Jaymax : "Faire rire, c'est un acte intelligent" [interview]

Les rapporteuses Mercredi 25 janvier 2017

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Jaymax : "Faire rire, c'est un acte intelligent" [interview]
Faire rire pour dénoncer, chanter pour divertir, raconter des anecdotes de la honte, être signé sur le label Bomayé de Youssoupha. Conversation avec Jaymax, artiste 3.0.

Pour la faire courte, Jaymax côté chiffres c'est 1 300 000 fans sur Facebook, 640 000  followers sur Instagram, un compte YouTube qui avoisine les 500 000 abonnés. Il a fait ses début sur vine avec des boucles de 6 secondes avant d'être repéré par Youssoupha qui l'a signé sur son label Bomayé. Et c'est d'ailleurs aux contacts de cette nouvelle famille que Jaymax s'est décidé à se lancer dans l'aventure de la musique.

 

"On est équipé", ça veut dire quoi ?

C'est un tout. On est sapé. On est avec nos potes. C'est un mood, une sorte d'humeur. Un mouvement.

Donc là t'es venu équipé ? (il porte un manteau avec une grosse fourrure)

Comme jamais. La fourrure et tout quoi (rires). 

On est entre le Équilibre de Dycosh et le Sapés comme Jamais de Gims...

Ouais, c'est tout une idéologie comme on dit chez les congolais. Dans cette vidéo, on a essayé de mettre en valeur le pays, le Congo, en dansant et en chantant. (Écouter la suite)

 

Qu'est-ce qui revient dans les commentaires ?

On me dit que je suis passé de vineur à chanteur. Les gens kiffent mon couplet, je suis étonné. J'ai quand même de grands artistes atour de moi. Youss, j'ai acheté tous ces albums et là aujourd'hui je me retrouve sur un son avec lui.

T'es nostalgique de vine ?

R.I.P Vine. C'est comme ça que j'ai commencé. On m'a connu grâce à ça donc je suis nostalgique dans le sens où c'était mes débuts. Pour moi c'était tout nouveau...internet, les gens. Ils venaient me voir "c'est trop bien ce que tu fais" et je kiffais de ouf. Mais c'est une évolution, on est un peu comme des pokémons en fait (rires)

Keblack m'avait raconté que Youssoupha était venu passer un entretien chez lui avec sa famille pour le signer. Ça s'est fait comment pour toi ?

Plus ou moins de la même façon. On s'est donné rendez-vous plusieurs fois avec mon frère et mon cousin. On parlait, on prenait des notes...

Le cousin dont tu parles, c'est Gradur ?

Non, ce n'était pas lui. Mais lui aussi, il m'a conseillé. Il venait de signer et on s'appelait souvent pour en parler.

Bien avant la première rencontre Youssoupha, il t'avait envoyé un DM sur Twitter ? Je dis ça parce qu'il est très réseaux sociaux...

Ouais, il avait envoyé un DM à Salomé. À la base, il kiffait ce qu'elle faisait et de fil en aiguille il a vu ce que je faisais aussi. Il a voulu nous rencontrer. La première fois que je l'ai vu c'était dans un showroom, celui de Puma pendant la coupe du monde. Salomé m'avait dit de venir avec elle. Je l'ai rencontré. On a même fait une petite vidéo au sujet du 7-1 du Brésil contre l'Allemagne (rires). On s'est revu après les vacances et là, ça s'est concrétisé. (Écouter la suite)

 

Comment est-ce qu'on passe de vineur à chanteur ?

L'idée première c'était de réussir à trouver un modèle économique pour ce nouveau truc. On n'était pas des YouTubeurs – même si on l'est devenu – on était des vineurs. Personne ne connaissait ça et Youssoupha a pris le risque de nous signer. Au début, on a commencé avec les Blackout, ensuite on a fait de la figuration. Derrière ça on a sorti nos clips, commençait à avoir des bookings. (Écouter la suite)

Mais pour en revenir à ce qu'on disait, si j'avais eu l'occasion de faire de la musique dès mes débuts, je l'aurai fait. Moi je me considère comme un entertainer. Je touche un peu à tout. Je peux danser, chanter ou faire de l'humour. Et c'est en regardant faire les autres que j'ai appris. J'allais souvent en studio pour faire mes montages vidéos et je voyais souvent Keblack et Hiro, "Ah ouais ! C'est comme ça qu'ils font des sons en fait." Ça m'a beaucoup aidé de travailler avec eux. (Écouter la suite)


On va plus vite et plus loin à plusieurs...

Exactement. Keblack et Nasa m'ont beaucoup aidé. Notamment sur mon premier titre "J'ai Pas De Sous". Ce titre a fait un carton, 2 millions de vues, ça fait plaisir.

 

En disant "J'ai Pas De Sous" tu viens de faire une triste mine...

(Rires) c'est vrai, je n'ai pas de sous. C'est un peu du vécu donc oui, j'ai le droit de le dire. Bon, peut-être pas là mais ça m'arrive de ne pas en avoir.

