JMSN, éternel insatisfait [interview]

Les rapporteuses Mercredi 09 novembre 2016

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JMSN, éternel insatisfait [interview]
On a rencontré le crooner américain JMSN, artiste multi-casquettes de passage à Paris pour présenter son dernier album "It is".

Il est chanteur, auteur-compositeur, musicien, vidéaste, producteur. Il a fait partie d'un groupe de rock Love Arcade. Il a été un temps Christian TV avant de devenir JMSN et de sortir son premier album solo Priscilla qui l'a fait connaître du grand public. Ça c'était en 2012. Quatre ans et trois albums solos plus tard, JMSN semble toujours porter par la même idée : celle de faire de la musique avant tout et surtout d'aller vite. 

 

T'as le mot change - changement - de tatoué sur le côté gauche de ton crâne.

Oui. (rires)

Et celui-ci, il veut dire quoi ?  (JMSN a un autre tatouage à l'arrière du crâne en chinois )

It is. (rires)

Ah Le nom de ton dernier album. Mais c'est en chinois, pourquoi ?

J'étais en Chine quand je l'ai fait.

C'est aussi simple que ça.

Oui, je suis une personne assez simple.

Et c'est pour ça ce nom, It Is ?

C'est en tout cas pour ça que je me le suis tatoué. Je savais déjà que ça serait le nom de mon album. Mais quand je l'ai fait personne ne le savait.

Pourquoi c'est important d'avoir ces mots écrits sur ton corps ?

C'est une très bonne question. Je sais pas... Je voulais quelque chose sur mon crâne. Je crois que c'est une façon d'avoir des sortes de marqueurs dans sa vie.

Je reste sur ces mots. Changement, ça veut dire quoi pour toi ?

Beaucoup ! Je me suis juste fait ça un jour où je devais penser à la façon dont tout finissait par changer (rires).

Ça semble d'autant plus intéressant d'avoir ça à l'esprit au vue de la façon dont ta carrière a évolué au fil des années. 

Ouais carrément. Ça doit changer et ça doit continuer. Si tu fais toujours la même chose tu finis par stagner.

 

La version live de ce troisième album It Is, c'est juste la continuité ?

L'album live c'était un truc que je voulais faire depuis longtemps. J'ai réussi à trouver les bons musiciens et je pense que ça sera pas le dernier.

Tu es toi-même un multi-instrumentiste. Qu'est-ce que cette expérience t'as apporté ?

Je suis devenu meilleur guitariste en ayant de bons musiciens autour de moi. J'ai commencé à jouer très jeune mais j'étais vraiment pas bon. Avant, j'utilisais plus ça comme un outil pour écrire des chansons. Mais là, je commence vraiment à aimer ça. Je me suis trouvé une nouvelle passion. Tout ce que je souhaite c'est que chacun sorte grandi de cette expérience.

Sur le live, les instruments prennent le lead en comparaison au It Is  version album studio ?

On peut dire ça. Ça a pris le temps de mariner, de devenir un truc à part entière. Quand je me suis lancé là-dedans au tout début, je créais quelque chose de différent à bien des niveaux. Quand tu joues live t'es plus dans l'instant. Mais à l'arrivée, ce moment, tu l'as tellement répété que ça devient une sorte de seconde nature. Tu n'es plus sur un nouveau terrain. Tu joues tes chansons, t'es super à l'aise. Et tu perds ce truc de moment en quelque sorte.

Mais au départ, la musique ça commence pourquoi ?

J'avais juste besoin de répondre à ce désir ardent de faire des chansons. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que j'écoutais la musique des autres, que c'était extraordinaire mais que je me disais : "je peux faire ça en y ajoutant un truc pour faire à ma façon". Il m'a fallu des années avant que ça me paraisse assez bien pour que je puisse le montrer à quelqu'un. Je parle de ma mère là (rires) elle a toujours été là pour me dire que c'était génial (rires).

Tu as grandi à Détroit. Cette ville a donné une certaine couleur à ta musique

Je crois qu'on peut parler de ce truc dur et vrai dans la réalité. C'est très brutal et direct Détroit. C'est d'ailleurs pour ça qu'il m'a fallu partir à Los Angeles. Détroit laisse peu de place à l'imagination. C'est plus une cité-dortoir où il faut trouver un job, un vrai travail. C'est à peu près la même partout sauf que tu t'imagines que non. Alors tu t'en vas, tu rencontres les bonnes personnes et là, les choses prennent forme. Détroit a eu cet effet-là sur moi. Après ça reste une ville géniale mais je déteste le froid.

Détroit est une ville à l'histoire musicale très riche dans le jazz, le rap, la techno...

La dernière fois je regardais ce documentaire sur Détroit. Madonna est de là-bas. Elle y retournait pour donner un concert et là je me suis dit : "Il y a vraiment beaucoup de gens qui viennent de Détroit ". C'est étrange (rires).

 

C'est la ville de J Dilla aussi...

Un autre bon exemple.

Il a quitté Détroit pour L.A lui aussi. Là-bas, il a bossé avec Madlib. Cette ville a été source de nouvelles perspectives en quelque sorte...

