Kalash Criminel : "Je rappe pas, je mets des coups de pression" [interview]

Les rapporteuses Mardi 30 mai 2017

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Kalash Criminel : "Je rap pas, je mets des coups de pression
On a essayé de faire des gang, gang ! wouuuh ! t'es mort, t'es mort ! avec Kalash Criminel. Conversation et fous rires à l'occasion de la sortie de "Oyoki", son dernier projet.

Pour vous raconter notre rencontre avec Kalash Criminel, on vous propose de jeter une oreille ou, de dérouler les mots ci-dessous.

 

Qui n'a pas pigé ? Oyoki à qui ?

Oyoki à tout le monde. Oyoki, ça veut dire t'as entendu. T'as entendu, t'as écouté. Je parle du projet, je parle de faire entendre mon blaze.

Je te demande parce que parfois quand tu rappes tu mets des coups de pression...

Ouais, toujours. En plus sans trop crier. C'est ça le plus important. Ça ne sert à rien de crier au micro.

T'es la figure du dictateur.

Voilà, je l'ai dit dans un son en plus (rires). Dans "T'es mort".

C'est quoi l'action Kalash Criminel alors ?

C'est la sauvagerie gestuelle. Quand je mets le coup de pied à la caméra-là, c'est ça l'action.

Dans "Enterrez-les" tu dis aussi "même quand je dis je t'aime, on dirait"...

une menace. Ouais, ça c'est mon côté sauvage. Pourquoi tu veux que je te dise je t'aime ?

Tu peux !

(rires) Non, je ne le dis pas comme ça. C'est rare, je ne le dis qu'à ma mère c'est tout.

 

Et toi, tu as ce truc. Tu es panafricaniste. Il y a vraiment cette fierté... (on en parlé au moment de la sortie de R.A.S)

Ouais, la fierté. C'est vraiment la fierté. Tu l'as ressenti comme ça toi aussi ? 

Ouais.

Ah bah c'est parfait alors. On ressent les mêmes choses. Ouais, si c'est ça. Je suis fier de là où je viens, d'être africain. J'ai étudié l'histoire, je connais mon histoire.

Quand je vais aller à Kin, ça va être un truc de fou.Youssoupha m'a dit que j'étais attendu à Kinshasa. Lui il m'a dit que les gens dans la rue lui faisaient même découvrir mes morceaux.



Pour en savoir plus sur le "peut-être tout un morceau de rap en lingala", on clique ici. (on vous file aussi un tips pour pour parler comme Kalash Criminel)

 

C'est très beau quand tu pars sur ton titre "Bénéfice" avec le "Camers, ivoiriens/ Galsens, comoriens"…

Ouais, c'est technique. J’ai connu des russes, des mexicains, des portoricains. Et voilà, j'ai voulu les représenter dans le morceau.

On sent que tu t’amuses avec les mots quand tu fais "Camers, ivoiriens (gang, gang)/Des galsens, comoriens (wouuuh)/ Russes, colombiens (t'es mort, tes mort)"... 

(rires) Je crois tu vas faire mes ambiances bientôt, tu le fais super bien. Je suis cordar.

Je te le fais avec la voix un peu posée...

Ouais, y a plein de gens qui m'ont parlé de ça. Ils ont kiffé le morceau. Je le kiffe aussi. C'est l'un des premiers que j'ai posé. C'est technique de fou.

Il était déjà fini ce titre au moment de la sortie de R.A.S ? Je te demande parce qu'il me semble qu'à l'époque tu m'avais dit que t'avais déjà des titres...

Non. Il n'y avait qu'"Euphorie". Après j’avais d’autres morceaux mais plus des freestyles que je vais balancer ensuite. Peut-être pour l’album.

Et comment ça se passe dans la tête de Kalash Criminel pour sortir des trucs comme ça ? Qu’est-ce qui se passe là-dedans, il y a plein de petits vélos…

Si tu rentres dans ma tête, tu peut-être traumatisée. Il se passe trop de trucs. Mais après ça c’est…je le fais à l’instinct. Je n’arrive pas à prendre un stylo pour écrire. Je préfère avoir mon casque, l’instru tourne. C’est plus à l’instinct. Il y a quand même des trucs réfléchis. Par exemple, si je trouve la phrase mais pas la bonne façon de la dire je vais vraiment me prendre la tête. Sur le bon mot, le bon placement. C’était ça pour "Bénéfice".

Ta maman dont on avait parlé la dernière fois, qui te fait tes valises…

Ouais, ah ouais ? Tu te rappelles. Ça y est je me rappelle.

Ça y est ? Tu me remets ?

Ouais, je me rappelle. Ma mère elle est trop impliquée dans ce que je fais.

Elle connaît le game maintenant ?

Vite fait. Elle connaît Kaaris, Black M, Maître Gims. Elle regarde plus ce que je fais.

Keblack peut-être ?

Non mais là, elle va connaître.

 

Comment est-ce que tu t’es retrouvé…

Avec Keblack ?

C'est la connexion congolaise…

Tout le monde me demande ça, c’est un truc de ouf. Keblack il connaît bien mes cousins de Grigny et beaucoup de gens de mon entourage. J’ai écouté une prod et je le voyais bien dessus. Quand on s’est vus en studio on n’a pas choisi cette prod finalement. Son beatmakeur était là, il nous en a fait une autre. On a écouté, on a kiffé et on est partis dessus.