T'es encore en galère ?

Non (rires) mais c'est arrivé. Une fois, j'étais au MC Do avec une meuf "vas-y monte. Je vais commander à la borne" et là, paiement refusé. Je suis parti (rires). Je l'ai laissé en plan (rires). On s'est revu après "j'ai une galère". Je n'allais pas lui dire que ma carte n'était pas passée. Wouah ! J'ai un peu honte. Maintenant elle le sait, je lui ai dit.

Comme tu as percé aujourd'hui, ce n'est pas grave...

On essaie encore. Je suis fier de mon parcours mais je peux faire encore mieux, encore plus. Avec Youssoupha, on travaille tout ce qui est musique et avec ma boite de prod et ma manager, on est sur le côté comédie. Je n'arrête pas de bosser et je reste concentré sur mon taff. J'ai encore beaucoup à prouver.

Et tu suis des cours par correspondance... 

Ouais, on va dire ça comme ça. À la base, je devais aller au Canada faire mes études et du basket parce que j'étais en centre de formation à Lille. Sauf que je n'ai pas eu mon permis étudiant. J'ai dû reporter mon semestre et pendant ce temps-là j'ai fait des vidéos. (Écouter la suite)

 

 

Est-ce qu'il n'y a pas une volonté de donner de l'amour aux autres quand on se lance dans cette aventure ?

Au début, peut-être pas. Tu veux juste faire kiffer les potes. Et puis tu commences à recevoir des messages et tu hallucines, "Merde alors, la vidéo a duré 6 secondes !" J'ai même reçu des témoignages de personnes qui m'expliquaient que ça les aidait face à la maladie. Ça me touche énormément. Si je peux être un médecin pour eux, pourquoi pas ! L'amour, c'est le sujet numéro un en réalité. On a tous besoin d'amour pour vivre.(Écouter la suite)

 

T'es un mec fragile en fait...

Non. Je suis un mec tranquille. Je suis un gentil. Si je parle d'armes, tous les petits vont descendre à la cité et après les tantines vont me tomber dessus (rires) Je n'ai pas envie de montrer ça. J'aime faire rire les autres.

Mais on peut être un petit loubard de l'amour, gentil n'a qu'un œil.

C'est un bien grand mot quand même (rires). Je fais quand même un peu le macho avec les filles dans mes vidéos. D'ailleurs, elles ne sont pas contentes. Je le vois dans les commentaires (rires) "On n'est pas que des putes ". Je n'ai pas dit ça, je vous taquine un peu. Je montre aussi que nous, les mecs, on peut aussi être des connards.

Faire rire, c'est choquer ?

Choquer et dénoncer. Faire rire, c'est un acte intelligent. Pour réussir à capter l'intention de quelqu'un, ll faut y avoir réfléchi. Tu travailles le truc. Et avec l'humour, on peut faire passer certains messages.

Quels messages ?

Quand je dis par exemple « Arrête de mentir parce que même dans le noir je suis plus clair qu'elle ». Ça me rend ouf de voir des sœurs s'éclaircir la peau. C'est comme si elles avaient honte de leur peau ébène alors qu'elles sont tellement belles. (Écouter la suite)

 

T'as ce personnage récurrent, Tantine Dafalgant, dans tes vidéos humoristiques. Faut qu'on en parle quand même...

C'est la maman de tout le monde. Beaucoup de gens se reconnaissent dans Tantine Dafalgant. Elle est un peu agressive, elle abuse pas mal aussi. Elle a ses petites réflexions qui font que "ah oui ! Ça me fait penser à ma mère." Après, je ne vais pas dire que toutes les mères africaines sont comme ça, ça serait un peu cliché.

T'as déjà été surpris en train de jouer à Tantine Daphalgant par les membres de ta famille ?

Ma mère m'a grillé sans vraiment me griller. Elle a vu que je lui volais ses perruques et ses pagnes : "Il met une perruque, un pagne. Mon fils est-ce qu'il est pas un peu..." Elle m'a avoué ça il y a un an. Et moi, j'étais là : "maman, t'es sérieuse ?". Elle ne voyait pas mes vidéos au début donc elle ne savait pas. Bon après elle est tombée dessus, "oh c'est marrant ! " Quand elle m'a dit ça, j'avais tellement honte. Je ne pensais pas que ma mère elle verrait ça un jour. Pareil avec mon père. Je pensais qu'il allait m'insulter, "c'est quoi tes conneries, va à l'école" mais il était mort de rire. Depuis, ils m'encouragent tous les jours.  

C'est quoi le plan pour la suite ? Faire de la scène avec un spectacle humoristique ? Sortir un E.P ?

La scène au début, j'avais peur. J'en ai fait il y a un an mais ça ne m'avait pas fasciné, je n'étais pas vraiment à l'aise. J'ai un peu mis ça de côté du coup mais j'ai repris d'une autre façon par le biais de la musique (Écouter la suite et fin)

 

 

 


Crédit photo : Jaymax / Facebook

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