Weird Al fait main basse sur le web

L'actualité numérique Mercredi 23 juillet 2014

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Weird Al fait main basse sur le web
Après 30 ans de carrière, le chanteur parodique le plus connu des Etats-Unis part à l'assaut du web comme un Youtubeur à peine majeur. On décrypte le phénomène.

Huit vidéos en huit jours. Après 30 ans d'une riche carrière passée à singer les stars du Billboard (de Madonna à Lady Gaga), "Weird Al" Yankovic a décidé de se lancer dans un drôle de marathon du teasing sur le web. Et ça marche : "Mandatory Fun", le nouvel album du chanteur parodique le plus bigarré du paysage américain est déjà en tête des ventes aux Etats-Unis.

Au cours d'une semaine placée sous le signe de la viralité, le troubadour aux cheveux soyeux a piraté l'inévitable "Happy" de Pharrell Williams (pour le transformer en "Tacky", littéralement "vulgos"), avec un Jack Black en legging tye & dye en guest star. Mais il a aussi pastiché le "Blurred Lines" de Robin Thicke (transformé en "Word Crimes" sponsorisé par Bescherelle), caricaturé la rappeuse Iggy Azalea sur fond de toilettes bouchées, et empaqueté le "Royals" de Lorde dans du papier aluminium.

 

Oeuvre sécable

Largement millionnaires en vues, ses clips sont parfaitement contextualisés. Alors qu'il est signé sur une major (RCA), chacun d'entre eux a été propulsé sur un canal différent : sa parodie de Lorde a été mise en ligne sur le portail CollegeHumor ; celle d'Iggy Azalea a atterri sur Yahoo! ; et on parle tout de même d'un énergumène qui écrit une chanson moquant le vocabulaire foireux du monde de l'entreprise sur un air piqué à Crosby, Stills & Nash (Mission Statement), et décide de la balancer en exclusivité sur… un blog du Wall Street Journal.

Comme le relève The Atlantic, chaque plateforme choisie par Weird Al dispose de sa propre audience, plus ou moins jeune, plus ou moins mainstream, plus ou moins large. Dans ces conditions, chaque titre, et chaque vidéo qui l'accompagne (toujours très soigneusement mis en scène) devient la portion autonome d'une oeuvre sécable. L'humoriste distribue des clins d'oeil et des références à tout le monde, une stratégie omnivore qui lui permet de faire le grand écart entre Pitchfork et Fox News.

 

Moonwalk en solo

Pendant longtemps, Weird Al a été complètement adossé à une industrie de la musique qu'il a joyeusement colonisé. Le Telegraph rappelle ainsi que son adaptation très personnelle (et hilarante) du "Smells Like Teen Spirit" de Nirvana (sobrement baptisée "Smells Like Nirvana") lui a valu une nomination aux MTV Awards de 1992, aux côtés de la version originale. Ou que le rappeur Chamillionnaire l'a remercié lorsqu'il a obtenu un Grammy : le "White & Nerdy" de Yankovic ayant largement boosté son "Ridin' Dirty". Et que dire de Lady Gaga ? En 2011, elle découvre en ligne "Perform This Way", la version alternative de "Born This Way". En découvrant que son management a interdit à Weird Al de commercialiser la chanson, elle l'adoube immédiatement en ajoutant qu'il s'agit d'un "rite initiatique" pour n'importe quel artiste.


Désormais, le quinquagénaire le plus cool de ce côté-là de l'Atlantique moonwalke en solo. Dans une session de questions-réponses avec les internautes (les fameux "Ask Me Anything") sur le site Reddit, Weird Al a d'ailleurs affirmé qu’à l’avenir, il abandonnerait probablement le format de l’album et le soutien d’un label pour sortir lui-même ses singles, à la manière de Radiohead ou de My Bloody Valentine :

Je ne pense pas que le format de l'album soit encore le moyen le plus efficace ou le plus intelligent pour distribuer ma musique [...] Je pense que je pourrais être ouvert à un contrat de distribution mais... nous verrons.



Tel un produit de l’entertainment traditionnel qui s’affranchit du dispositif dans lequel il évoluait jusqu’à présent, Weird Al est devenu un Youtubeur comme les autres. Enfin presque.

Olivier Tesquet



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