arrêté de compter. J'avais enregistré tellement de titres, de versions que j'en ai perdu le compte. Ca été beaucoup de travail. Aujourd'hui tout ce que j'espère c'est que ça puisse réchauffer le cœur des gens. Genre, comme lorsque tu trouves du réconfort sous la couverture. 

Tu t'es dit dès le début : "je vais faire un album qui parle d'amour "?

J'ai fini mon album GO:OD AM et je me suis mis à bosser sur celui-là. J'étais passé par tellement de trucs que tout de suite, j'ai voulu parler d'amour. Mais je pensais même pas à faire un album. Au départ, je voulais juste faire des chansons et ça s'est transformé en un album.  

Pourquoi ?

En tant qu'être humain, on est à tous à la recherche de ça. On veut trouver des réponses. Pour moi, c'était une façon de m'interroger sur ce truc divin, le fait de se réinventer grâce à l'amour, l'amour d'une femme. C'est une émotion tellement forte. il faut mettre ça au premier plan dans tout ce qu'on fait. Qu'il s'agisse de s'aimer ou d'aimer les autres, ça doit jamais être ringard.

Est-ce que y a pas cette notion d'amour "suprême" aussi ? Je pense à John Coltrane, à son album "A Love Supreme" et à sa dévotion pour le divin dans sa musique.

C'est génial, tu me fait triper là. Toutes les phrases où y a mon nom à côté de celui de John Coltrane, je veux dire... ça tue parce que c'est tellement ça.

Ton album commence d'ailleurs avec une succession de « Love » « Love » « Love » un peu à la façon de John Coltrane sur le titre Pt.1 - Acknowledgement.

Ouais, Putain! C'est génial. Respect à John Coltrane.

Et tu chantes un peu à la façon des crooners sur la plupart des titres...

Chaque émotion appelle à une façon différente d'utiliser sa voix. Y a tous ces personnages, tu vois. Je suis content. On a réussi à faire de la place pour chacun d'entre eux. C'était pas juste du chant ou du rap, c'était un mix de tout ça.

Et si tu devais choisir un crooner tu prendrais qui ?

J'ai toujours été inspiré par Al Green. Dans les chansons d'Al Green, y a tout ce qu'une bonne chanson d'amour doit te faire ressentir.

 

Il a eu une histoire terrible, sa petite copine qui l'a brûlé avec une pâte de maïs avant de se suicider. Ca l'a d'ailleurs conduit à devenir pasteur.

Révérend Al Green. Il a le gospel en lui.

On parle beaucoup de la nouvelle scène musicale de Los Angeles depuis la sortie de l'album de Kendrick Lamar To Pimp A Butterlfly, le producteur Flying Lotus, le musicien Thundercat. Thundercat est d'ailleurs sur ton album.

C'est l'un de mes meilleurs amis. Lui et moi, on a enregistré tellement de titres. Avec Lotus ils sont dans les premières personnes à m'avoir accueilli à L.A. J'y ai vécu 4 ou 5 ans avant de déménager à New York au moment de "Divine Feminine". Donc, venant de Pittsburgh, étant passé par la Californie... y a tout ça qui est ressorti. J'ai passé beaucoup de temps avec Thundercat et Lotus. J'étais une vraie éponge, j'essayais d'apprendre le plus possible. Lotus a toujours 10 ans d'avance sur tous les autres.

Ils nourrissent ton esprit ?

Exactement.

 

Kendrick Lamar est aussi sur l'album. C'est pas la première fois que vous faites un titre ensemble, y avait eu "Fight The Feeling".

Quand on avait fait ce titre en 2012, je lui avais envoyé par mail la prod et il avait posé son couplet. Mais pour celui-là, on a vraiment travaillé ensemble. On était tous les deux à New York. Il faisait ces trucs et il m'a rejoint direct en sortant de studio. On aime tous les deux la musique, installer des ambiances qui te permettent de dire certaines choses. Je lui ai joué des titres et quand il les a entendu, il a tout de suite kiffé.

Ambiance, c'est-à-dire ?

La musique c'est des paysages sonores. Les sons représentent différentes émotions. C'est peut-être pas comme ça pour les autres mais pour moi c'est important de garder ça à l'esprit. Je te parlais de réconfort sous la couette, il faut les bonnes textures pour créer ce genre de sensation.

L'orchestration des cordes sur Congratulation avec Bilal c'est pour ça ?

Exactement. C'est un peu comme un nouveau film que tu déroules. T'as cette séquence d'ouverture et à chaque fois que les cordes arrivent, c'est très émouvant. Quand Aja Grant me l'a joué pour la première fois ça a tout de suite déclenché un truc en moi. Y a toute cette histoire autour de la nostalgie amoureuse. Durant l'enregistrement, c'était comme d'essayer de réussir à garder en moi tout ce que la quête amoureuse avait pu signifier. C'est l'un de mes titres préférés. C'est d'ailleurs le premier titre que j'ai enregistré.

Y a beaucoup de bleu dans tes chansons. Tu vois la musique avec des couleurs ?

J'essaie toujours de visualiser ce que j'écris et les couleurs ont une place très importante là-dedans. Mais ce qui est intéressant c'est que souvent les couleurs peuvent changer. Ca dépend du moment. Une chanson peut te rendre heureux un jour et triste le lendemain. Mais ouais, y a beaucoup de bleu.. Ca se situe entre les profondeurs de la mer et du ciel, au niveau de cette ligne d'horizon. C'est un peu comme pour tous mes tatouages, comme si le bleu de la mer et le bleu du ciel pouvaient avoir une conversation.

Deux ans pour sortir un album, ça peut sembler beaucoup aujourd'hui.

En fait, il m'a fallu un an. Ce qui est fou aussi parce que c'est tellement ! Comme j'avais une vision précise de là où je voulais aller, j'ai mis la pression de côté. Je pensais pas à l'exploitation commerciale du truc,quel single, faire en sorte d'avoir untel... Toutes ces conneries ça n'a rien à voir avec faire de la musique. Ca été beaucoup plus facile en gardant cette posture finalement.

Divine Feminine semble finalement être l'équilibre parfait entre Blue Slide Park, un E.P très jazz comme You ou même GO:OD AM.

À 100 %. Je commence enfin à comprendre quelle est ma place dans toute cette équation qu'est la musique. J'ai pas fini. Je suis certain, j'en apprendrai un peu plus chaque jour. Mais cet album a été une étape importante dans l'idée d'être tout ce que je suis. C'était comme de réunir toutes les pièces du puzzle en une seule fois.

 


Crédit photo : Facebook

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