Fally Ipupa : "je suis un avocat défenseur de la femme" [interview]

Les rapporteuses Vendredi 23 juin 2017

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Fally Ipupa
On a rencontré Fally Ipupa, l'un des artistes les plus influents du continent africain à l'occasion de la sortie de son album "Tokooos" le 7 juillet prochain. Un projet où l'on retrouve notamment MHD, R.Kelly, Keblack, Naza, Shay, Wizkid et Booba.

Ce titre Tokooos, c'est vraiment devenu ta marque de fabrique.

C'est le nom de mon album et Tokooos c'est dérivé de kitoko. C'est pour parler de quelque chose de façon positive dans la plus belle langue du monde, le lingala. Ça veut dire beau, joli, nice. Je l'ai customisé à ma façon pour créer tokooos. Et moi je fais du tokos music.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

C'est une très belle musique. C'est tout un ensemble de chose. C'est une musique romantique, éducative avec une belle image, de vraies paroles et de vrais messages. C'est une musique qui peut divertir ou donner de vrais conseils.

Tu es un peu un guide matrimonial.

Je suis comme un livre (rires) avec beaucoup de chapitres.

Ce nouveau chapitre, il s'est ouvert comment ?

Je suis natif de Kinshasa mais bon, j'ai quand même passé la moitié de ma vie ici. Je voulais aussi ramener la musique congolaise et le lingala en France. J'écoutais les radios, je voyais que c'était bien ce qu'ils passaient mais je me disais que ça pouvait être mieux. Il  y a aussi de vrais artistes et des belles musiques en Afrique. Nous on est parmi les soldats. Ça fait très longtemps qu'on revendique nos sonorités, nos mélodies en expliquant que ça a sa place ici. Partout dans le reste du monde d'ailleurs.

Comment est-ce que tu as regardé l'arrivée de cette vague Afro chez nous ?

Je savais que ça finirait par arriver. Nous, les congolais on fait partie de ces artistes qui ont rempli des salles ici sans passer par la case radio. Koffi Olomidé a été le premier africain à remplir Bercy sans publicité. Il y aussi eu les Youssou N'Dour, Papa Wemba...moi j'ai fait le Zénith deux fois et l'Olympia. On savait qu'on avait une force mais on ne nous donnait pas notre chance.

À l'époque quand je voulais faire ce que je suis en train de faire aujourd'hui, on me parlait de quotas. On me disait ça sonne trop tribal. Je suis très content de voir ce qui se passe aujourd'hui. Il y a toujours un titre ou deux dans les albums des artistes américains ou français avec des sonorités africaines. Et nous aussi d'ailleurs, on a des artistes qui chantent en français ou font de la variété. Je suis pour les échanges culturels. La musique doit être universelle.

 

Cet album a été lancé avec Kiname ft. Booba. Comment est-ce que vous avez travaillé ensemble ?

 

J'étais ici en France et lui était à Miami. À la base on voulait être ensemble pour enregistrer parce que c'est toujours mieux. Mais on est tous les deux très occupés donc on l'a fait chacun de notre côté. On a pris le temps de choisir le bon beat comme vous dites et on a fini par valider celui-ci. Kiname, on savait que serait le premier single de l'album. Je n'avais pas sorti de single depuis trois ou quatre ans, j'avais déjà le feat. avec R. Kelly mais je voulais lancer l'album avec une chanson pour le marché français et pour l'Afrique. Quand Kiname est sorti, les gens ont dit Fally avec Booba, on ne pouvait pas rêver mieux  donc on a eu raison.

Sur une chanson comme Kiname, la construction est très différente de ce que tu peux faire sur une rumba.

 

J'avais déjà commencé à vouloir mélanger le côté congolais et le hip hop auparavant avec des morceaux comme Sweet Life. Mais oui, c'est totalement différent. Nous, on joue tout en live. Il y a la guitare, la basse, le clavier, la batterie, les congas, les choeurs, les voix etc. C'est compliqué, on ne peut pas sortir une chanson en moins de trois jours/une semaine.

Même dans la durée des morceaux, là c'est version short.

