Vos amis sont plus riches et plus heureux que vous

L'actualité numérique Vendredi 24 janvier 2014

Réécoute
Vos amis Facebook sont plus riches et plus heureux que vous!
Le "paradoxe de l'amitié" où comment mathématiquement, votre vie est ratée. Tout du moins par rapport à celle des autres.

 

C’est scientifique : vous êtes un loser. Vous avez moins d’amis que vos amis, vous êtes moins riches qu’eux, et cela va sans dire, vous êtes moins heureux qu’eux. La seule bonne nouvelle, c’est que vous n’êtes pas seuls, c’est le cas de plus des 90% des gens et il y a une explication tout à fait rationnelle à cela : ça s'appelle le "paradoxe de l’amitié". 

C’est le sociologue Scott Feld qui a fait cette découverte en 1991: dans un réseau social, en ligne ou hors ligne, en moyenne, les gens ont moins d’amis que leurs amis. Cela s’explique par la présence dans le réseau de personnes très populaires, qui sont rares, mais qui font monter la moyenne du nombre d’amis. Comme ces gens ont beaucoup d’amis, ils sont plus susceptibles d’être votre ami, et donc de pourrir vos stats sociales.

Par exemple, imaginons que dans un réseau social, Thomas Rozec ait 10 amis. 9 de ses amis ont eux aussi 10 amis. Mais le 10e ami a lui 50 amis. La moyenne d’amis des amis de Thomas Rozec sera donc de 14 amis, ce qui fait de Thomas un loser, comme ses 9 autres amis « normaux ». Dans un réseau social, l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

93% des utilisateurs Facebook ont moins d'amis que leurs amis

Ce "paradoxe de l’amitié" avait été testé à grande échelle sur Facebook par des chercheurs de l'université de Milan  en 2011. Le nombre moyen d’amis, sur les 721 millions de profils testés, était de 190 amis. Pourtant, le nombre médian d’amis n’est que de 100, c’est à dire que la moitié des profils ont moins de 100 amis. Cela s’explique encore une fois par la présence de gros comptes populaires qui font monter la moyenne. Résultat : sur Facebook, 93% des gens ont moins d’amis que leurs amis. 

Sur Twitter, c’est encore pire. Selon une récente étude californienne, 98% des twittos ont moins de followers que leurs propres followers. Ce chiffre encore plus impressionnant que sur Facebook s’explique par le nombre de followers qui est illimité, là où Facebook limite le nombre d’amis à 5000. Sur Twitter, les gros comptes font encore plus exploser la moyenne du nombre d’amis, donnant cette triste impression de parler dans le vide, quand on se compare à d’autres comptes.

Autre résultat surprenant : 88% des twittos sont moins actifs sur le réseau que les gens qu’ils suivent. Ce biais statistique, nouvelle extension du "paradoxe de l’amitié", explique peut-être pourquoi on a toujours l’impression sur Twitter que les gens parlent trop.

 

Extension du domaine de la lutte

C’est l’extension du domaine de la lutte appliquée aux réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, qui promeuvent soit-disant une société horizontale, égalitaire, sont en fait des machines à inégalités, qui créent une oligarchie d’influents. Beaucoup de suiveurs, et si peu de suivis !

La vraie vie est aussi touchée par ce "paradoxe de l’amitié". En moyenne, vos partenaires sexuels ont eu plus de partenaires sexuels que vous, ce qui du reste ne vous étonnera pas puisque vous avez sans doute passé la nuit tout seul. 

Deux mathématiciens, Young-Ho Eom de l'Université de Toulouse et Hang-Hyun Jo de l'Université d’Aalto (Finlande), viennent de publier une étude qui étend encore les filets de ce "paradoxe de l’amitié". D’après eux, c’est une règle mathématique, vos amis sont aussi plus riches et plus heureux que vous.

La peur de rater quelque chose

«C’est sans doute la raison pour laquelle les utilisateurs actifs des réseaux sociaux ne sont pas heureux», écrivent les deux chercheurs. Ils renvoient à une étude menée en 2013 par des psychologues qui ont suivi le degré de bonheur de 82 jeunes adultes, utilisateurs de Facebook, et qui concluent que plus on utilise le réseau social, moins on est heureux.


Ça pourrait s’expliquer par le FOMO, un de ces buzzwords du moment. Le FOMO, le « Fear of missing out », la peur de rater quelque chose, l'angoisse qui nous saisit quand il sait que nos amis sont à une super soirée et qu’on est comme des cons devant Arthur à la télé. Là encore, des psychologues étudient le phénomène, et sans surprise, ce vieux syndrome serait devenu plus problématique avec les réseaux sociaux. Et ce sont les moins de 30 ans qui sont le plus touchés.

Le FOMO, c'est un syndrome bien connu l'été sur Facebook, quand on est au bureau et qu’on voit tomber les photos de vacances de ses amis. Non seulement, ils ont l’air de plus s’amuser que nous, mais maintenant on le sait, ils sont plus populaires, plus riches et plus heureux que nous. La coupe est pleine, il y a vraiment de quoi devenir anti-système !

Vincent Glad.

Avertissement : les études citées dans cet article ne rentrent pas dans le champ des "études à la con", quoiqu'un concept évoqué ici relève bien de la catégorie "concept à la con".


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