C’est une prise de risque pour toi de partir sur un titre comme celui-ci…

Je pense aussi. Je me suis pas mal débrouillé sur le morceau…

T’as kiffé ? Poser sur un titre un peu…

Afro, il y en a d’autres des morceaux afros que je vais balancer peut-être après on verra.

C’est quoi dans la vibe ? Ndombolo ?

Ouais, ça vient de chez nous, ça ne bouge pas. Après c’est pas vraiment "ndombolo, ndombolo". Tu ne vas pas me voir danser…

Justement, ça je voulais qu’on en parle. Toi, il n’y a pas de bassin qui bouge…

Non (rires).

Tu n’es pas équipé.. 

Je ne danse que dans les mariages. Je suis zaïrois quand même. Ouais non, ne t’inquiète pas je connais deux ou trois pas. Mais tu ne me verras pas danser dans les clips.

Pour rester sur ces histoires de collaborations, il y en a une qui a fait énormément de bruit c’est celle avec…

Jul le sang ! C’est le fréro Jul. Je parlais avec lui ce matin au téléphone.

C'est une machine ce mec. C'est un truc de ouf ! On est arrivés à Marseille vers quinze heures, on est repartis vers une heure. On a fait quatre morceaux.


 

Pour en savoir plus sur la connexion Kalash Criminel Jul, ça se passe ci-dessous.

 

Et à partir de quel moment tu as commencé à l’appeler "le Sang" ? 

C’est lui il m’a appelé "le sang" et je l’ai placé dans le morceau. On s’est super bien entendus. Franchement, on dirait que je le connaissais depuis dix ans. C’est un truc de fou. Même les gens ils sont venus me voir "Hey, Jul il t’a follow sur instagram. Il follow personne à part ses deux meilleurs potes. En plus il a bossé avec tout le monde !"  Wesh, calmez les gars ! C’est le fréro Jul.

Pourquoi ça marche aussi bien selon toi ? Est-ce que ça ne serait pas une histoire d'hommes plus que de musiques ? 

Je pense aussi. Après le morceau, il nous a appelé pour qu’on passe dans son quartier. On est resté posés de minuit à trois heures du matin, ambiance quartier vraiment. Comme si j’étais au Rougemont. J’étais avec mes potes, il était avec ses potes, on écoutait du son. Là, il va venir à Sevran. On va bien l’accueillir.

Bien accueillir ?

Oh ne t'inquiète pas, on va bien l’accueillir (rires). Dans tous les sens. Il aura ce qu’il veut, au moment où il faut. Après on verra. Ça sera plus détente que boulot.

Sur "Oyoki", c’est allé vite ?

Ouais, en deux mois. Il n’y avait qu’Euphorie bouclée depuis novembre. J’ai posé le reste à partir de février. "Bénéfice", "Enterrez-les" en février e tout le reste en mars. J'ai rendu le projet en avril.

Tu rentres avec ce titre "Polnareff" et là, tout de suite c’est… sombre.

C’est le délire de la prod. Je te l'ai dit, je fonctionne plus au feeling. J’ai écouté la prod et c’est parti comme ça.

"Polnareff nous a menti, on ira pas tous au Paradis"...

Ouais, c’est vrai. Pourquoi t’es choqué ?

Je ne sais pas.

(rires) Non mais c’est vrai. La phrase je la trouvais lourde donc je me suis dit qu’on allait rentrer dans le projet comme ça. Je n’avais pas encore d’intro. Je voulais mettre "Piano sombre" en intro au début et puis j’ai écouté la prod et je suis rentré direct « Polnareff nous a menti, on n’ira pas tous au Paradis ». 

Et sur ce titre, tu finis de façon militaire avec un "R.A.S". La mise en abyme, on retrouve ça souvent dans tes textes. C’est comme un puzzle en fait.

Kalash Criminel, tu ne peux pas comprendre avec un seul titre. Il faut écouter tous les titres. Il y a plein de monde qui n’aimaient pas au début et là, ils sont en mode c’est lourd ! Ouais, c’est un univers.

Tu penses qu’il y a des gens qui ne vont pas au-delà de la première violence ?

Il y a de ça. Ça ne les touche peut-être pas aussi ce que je raconte. Avec la musique, il faut toucher les gens. Si ce n’est pas le cas, tu peux trouver ça banal.

Tu mets quand même beaucoup d’ironie dans tout ce que tu racontes...

C’est de la musique, il ne faut pas l’oublier. Je m’amuse surtout. Quand je suis en studio, j'essaie de trouver des nouveaux flows, des phrases, des punchlines.

 

C'est comme dans "Euphorie" quoi ! "Quand je rappe c’est l’Euphorie" et ça, ça réveille la folie.

Je suis comme un volcan. Calme et tranquille mais quand je me réveille ce n’est pas bon. Il ne faut pas réveiller pour rien aussi.

Quand arrivera l'album ?

Fin d’année. J’ai déjà le titre, les feats presque tout. Il ne reste plus qu’à poser. C’est carré.

Le titre ?

(silence)

J’essaie…

Non, je ne te dirai pas maintenant. C’est une surprise. Ça se trouve il va changer donc je ne préfère pas le dire maintenant.

Ça se trouve tu l’appelleras Bolingo ? (amour en lingala) 

Non jamais (rires). Peut-être que je ferai un morceau comme ça Bolingo !

 

 


Crédit photo : Mouv'

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