LIM : "un RSA c'est quoi ? 500 canettes de Coca-Cola dans le mois" [interview]

Les rapporteuses Lundi 28 novembre 2016

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LIM : "un RSA c'est quoi ? 500 canettes de Coca-Cola
Son amour pour le raï, les cabarets et les jukebox. Les futurs élections présidentielles ou la situation actuelle des migrants. Discussion avec LIM, personnage dans l'univers du rap français qui impressionne de par sa longévité et sa productivité.

On vous en parlait déjà en septembre dernier, LIM est un artiste au CV qui donne le vertige. Présent dans le rap français depuis une vingtaine d'années, il a sorti de nombreux titres - en solo, ou avec son groupe Movez Lang - devenus des classiques du rap français. Mais plus que le prestige, LIM ne souhaite que l'on ne retienne qu'une seule chose de toutes ces expériences : il est là pour apporter quelque chose au rap français et même au-delà.

Qu'est-ce que ça te fait de tenir ce nouvel album dans tes mains ?

C'est la continuité de la vie. C'est un petit bébé qui vient d'arriver. Ça fait toujours plaisir.

Et quand tu la regardes cette pochette, tu te dis quoi ?

Je me dis Pirate (rires) comme ce qui est écrit. Tout simplement.

Ce mot pirate, on l'entend souvent dans le rap.

Que ça soit dans le rap ou dans la vie en général. On est tous un peu considérés comme des pirates parce qu'on est un peu en marge de la société, du système. Et voilà, il y a les pirates de la mer, les pirates de la street, pirate de sa mère même. On se considère un peu comme des pirates des temps modernes.

 

Des Pirates des temps modernes qui prennent aussi le large sur de vrais bateaux... (écouter la suite)

L'objectif c'est de retranscrire notre réalité. Si c'est pour faire un clip en Lamborghini et rentrer en métro, ça ne sert pas à grand chose.


 

 

Pour le clip de DZ vous avez tourné en Algérie...

C'est un titre qui explique que je suis un DZ, un algérien et surtout que le pays est en train d'évoluer. Quand moi j'étais jeune, il y avait les terroristes etc. Maintenant, les choses ont beaucoup changé. L'Etat donne l'opportunité à la jeunesse de pouvoir essayer d'entreprendre. Le fait de tourner ça là-bas et de représenter mes origines, c'est une très grande fierté.

Ça doit rappeler pas mal de souvenirs aussi. Si je te demande de nous en raconter un, là comme ça..

On va dire, le jour où mon neveu m'a jeté une pierre sur la tête. Je ne sais même pas pourquoi il avait fait ça (rires). Mais il y a tellement de belles choses à vivre et à découvrir là-bas. C'est surtout la population, le sens du partage et de l'hospitalité existe vraiment même si certes, il y a un peu plus de misère.

 

Pirate, ça s'inscrit dans la continuité de toute cette histoire que tu racontes en musique avec tes albums...

Le premier album solo c'était Enfant du Ghetto. Ensuite il y a eu Délinquant puis Repenti mais pas Collabo, Voyoucratie et maintenant c'est la piraterie quoi. Mais ce sont juste les mots qui changent parce que nos vies ne changent pas vraiment.

C'est-à-dire ? (écouter la suite)

Quand on écoute les anciens à l'époque des premiers émeutes qu'il y a eu à Lyon à la cité des Minguettes et qu'on regarde les reportages, le mec de quartier il a le même discours.


 

 

Pourquoi le discours ne change pas selon toi ?

Les gens qui nous représentent ne pensent pas à nous. Au lieu d'essayer de nous avoir avec eux pour qu'ils soient élus, ils font en sorte que l'on soit contre eux. Ils nous montrent du doigt comme si nous, on était les méchants etc. Après, je ne fais pas non plus en sorte de changer les choses. Je n'ai pas de carte d'électeur et je ne vote pas puisque je ne me reconnais dans leur système...

Qu'est-ce que tu penses des candidats en lisse pour la Présidentielle ?

Il n'y a vraiment personne pour nous représenter. Le Président actuel n'a pas l'étoffe d'un Président. Certes il est gentil mais bon. Et quand tu regardes l'Assemblée Nationale, t'as l'impression d'être dans une cour de récré. L'autre a dit ça alors faut répondre comme ça. Tu vois ce que je veux dire ? C'est une guerre qui est interne, ils ne voient pas la misère des gens. Le RSA, combien de jeunes – de personnes même – vivent avec ça en France aujourd'hui. Et un RSA c'est quoi ? 500 canettes de Coca-Cola dans le mois sauf qu'au lieu de penser aux réels problèmes, ils se cassent les couilles entre eux. Même au sein de leur clan politique, ils s'enculent donc tu crois qu'ils ne vont pas enculer les français ? La réalité des choses elle est là je pense.

