DJ Pone : "Radiant", un album coup de poker [interview]

Les rapporteuses Lundi 17 octobre 2016

Réécoute
Une conversation avec Pone, ex-membre des Birdy Nam Nam passé par de nombreuses formations emblématiques du rap fr, à l'occasion de la sortie de son premier album solo "Radiant"

Octobre 2016, rendez-vous est donné par DJ Pone dans le 18e arrondissement de Paris pour parler de "Radiant". Pone arrive à l'heure, la conversation est lancée en marchant. Il donne le rythme, s'arrête pour prendre un café vite avalé, pose le décor : « Cette semaine je dois sortir deux mixs. Faut que je m'occupe de tout sur l'album aussi. J'ai tellement de trucs à gérer ». Mais Pone semble surtout impatient, pressé de voir comment le public va acccueillir ce premier solo. Un album où les notions d'espace et d'architecture arrivent comme pour donner à "Radiant" toute sa lumière.

 

 

Y a plus le DJ devant Pone

C'est pas un album de DJ, c'est un album de producteur. C'est pour ça que ça s'appelle « Pone - radiant » et pas « DJ Pone present Radiant ». Ce truc de DJ, ça fait partie de moi sauf que mon dernier championnat DMC ça remonte à 2002. C'était y a 14 ans. Ca fait très longtemps que je fais plus ça. Le « DJ » c'est comme si ça te mettait dans une case, un truc un peu de niche. C'est chiant et ça t'oblige à être dans la prouesse technique. On m'a demandé pourquoi y avait pas de scratchs sur "Radiant", ça m'est même pas venu à l'esprit en fait. J'avais pas envie, je préférais me concentrer sur le mix et la production.

Une nouvelle aventure 

J'ai quitté Birdy Nam Nam y a deux ans. Y a eu Sarh, le projet Erratic Impulses sur Ed Banger mais là c'est mon premier vrai album solo. Je suis tout seul aux commandes, c'est un nouveau départ. J'ai plein de choses à construire, ça m'excite beaucoup. Je vais devoir reconquérir le public, rejouer dans des petits endroits, gravir les échelons. C'est assez cool.

Tu fais ça avec un album très lumineux 

La première personne à qui j'avais envie de donner de la lumière c'était moi. Dans ma vie privée, je passais par une période très difficile. J'avais envie de douceur. J'ai bossé avec Superpoze pour ça aussi. Il est plus jeune que moi, beaucoup moins rugueux. Je voulais envoyer un truc cool. Aujourd'hui que tu sois Parisien, Niçois, français, européens...dans le monde c'est ultraviolent et compliqué. Alors si toi, t'arrives avec de la musique agressive, ça fait beaucoup. Je suis plus dans le Free Hug que dans le sortez vos flingues. Et puis l'attente sociale des gens peut créer de belles choses. Depuis quelques années y a des producteurs comme Kaytranada, Flume, Petit Biscuit, Fakeer ou Superpoze qui arrivent avec de la musique assez douce.  

 

 

Avec Superpoze ça s'est passé comment ?

C'était que du bonheur. C'est un disque qui s'est fait sans douleur. Même au niveau des horaires, on a trouvé le bon rythme. On bossait en journée, on finissait pas tard, jamais de nuit blanche. Lui, il avait une expression, il disait toujours c'est ma zone. Il est beaucoup plus jeune, ça été un choc générationnel mais je pense qu'on savait tous les deux où on pouvait amener le truc. Je voulais être actuel sans être le ieuv qui fait des trucs de jeunes. Après y a un personnage très important dans la création de ce disque c'est Boogie Vice qui était sur le mix et les arrangements.

Comme sur ce titre Mad Boy (en écoute dans la chronique du jour). Ca fait d'ailleurs référence à ton appartenance au milieu du graffiti 

Les MB c'est mon équipe de Fitigra. C'est mon crew, mes frères. Après on est un peu rangé comme on dit. Mais ouais, c'est comme un gang. Ca fait des années qu'on se connait, on en a fait des vertes et des pas mûres. C'est une façon de leur faire une kasdédi. Quand tu l'entends ce son, t'as plutôt envie de défoncer des métros que de faire un câlin mais c'est le seul. T'es dans un tunnel, tu soulèves la trappe. Il fait jour, tu t'en es bien sorti. J'ai décidé de le mettre dans l'album quand on était sur la fin. C'est le seul point sur lequel avec Superpoze on était pas complètement d'accord. Il me disait «c'est quand même un peu trop vénère sur le début ». Mais sur ce morceau t'as vraiment Pone, Superpoze et la puissance de Boogie Vice. Je crois qu'on l'a déposé à 3 en plus. 

Parfait pour le live aussi

C'est avec celui-là qu'on rentre. En live y a pas deux solutions. Soit tu rentres doucement, soit tu frappes fort. Comme ça les gens au moins ils sont attentifs, ils posent leurs verres.

Tu sors "Radiant" en indé 

C'est ce qui m'a permis de faire ce que je voulais. Les featurings, les structures des morceaux, la couleur de l'album, j'ai tout décidé donc ça donne un produit sincère. Sans la puissance de feu d'une maison de disques ça peut-être compliqué. J'ai investi du temps et de l'argent. En cas de foirade totale va falloir serrer la ceinture. Mais si ça marche, j'en récolterai les fruits. C'est un coup de poker. 

Tu fêtes aussi tes 20 ans de carrière cette année 

Quand on me dit 20 ans de carrière j'ai l'impression d'être Charles Aznavour alors que j'ai encore une montagne à gravir. Mais oui, j'ai commencé très jeune et ces 20 ans tellement remplis. Y a eu des super moments dans toutes les formations. Dans les compétitions, avec Fab et la Scred Connexion, avec Triptik, Svinkels, Birdy, Casseurs Flowters, Sarh. C'est surtout des vraies rencontres amicales. C'est triste, à l'époque y avait pas de smartphone. 90% de ma carrière elle est dans les cerveaux, sur des photos ou des cassettes DV. Tu verras jamais tourner une vidéo de moi avec Scred Connexion et Fab.

Quand j'avais 11-12 ans mon frère scratchait sur tes disques de Break, je pense notamment à ce disque avec la pochette verte "Beef Frog Breax"

Oh, j'avais oublié ça. Ah, ah , ah ! C'est vrai !

Y avait aussi ton titre sur l'album du Double H DJ Crew 

La veille de la sortie, faudrait que je poste ce tout premier morceau. Y a un balafon, un joueur malien. Je l'avais rencontré quand j'avais remplacé DJ Mouss sur des dates avec Positive Black Soul, un groupe de Dakar. Il était joli ce morceau, avec une boucle de Art Farmer si je me souviens bien.

 

Très beau 

C'est marrant. Ce morceau c'est peut-être finalement ce qui se rapproche le plus de ce que je fais aujourd'hui. C'était mon pote Damage qui m'avait aidé à la faire. Je savais pas trop comment ça marchait mais je savais ce que je voulais.

DJ Damage qui fait partie de la MeauxTown 

Dammage c'est mon père. C'est mon père, c'est mon frère, c'est tout en même temps. Pas ma meuf hein. Mais c'est pour ça que j'ai fait attention de bosser avec les bonnes personnes sur "Radiant" aussi. Si tu maîtrises pas le truc. Si tu t'entoures pas bien. Ca peut vite sonner faux. 

 


 

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