YouTube et la pénitence numérique

L'actualité numérique Jeudi 24 octobre 2013

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YouTube et la pénitence numérique
On savait qu'avec Internet, n'importe qui pouvait documenter ses crimes en temps réel. Mais certains profitent également des réseaux pour passer aux aveux.

 

Il s'appelle Matthew Cordle, il vit dans l'Ohio, et il a 22 ans. Le mois dernier, il a avoué être responsable de la mort d'un sexagénaire alors qu'il conduisait en état d'ébriété. Signe particulier : il l'a fait sur YouTube. Dans une vidéo de plus de 3 minutes, à la réalisation léchée, il exprime ses remords, d'abord dissimulé derrière un vocoder, puis face caméra, musique dramatique à l'appui.

Produite par le site Because I Said I Would (sur lequel des gens s'engagent à ne plus consommer d'héroine / arrêter la cigarette / combattre leur dépression), I Killed a Man (la vidéo est titrée, comme un court-métrage) a immédiatement suscité la polémique aux Etats-Unis, des experts auto-proclamés en gestuelle s'embarquant dans des argumentaires interminables pour prouver le manque de sincérité du chauffard repenti.

Deux millions de vues plus tard, Cordle a été condamné à 6 ans et demi de prison par la justice, alors qu'il encourait une peine maximale de 8 ans et demi. Et au-delà des questions légales que pose cette pénitence numérique, son cas nous interroge sur la représentation de la culpabilité.


Si la famille de la victime et le tribunal ont plutôt salué la démarche (le juge a même projeté la vidéo pendant l'audience), on ne peut s'empêcher de mettre son initiative en regard avec celle d'un Luka Magnotta. L'année dernière, le dépeceur de Montréal, que Le Figaro avait qualifié d'"assassin de la génération Facebook", s'était rendu célèbre en postant ses exploits sur YouTube.

Toutes proportions criminelles gardées, Matthew Cordle serait-il son doppelgänger lumineux ? Et si la culpabilité, comme le forfait en lui-même, n'avait plus besoin de représentation, de médiation ? Dans son cas, YouTube a remplacé la salle d'interrogatoire ou le bureau du juge.

Désormais, certains vont même jusqu'à combiner les deux gestes dans la même action : pendant l'été, Derek Medina, un habitant de Miami, a posté une vidéo du corps de sa femme sur Facebook, juste après l'avoir assassinée. Elle était accompagnée d'un message d'excuse.


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