 

Quand on regarde ton parcours et qu'on est fan de rap, on se dit que c'est assez ouf...

C'est pas mal, c'est un parcours. Après l'objectif ça a toujours été d'aller vers des unions qui peuvent apporter quelque chose au rap français et même au-delà. L'album que j'ai fait avec Alibi Montana par exemple, c'est une belle image. Un mec du 93 avec un mec du 92. Un noir, un arabe. A l'heure où certains parlent de renoi et de rebeu et de toutes ces conneries ! Je pense qu'on est assez divisé comme ça. On a tous grandi pareil, on veut représenter et expliquer notre mode de vie parce que le rap au départ c'était une musique dénonciatrice. Après il y a d'autres formes de rap et moi dans tout ça, je suis aussi auteur pour d'autres. J'ai co-écrit tout l'album de Florent Mothe de Danse avec les Stars. J'ai écrit pour Véronique Jannot...

Ca s'est passé comment avec Véronique Jannot ?

Très bien. Un joint, une bouteille de Whisky et on y va. Mais pour revenir à ce qu'on se disait, le racisme n'est plus simplement ethnique. On a du racisme géographique en fonction de là où tu as grandi, économique, sociale. Aujourd'hui, le FN limite ne te dira plus sale arabe. Tu vois ce que je veux dire ?

Qu'est-ce qui fait qu'on continue ?

La vie est un combat. Un combat contre soi-même déjà. Nous sommes notre plus grand ennemi...

Tu disais que ta plus grande qualité, la folie, était aussi ton plus grand défaut.

Je suis un peu niqué dans mon cerveau. J'aime bien foutre le bordel. Je suis un bon vivant. Je m'éclate à toute patate. C'est du 72 heures.

Une anecdote ?

Un jour il y a un clando qui est venu me voir, il m'a dit "LIM ça va ? Je suis clando, je viens d'arriver". Je lui ai répondu "c'est bien, tu parles bien le français" et là il me sort "j'ai appris le français en écoutant tes chansons"...

Tu as d'ailleurs un titre qui parle de la Haraga dans cet album... (écouter la suite)

 Aujourd'hui ça peut-être une difficulté, mais ça peut devenir une richesse demain. Ils ont des savoir-faire, ils sont déterminés à faire des choses positives. Ils ne viennent pas ici pour voler mais pour travailler ou étudier. Il faut leur donner leur chance.


 

Pirate, c'est 32 titres sur cet album. Tu écris aussi pour d'autres, sors des projets environ tous les ans depuis 20 ans. Tu ne t'arrêtes jamais ?

Non. Là on va rentrer en studio pour sortir un 12 titres en début d'année. Donc oui, je n'arrête pas. J'ai que ça à faire. Ça et le Jukebox, c'est ma passion les jukebox. Je kiffe, mettre ma pièce, choisir ma chanson. Je vais au bar pour ça.

Tu mets quoi comme titre ?

Je mets que du raï. J'écoute que ça. Cheba Negouane, tout ça. J'aime beaucoup.

Si tu devais nous faire un top 3 des morceaux ou artistes raï à écouter, ça serait lequel ?

Cheba Negouane, c'est une très grande chanteuse. Après, Cheba Sabah et Houssem. J'ai d'ailleurs repris un de ses morceaux sur Caillera. Mais il y en a tellement, entre la nouvelle génération et l'ancienne et c'est mon univers. Quand j'écoute une chanson de Cheba Negouane par exemple, j'ai l'impression qu'elle parle de moi. J'insulte tout seul dans ma tête, mais dans le bon sens. Tout ce qu'elle raconte, comment c'est apporté. Le raï c'est une musique avec un grand message. D'ailleurs raï ça veut dire message. Il n'y a pas que le raï'n'b même si je n'ai rien contre cette musique-là. Le raï c'est les ambiances cabaret. Tu me croiseras toujours dans un cabaret.

On va où du coup si on veut te croiser ?

Chez Warda ou chez Fafa. Mais il y en a pas mal, ça bouge beaucoup et c'est ouvert tous les jours. 

 


Crédit photo : Facebook

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