Jules Gondry : clippeur rap à l'esprit punk [interview]

Les rapporteuses Lundi 02 janvier 2017

Réécoute
Du Punk au rap, entretien avec le réalisateur Jules Gondry [interview]
Il est réalisateur de clips de rap. Il a travaillé avec Vald, Seth Gueko, Nekfeu, le $-Crew... Il s'appelle Jules Gondry et a une sacré dégaine aussi...

On m'a dit que tu pissais sur les gens quand t'étais bourré en club ?

Oh, la vache. Non pas pisser. Ça m'arrive de sortir mon sexe avant de sauter dans la foule mais non, je n'ai jamais pissé sur personne (rires). Ça c'est Twitter mais il ne faut pas croire tout ce qui se dit.


Qu'est-ce qui revient le plus souvent à ton sujet ? Sans forcément regarder du côté des réseaux sociaux.

Les gens disent que je suis sympa, passionné, bien bête et que je ne me prends pas la tête.


Et cette passion pour la vidéo, elle vient d'où ?

Au départ c'est vraiment la musique qui me passionne. Mes parents viennent du punk. Ils ont tous les deux eu des groupes pendant des années. (ndlr : le père de Jules était bassiste dans le groupe Ludwig Von 88 ) Ma mère a même eu des labels donc j'ai baigné là-dedans. J'ai commencé par monter un label punk en 2009 qui s'appelait Carnage. Je sortais des disques de groupes parisiens, je coproduisais des groupes étrangers et je faisais aussi des clips pour mes artistes. Sauf que vers 2012, le groupe dont je m'occupais vraiment s'est séparé. Je suis un peu tombé de haut, je venais de lâcher mon boulot pour ne faire que ça et ça tombait à l'eau. De là, j'ai décidé de me lancer dans la vidéo. Je ne pouvais pas faire de musique parce que je suis vraiment nul.


Et le rap ?

J'ai toujours écouté du hip hop. Mon père dans sa période punk en écoutait et j'ai mon petit frère, Biftty, qui fait du rap aussi. Pour ce qui est des clips de rap, un jour je suis tombé sur la MZ et j'ai kiffé ce qu'ils faisaient. J'ai contacté leur producteur de l'époque Davidson qui m'a un peu envoyé balader (NDLR: les membres de la MZ ont depuis annoncé leur séparation) : « tu pourrais faire remix de Lune De FieL (#FumerTiserBaiser ) avec tes potes ». Il avait dû voir ma dégaine et celle de mes potes et se dire que ça pouvait ramener un autre public. Je n'étais pas vraiment chaud pour faire un clip non officiel donc je suis allé les voir en concert. À la fin du show j'ai rencontré Davidson et ça s'est fait comme ça. Quand les mecs voient ma tête, en général ça suit. Le premier clip que j'ai fait pour la MZ c'était "Cramé".

 

Ce clip restera dans nos mémoires. On s'est fait attraper par la police et mon cadreur a fini en garde à vue. Une belle journée quoi.


 

(écouter la suite)

 

À cette époque vous aviez déjà ce nom, Patapouf Gang ?

C'est un délire qu'on avait déjà entre nous parce qu'on aime trop la bouffe et qu'on passe notre temps à manger. Mais en réalité, l'appellation de la boite c'est PTPFG. Les gars avec qui je bosse ne voulaient pas qu'on lâche le nom mais comme ils ont des contrats plus sérieux, il fallait être crédible.


Ce nom résume assez bien votre univers. Vous arrivez comme des gros patapoufs avec des choses un peu grasses, qui tâchent...

C'est clair qu'on n'est vraiment pas dans la finesse. J'aime faire les choses sur le vif et dans la folie. Pour le "Réussite" de Vald par exemple, j'étais en tournage avec Mike Lucazz. Il m'appelle, « est-ce que tu pourrais me faire un visuel pour un morceau que je sors demain ? ». Je lui réponds que non, que je n'ai pas le temps. On finit le tournage et je lui repasse un coup de fil « j'ai une idée, viens on fait ça dans l'aprèm. T'inquiète ça sera prêt ce soir.» Il faut juste avoir l'idée. Vald et son équipe m'ont d'ailleurs dit « on doit pouvoir résumer ton clip en une seule phrase ». S'il te faut cinq minutes pour l'expliquer, t'es foutu et ça ne tapera pas dans la tête des gens.

 

La première rencontre avec Vald, ça s'est passé comment ?  (écouter la suite)

C'était au concert de la MZ. J'étais aux toilettes en train de pisser. Il est venu me voir « t'as une bonne tête toi »


 

 

J'ai l'impression que ta dégaine a joué en ta faveur quand tu es arrivé dans le rap... (écouter la suite)

Nekfeu je l'ai rencontré dans le train en allant à Londres par exemple. Je suis allé le voir « Salut, t'as deux minutes ». Six mois plus tard, je faisais un clip pour le $-Crew.