Oui, t'as remarqué. Mais en même temps, une rumba c'est quoi ? Tu dragues une fille, tu lui demandes son numéro, vous vous donnez rendez-vous et après vous vous séparez. Ça dure six minutes minimum (rires). Je suis parmi les artistes qui ont proposé des rumbas de cinq minutes ou quatre minutes. Et déjà là, les gens disaient mais Fally, ce n'est pas assez, nous on voulait des chansons comme Service. Chez nous les chansons doivent durer un peu plus longtemps, il y aussi le phénomène des dédicaces. Je cite ton nom etc c'est notre culture.

Bah ça d'ailleurs. Il me semble ne pas en avoir entendu une seule sur Tokooos.

Non sur le deuxième album, je ferai des dédicaces. Je voulais le faire mais là, c'était trop cramé (rires). On aurait dit il ramène ça encore ici. La seule dédicace c'est moi ! Mais je vais avoir un album rumba qui va sortir un peu plus tard.

 

C'était important d'avoir un morceau comme Eloko Oyo sur l'album ?

Obligé ! Je veux bien m'ouvrir mais il faut rester authentique. Tokooos, c'est un album crossover mais ça doit rester vrai. Avec ce titre, je suis en train de battre d'autres records. C'est la première fois qu'une chanson congolaise chope autant de vues sur même pas trois mois. On a plus de 11 millions de vues là. Chez nous au Congo, ça n'est jamais arrivé. Et c'est une chanson tribale, du village. C'est important de nourrir le nouveau public mais il faut garder la base aussi. Mon public africain et congolais qui aime danser. Il y a la danse, il y a le look. On reste swag.

Sur ce titre, tu chantes uniquement en lingala.

C'est la plus belle langue du monde, juste avant l'anglais.

Est-ce que ça été dur de traduire les sentiments en Français ?

Ouais, ça été un peu dur. Quand je parle français chez les anglophones, ils sont là oh you're so sweet, so sexy. Ils aiment, surtout les filles. Elles adorent le français ! C’est une langue romantique mais ça glisse avec difficulté. Moi je suis un lingalophone. Le français je l'ai appris à l'école et parce que je vis ici en France. Mais j'ai une facilité à chanter en lingala. Ensuite il y a l'anglais et le français.

Comment est-ce que tu t'es retrouvé dans la maison de R. Kelly à Atlanta ?

R. Kelly c'est un peu comme mon grand frère. On se respecte beaucoup. En 2010, on avait fait un titre Hands Across The World avec huit artistes africains. Et pendant l'enregistrement, on était le seul à pouvoir jouer d'un instrument. Je grattais à la guitare, lui jouait au piano et c'est comme ça qu'on s'est appréciés. On est restés en contact. Et puis un jour il m'a dit Yo Fally, you need to sing for the ladies, man. Ce à quoi j'ai répondu, grand frère ça tombe bien ! J'ai un album qui doit sortir et j'aimerai bien faire un titre avec toi. On a un projet même, on a doit faire un album ensemble. Ça sera en lingala, français, anglais. Mais par contre, on va chanter que pour les femmes.

C'est ce que tu fais depuis le début.

Non (rires) je chante aussi pour le monde et la société.  

 

J'ai la sensation que les femmes sont toutefois beaucoup plus réceptives...

Parce que la femme, c'est elle qui nous porte neuf mois. Elle nous donne la vie, son affection maternelle quand on est bébés. Et en grandissant, on retrouve la même femme qui donne de l'affection. J'ai un grand respect pour la femme. Je suis un avocat défenseur de la femme. Dieu a pris son temps pour créer cette belle créature et c'est elle qui m'inspire.

Et les Keblack ou Naza, c'est un peu les petits frères ?

C'est les petits frères d'ici, c'est le Congo. C'est pour passer un message fort : on doit être soudés et unis et récupérer notre place de leader.

 

Pourquoi la France alors aujourd'hui ? Est-ce qu'il n'y a pas cette volonté de fallynisation ?

Si, bien entendu. Je ne viens pas pour être perdant. Jamais de la vie. Je suis gagnant dans ma tête. J'ai onze ans de carrière solo, plus de vingt ans de carrière. Quand mon album va sortir, beaucoup vont se demander d'où je sors. Ils vont aller fouiller un peu et comprendre qu'il y a des artistes comme moi qui ont eu des vraies carrières en Afrique, bien plus grande que la mienne, mais ils n'ont jamais eu la chance d'être diffusés ici. On ne veut pas de ça pour la génération qui viendra après nous.

 

 


Crédit photo : Mouv'

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