Voiture sans chauffeur: fini de rigoler pour Google

L'actualité numérique Vendredi 16 mai 2014

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La voiture sans chauffeur: Google a fini de rigoler
Google annonce une commercialisation de sa voiture automatique dans 6 ans. Mais la Google Car ne peut pas encore rouler dans Paris, il faut déjà que Google l'ait cartographié.

Hollywood n’est plus la capitale de la science-fiction, la Silicon Valley a pris la place. Après s’être occupé de l’archivage de notre passé, Google s’intéresse dorénavant à notre futur en utilisant ses ressources illimitées pour faire de la R&D onirique. L’entreprise abrite en son sein un laboratoire secret, Google X, chargé de réaliser l’impossible : ascenseur spatial, skateboards volants, lévitation, téléportation…

Google X pourrait passer pour un sympathique ciné-club destiné à divertir ses ingénieurs, sauf que parfois, Google arrive à ses fins. Et rend le futur palpable.

Les Google Glass, dont la commercialisation vient d’être lancée aux Etats-Unis, sont un projet du labo X. Autre blague qui a mal tournée et qui se précise, la Google Car, la voiture sans chauffeur. L’entreprise californienne a invité mardi des journalistes américains à monter à bord de ses drones routiers et a annoncé pouvoir être prêt dans 6 ans, soit en 2020. Le message est clair pour les journalistes: enlevez le “Insolite,” de vos titres, la Google Car va bel et bien révolutionner l’automobile.

Rien de plus ennuyeux qu'une Google Car

Première remarque du journaliste testeur du New York Times : monter à bord d’une Google Car est très “ennuyeux”. Le futur est très décevant, il conduit de manière très propre, respecte les limitations de vitesse, s’écarte quand un cycliste surgit et laisse traverser les mamies.

Même pas besoin de tenir la conversation comme avec un taxi, la Google Car nous laisse tranquille à l’arrière. C’est d’ailleurs l’objectif de Google: «permettre aux gens d’être plus productif dans leurs voitures», comme la société le proclame sur son blog officiel. Une voiture qui conduit tout seul, c’est plus de temps passé sur son smartphone, et donc sur Google.

La Google Car ne s’avance jamais dans l’inconnu

À ce jour, les Google Car ont parcouru près de 500.000 kilomètres sans aucun accident, mais avec toujours au moins deux ingénieurs dans la voiture au cas où. Cette conduite accompagnée dure depuis 4 ans et Google bute toujours sur certains problèmes : la gestion des conditions de météo extrêmes comme la neige ou la conduite sur une chaussée en travaux.

La tâche la plus titanesque qui attend Google est assez inattendue: pour mener à bien ce projet, il va falloir cartographier en 3D le monde entier, et de manière autrement plus détaillé que sur Google Maps. Malgré tous ses capteurs et son laser sur le toit, la Google Car ne s’avance jamais dans l’inconnu. Elle a besoin de connaître précisément la route sur laquelle elle s’engage, avec des mesures au centimètre près indiquant la position du trottoir, des lignes au sol ou des panneaux de signalisation. Google est en train de créer une sorte de gigantesque jeu vidéo, une réalité virtuelle compréhensible par ses voitures, avec nos rues pour décor.

Seule une entreprise assez dingue pour avoir fait Google Books peut mener cette mission

Google n’a pour l’instant modélisé que 3.200 kilomètres de route. Il y a peu d’entreprises dans le monde capable de cartographier la terre entière et de stocker en 3D chaque portion de trottoir dans ses ordinateurs. À part peut-être une entreprise assez folle pour avoir déjà pris des photos à 360° de toutes les rues des grandes villes du monde avec Google Street View ou qui tente déjà de scanner tous les livres de la planète avec Google Books.

Ce projet fou dans le projet fou est tout à fait dans la logique de Google, comme le souligne Alexis Madrigal de The Atlantic:

Google veut rendre le monde physique lisible pour les robots, exactement comme il a rendu le web lisible pour ses robots de recherche


Google a récolté toute l'information immatérielle possible, il lui reste maintenant à répliquer dans ses serveurs le monde physique. Reste à savoir si nos trottoirs auront, eux aussi, un jour le droit à l’oubli.

Vincent Glad.

 


 

 

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