C'est la Mecque du musicien, le top du top est à Los Angeles. Et dans cette ville, c'est comme si c'était ok d'être musicien. Il y en a tellement. Personne ne viendra te faire chier avec des phrases du style : "qu'est-ce que tu fous de ta vie". En ce qui me concerne, m'y installer c'était avant tout réussir à ne pas être un poisson noyé dans l'océan. Il y a tellement de compétition. J'en parlais il y a pas si longtemps lors d'un entretien sur l'une des dates de la tournée. Les mecs étaient là "mais à Détroit il y a de très bons musiciens aussi" et moi j'étais là "Ouais. Ok. Cool." Ils voulaient argumenter mais vraiment, il n'y a même pas de débat. Tous les meilleurs se sont installés à L.A. Il y a aussi de très bons musiciens à la Nouvelles Orléans, à New York mais quand on me parle de Détroit pour la Motown ! C’est un temps révolu, la plupart de ces gens ne sont même plus là. Tu vois ce que je veux dire. 

Oui, carrément. Toi quand tu es arrivé là-bas quelqu'un t'as accueilli ?

Bonne question... On n'a pas vraiment eu de comité d'accueil à notre arrivée. J'étais avec mon cousin et on essayait juste de trouver des solutions pour payer le loyer. Moi, j'avais ce petit boulot et je peignais les numéros des maisons sur les trottoirs. Je me suis d'ailleurs fait arrêter pour ça. Donc on va dire que c'était pas vraiment très accueillant (rires). Ils ne voulaient pas qu'on reste (rires).

Derrière ça, il s'est passé quoi ?

J'ai pas lâché. Fallait continuer. Faire des choses, bosser la musique, réussir à payer le loyer. J'ai l'impression que je suis toujours là-dedans aujourd'hui. Ouais (rires) je me demande encore comment je vais y arriver. Si je vivais toujours au même endroit, ça serait forcément plus simple. Mais bon t'as plus d'argent, tu déménages et tu te retrouves dans le même truc (rires).

T'as déjà réécouté tes anciens projets ?

Nah, je peux rien écouter. Sinon je serai là : "comment j'en suis arrivé à ça, cette chanson elle craint ! " (rires). Je me demanderai pourquoi j'ai pas baissé la basse ici ou pourquoi j'ai pas dit cette phrase comme ça.

 

Au moment de la sortie de ton premier album solo Priscilla, il y avait cette appellation qui revenait souvent pour parler de ta musique Hippie R&B. Est-ce toujours pertinent ?

On peut appeler ça comme ça. Je m'en soucie pas plus que ça. Je ne laisserai jamais ces dictats me dire ce que je dois faire. Les gens ont juste besoin d'avoir des étiquettes pour comprendre.

Mais si toi, tu devais choisir un mot ça serait lequel ?

JMSN.

JMSN, c'est comme un bon whisky, ça se bonifie avec l'âge.

Ouais (rires), je l'espère. Après s'il faut choisir une catégorie iTunes, je choisis Alternative. Juste pour ce mot, tu deviens alors une alternative à tout ce que tu veux.

Dans toute cette aventure, il ny a pas eu une rencontre ? Un moment précis où tout a changé ?

Les choses sont juste arrivées comme elles devaient arriver. Une fois le moment vécu, tu ne penses déjà plus à ce que t'as laissé derrière toi. J'ai jamais eu le sentiment que ça changeait quelque chose. Genre "ouais j'ai rencontré cette personne et ma vie est devenue extraordinaire ensuite." Il y a pas eu de tournant vraiment.

 

Quand t'as bossé avec Kendrick Lamar sur Good Kid, M.A.A.D City c'était comment ?

Cool. Ça m'a aidé à faire un peu mieux aujourd'hui. J'ai compris il y a très longtemps qu'on n'y arrive pas en une seule fois. C'est la somme de beaucoup de petites choses. Même si j'avais eu un hit numéro un, ça serait juste un truc.

Et la rencontre ?

Quoi la rencontre ?

Bah c'était comment ?

On fait de la musique tu sais donc il m'a juste dit ce dont il avait besoin et je l'ai fait. Faire de la musique c'est juste aller bosser. Et là c'était sympa parce que c'était très pro. J'aime quand les choses vont vite.

Es-tu fier de cela ? Tout autant que de tes autres collaborations ou de tes nombreux projets ?

Je suis pas certain d'avoir déjà été fier de que j'ai pu faire. Je fais juste, tu vois ? Ça sera bizarre dans le cas contraire, ça créerait une sorte de dualité et ça m'empêcherait d'avancer vite et d'aller loin. Fier est un mot étrange. La fierté, il faut déjà être capable d'en avoir assez lorsqu'on est sur des questions essentielles de la vie. Mais je ne suis pas certain qu'il faille y penser lorsqu'il s'agit de ce genres de distinctions. Ça serait une mauvaise chose. Après c'est une question de personnalité et je travaille sur pas mal de choses. Alors peut-être qu'un jour je le serai mais j'ai l'impression que ça ne sera jamais assez.

Ça doit être dur parfois quand on est dans les pompes de JMSN ?

Nah, c'est fun. Je suis juste insaisissable parfois mais je reste quelqu'un de simple. Je veux juste un truc dans la vie : faire de la musique.

Un dernier truc sur les pochettes de tes albums, on passe du rouge, au bleu, au orange.

Et ?

Il y aurait pas cette idée de route avec ce rappel à la symbolique des couleurs ? 

Le rouge c'était un peu le danger. Le bleu a ce truc plus facile. Le orange c'était en quelque sorte le tournant. L'annonce du changement. C'était vraiment très différent de tout ce que j'avais pu faire.

Le jaune sera la prochaine couleur.

Ouais. En fait, il y a pas mal de jaune dans ce que je fais en ce moment. T'as raison. Ouaw, c'est génial. Vraiment cool que tu vois ça. C'est tellement profond (rires).

 


Crédit photo : Facebook

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