 

Avec Nekfeu ça s'est passé comment ?

On est allé boire un verre. On a passé deux heures à discuter de tout et de rien sans vraiment parler du projet. Et puis je crois qu'après il m'a dit un truc du style « fais comme tu le sens. J'aimerais bien que ça soit un peu psyché ». Là j'étais content parce que tu n'as pas forcément besoin de grand chose. Les mecs sont dans un appartement, font la teuf et mangent des pizzas. Donc l'idée n'est pas dingue mais ça l'a fait et le clip a cartonné. C'est ma vidéo qui a fait le plus de vues.


Et les idées pour tes vidéos ?

Parfois il suffit d'un mot bien placé dans le morceau. Pour les titres de Biffty, ça se passe vraiment comme ça. Pour "Incroyable" par exemple, j'ai toute de suite pensé "fête foraine pourrie". Après, les artistes savent souvent ce qu'ils veulent. Pour le « Voldemort » de la Mz le titre du morceau parlait de lui-même. Il fallait faire un truc à la "Harry Potter".


Il y a souvent ce côté second degré et décalé...

Je suis là pour m'amuser. C'est que je veux dans la vie et dans le rap il faut qu'on s'éclate. J'ai la chance d'avoir mon petit frère. Avec DJ Weedim on est trois. Et ensemble, on est libre de faire tout ce que l'on veut. Je suis tombé sur Vald aussi. Lui, tu lui donnes un rôle, il y va à 10 000 %. (écouter la suite) 

On a tourné le clip de Megadose. Dans la dernière scène, il y a ce gâteau à la crème. Vald est là, il s'empiffre et le mange en entier. Biffty en le voyant vomit.


 

 

Il y a cette maison, celle de tes parents, où vous tournez les clips de ton petit frère Biftty qui est devenue un personnage dans les histoires... (écouter la suite)

Le premier clip, c'était Goûter. Ma mère faisait une teuf d'anniversaire. Tous nos potes étaient là. On a fait un clip.


 

 

Et tes parents, ils vivent ça comment ?

Mes parents ont créé des décors toute leur vie. Ils passaient leur dimanche à monter ça pour la scène. En nous voyant faire, ça les fait délirer. Mais parfois c'est trop alors on attend qu'ils partent en vacances.


Tu as été influencé par leur parcours ?

Mes parents ont tout fait. Mon père a fait 36 dates en Allemagne. Ils ont tourné au Québec, fait l'Olympia. Ils ont marqué la scène punk alternative des années 80-90. À l'époque des Ludwig, Bérurier Noir... ils faisaient partie du mouvement. Ça représente une époque que je n'ai pas vécue mais que je trouve phénoménale. J'ai encore vu les Béru sur scène il n'y a pas si longtemps. Près de 17 ans après l'arrêt du groupe, c'est toujours l'éclate. Un Trianon rempli, je n'ai jamais vu de fête comme ça. Ce n'est pas forcément une histoire de bons musiciens, c'est une atmosphère. Et c'est ça que je veux ramener. Dans l'image par exemple, je veux ce truc trash, ce côté « on s'en fout, on ne se prend pas la tête et on fait les trucs à fond ».


Tu es parti en tournée avec eux ?

Je me souviens avoir vu le groupe de mes parents Raymonde Et Les Blancs Becs dans une salle qui s'appelait la Lola. Mon frère est allé au Québec dans le ventre de ma mère. Mais ça reste très vague, je devais avoir 4 ans quand ils ont arrêté la musique. Par la suite, je suis souvent allé à des concerts avec mes parents.


C'était lequel ton tout premier concert ?

Eminem avec mon père en 2003 à Bercy. Il y avait la grande roue sur scène, Cypres Hill sans leur backing band parce qu'ils s'étaient fait arrêter à la douane. Sacré souvenir. J'ai vraiment commencé à écouter du rap avec Eminem. Je l'ai écouté toute ma vie jusqu'à ce qu'il devienne fou et fasse des horreurs comme les autres. Mais quand il est arrivé c'était phénoménal, ça m'a éclaté la gueule. Aujourd'hui encore je regarde ses clips en me disant qu'il faudrait se concentrer un peu plus et arrêter de fumer des bédos toute la journée.

 


C'est quoi la suite ?

Ce qui me fait le plus vibrer c'est Biftty. Son projet avec DJ Weedim arrive et va y avoir du clip à faire. Sinon il y a des mecs pour qui j'espère bosser et je pense que ça va finir par arriver.


Qui par exemple ?

Il m'est arrivé un truc horrible. Je devais faire le clip de Damso "Amnésie" et c'est tombé à l'eau. Donc si Damso me rappelle, je serai content.

 


Crédit photo : Facebook Jules Gondry

+ de Rapporteuses sur Mouv'

Commentaires