Le cinéma de Rim'K : "dans une autre vie, je devais être Scorsese" [interview]

Les rapporteuses Mardi 07 mars 2017

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Le cinéma de RimK : Dans une autre vie, je devais être Scorsese
Le cinéma d'Audiard, "Le Solitaire" de Michael Mann. Les films d'horreur, la pop culture. Conversation avec Rim'k sur tous ces "fantômes" qui le hantent à l'occasion de la sortie de son 7e album solo.

Rim'K est un homme pressé. Il passe toutes ses nuits en studio, se couche très tard, cumule les activités. "On a trois vies. On ne fait pas que de la musique donc ça prend beaucoup de temps" raconte-t-il en souriant. Il poursuit de façon évasive. "On a des projets qui arrivent dans le cinéma. Il y a aussi des trucs en Afrique du Nord - des projets hors musique - que je suis en train de préparer depuis des années." On aimerait en savoir un peu plus. Rim'K préfère garder la surprise.

Alors en attendant, on se raccroche à ce titre. On se dit qu'il doit, lui aussi, raconter d'autres histoires. Des histoires de cinéma. Car bien avant cette rencontre, on avait à l'esprit ces voyous à la Scorsese. On pensait  à ce titre, Personne, qui laisse place à l'invisible. Faire parler tous ces fantômes qui le hantent.

"C'est le combat contre soi-même. Moi et toutes mes qualités et mes défauts on va dire. Il y aussi un message un peu subliminal dans le dernier titre de l'album qui s'appelle Fantôme. Du jour au lendemain je vais disparaître comme un fantôme. Vous ne me verrez plus. On a ces projets de cinéma comme je le disais..." 

 

Mais cet album ne sera pas son dernier. La musique pour Rim'K est comme "une maladie incurable",  "j'en ferai toujours, peut-être d'une autre manière. Dans le ciné, il y a les B.O.

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Les références aux B.O et/ou aux films sont nombreuses dans Fantôme. La vidéo de Personne rappelle d'ailleurs à la séquence d'ouverture du Solitaire de Michael Mann. "Franchement je pense que dans une deuxième vie, je devais être Scorsese. Le cinéma ça prend tellement de place dans ma vie. Je m'en inspire beaucoup, même des répliques. Dans le morceau avec SCH par exemple quand je dis 'je vais leur faire une offre qu'ils ne pourront pas refuser', ça vient du Parrain. Il y aussi Drive avec Ryan Gosling. Je m'en suis un peu inspiré pour la séance photo du livret. Quand tu mélanges tout ça, ça fait un album de Rim'K.

Sur ce titre, il y a un autre univers que l'on retrouve dans les ambiances sonores, celui du film d'horreur Suspiria de l'italien Dario Argento. 

 

"C'est les années 80 en vrai quand tu regardes bien toutes mes réf. C'est ma jeunesse. Quand tu me parles de musique de films d'horreur, je pense à ce titre où je dis ''jai le rire d'un film d'horreur''. Donc ça revient vraiment à ce que tu dis. Pour moi les années 80, ça fait partie des meilleures années. Dans le cinéma ou la musique. Pourquoi ne pas s'en inspirer.

Mais pour Rim'K il s'agit avant tout de mettre un univers au service de son message. "C'est aussi un partage d'expérience ce disque. J'ai une longue carrière et un parcours atypique. Je viens de la Mafia K'1 Fry, nos histoires sont douloureuses. On a perdu des gens... Aujourd'hui, j'ai réussi ma vie, j'ai aussi une famille. Il faut que je l'explique pour que les gens comprennent la suite de l'histoire." 

 

La suite de l'histoire, on pourrait l'écrire - dans le cas de Fantôme - à partir de ce titre Room Service avec cette vidéo qui rappelle au Hot Line Bling de Drake. "On s'est inspiré de ça et de références de clips electro 

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"Grâce à DJ Mehdi, c'est lui qui m'a vraiment fait découvrir l'electro. Il m'a fait aimer cette musique. Dès 2002, on a fait des featurings avec les Daft Punk. Et sur l'album précédent 'Chef de Famille', j'ai fait un morceau avec Kavinsky. Pour moi c'est assez proche du rap parce qu'ils se servent beaucoup de la musique urbaine pour faire leurs rythmiques.

À l'écouter parler, on la sensation que Rim'K a su naviguer d'un genre musical à l'autre comme un poisson dans l'eau. Sur son album précédent Monster Tape (sorti en 2016) par exemple, il était allé à Atlanta à la rencontre de la Trap.

"C'est la passion. Je ne vais pas dire que j'étudie la musique mais on en est presque là. Je décortique tout, ancien ou nouveau parce que j'aime. Le plus important c'est le fond. Et le fond c'est le même. 20 ans que je rappe et que je véhicule les mêmes messages en essayant de faire évoluer les choses. Ce qui change vraiment au fil des albums, c'est la forme.

 

La forme, Rim'K l'a vraiment vu évoluer en studio. "À l'époque, les studios ça coûtait 1000 euros la journée. Et tu repartais avec un titre non mixé. Il fallait encore remettre 1500 euros derrière pour finaliser ton titre. Aujourd'hui tu peux faire de la musique dans ta chambre en claquettes devant un ordi, tout est numérique. Nous on l'a vécu ce changement. L'album 'Les Princes de la ville' de 113, il était sorti en cassette. J'en ai encore une à la maison."

Dans les souvenirs que Rim'K a de cette époque, il y aussi cette histoire de chambre d'hôtel. "Une fois, on était en Suisse. On était en concert à Neufchâtel. On était parti en pleine nuit parce que le lendemain, on avait un truc à Paris. On ne voulait pas rester dormir la nuit. On a pris une voiture pour rentrer et en partant on a plus ou moins pillé l'hôtel. On a vidé les minibars, y en a un qui a pris une couette, l'autre une cafetière. Le lendemain, on a fait la Une des journaux '113, coupable de filouterie et de bergerie'. Et je ne savais pas ce que ça voulait dire."

 


Crédit photo : DR

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