World in Progress : le monde selon Pepe

le Reportage de la Rédaction Vendredi 30 août 2013

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World in Progress : le monde selon Pepe
On le présente comme le chef d'état le plus pauvre du monde. Le président uruguayen Jose Mujica, dit "Pepe" reverse 90% de son salaire aux œuvres sociales de son pays. Cette ancien guérillero d’extrême gauche se démarque sur la scène internationale par sa vision du monde humaniste et anticonsumériste.

 

Pour rencontrer Pepe, inutile de poireauter devant les bâtiments officiels. Le président de 78 ans vit toujours dans sa petite ferme, à quelques encablures de la capitale Montevideo. Depuis qu'il est en responsabilités, José Mujica n'a rien changé à son mode de vie : il est horticulteur, il le reste. On le croise parfois sur son tracteur, suivi de Manuella, sa chienne bâtarde à trois pattes.

Jose Mujica, président paysan

 

Pepe Mujica © Benjamin Illy, Le Mouv'
 

 

Pepe, c'est un peu le José Bové uruguayen. A ceci près que dans sa jeunesse à lui, la révolte passait par les armes. Mujica est un ancien "Tupamaro", combattant de la guérilla urbaine de gauche. Comme son épouse Lucia Topolansky (aujourd'hui sénatrice), il a été emprisonné 14 ans sous la dictature militaire qui faisait régner la terreur dans les années 70. 

Depuis, Pepe a rendu les armes et gravi une à une les marches du pouvoir. Élu président de la république en novembre 2012, il est à l'origine de nombreuses réformes qui tranchent avec le conservatisme sud américain : mariage homosexuel, légalisation du cannabis (la loi doit encore être vôtée par le sénat) et libéralisation de l'avortement.

 

 

Lucia Topolansky © Benjamin Illy, Le Mouv'
 

 

 

 

Très populaire en Uruguay, Pepe a tout pour devenir l'icône des alters de tout poil. Profondément anticapitaliste, il prône le retour aux valeurs humanistes, en opposition avec le consumérisme débridé. 

Et si Pepe séduit, c'est que Pepe sonne  vrai, en accord avec les idées qu'il défend. Touché par son discours iconoclaste au sommet de Rio sur le développement durable en 2012, le cinéaste Emir Kusturica prévoit même de lui consacrer un biopic.

 

 

 

"Moins de paroles, plus d'action"

Mais tout n'est pas si rose dans le monde de Pepe. Si le franc-parler et l'humilité de l'"homme du peuple" forcent le respect, certaines critiques se font entendre quant à sa gestion des dossiers chauds. Les victimes de la dictature regrettent par exemple que le président se soit incliné devant la Cour Suprême, qui a rétabli l'amnistie pour les crimes de guerre.

D'autres souhaitent un interventionnisme plus marqué sur les questions de précarité, des abus sexuels sur mineurs et du devenir des enfants des rues.

 

Casabo, quartier pauvre de Montevideo © Benjamin Illy, Le Mouv'

Pour Julio Sanguinetti, premier président élu après la dictature, José Mujica est un "anarchiste romantique". Manière polie pour l'opposant de dénoncer le manque de volontarisme du dirigeant actuel. 

A la base, Mujica s'est construit comme une figure politique différente des figures politiques conventionnelles. Avec un style de communication directe, un langage vulgaire, populaire [...] Beaucoup plus que de l’action. Ce n’est pas un exécutif. Il n’a pas la vocation de président. Je dirais que ce président est avant tout un commentateur de la réalité. 


Julio Sanguinetti, ancien président, actuel opposant © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

S'il y a un domaine dans lequel les uruguayens attendent des actes, c'est bien celui de l'éducation. Cela faisait partie des priorités de José Mujica, en bonne place dans son discours d'investiture. Et la rue est là pour le lui rappeler. 

Manifestation pour l'éducation à Montevideo © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

"Philosophe", "homme du peuple", "anarchiste romantique", Pepe joue sa petite musique, unique au monde. Destiné à contrer les narco-trafficants, son projet de légalisation du cannabis lui vaut d'être cité pour le prochain prix nobel de la paix. 

L’Uruguay est-il un exemple à suivre ? Quelles leçons retiendra t-on du mandat de Pepe Mujica ? On en parle demain samedi dans World in Progress, de 10h à 11h.

Benjamin Illy et Laurent Kramer reçoivent :

  • Fernanda Mora, déléguée du Conseil Consultatif urugayen à Paris
  • Zelmar Michelini, journaliste et membre de "Donde Estàn ?", association  consacrée aux disparus de la dictature urugayenne. 

 

Reportage pour le Mouv' de Benjamin Illy (@B.Illy).

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