Visite au pays le plus homophobe de l'Union Européenne

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Jeudi 13 novembre 2014

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Visite au pays le plus homophobe d'Europe
Marius Gorochovskis est l'un des huit seuls membres de la Lithuanian Gay League, l'unique association du pays qui vient en aide aux homosexuels. Et il a fort à faire, dans un pays où n'existe ni mariage pour tous, ni PACS, et où la censure réduit la communauté au silence.

 

Il se rappelle du jour où il s'est enfui. C'était après le lycée, il a quitté sa maison, sa ville, il est parti vivre dans la capitale. A ses parents, il avait laissé une lettre. Il leur avouait ce qu'il n'avait jamais osé leur dire. A Kaunas (deuxième ville de Lituanie), on ne parle pas de ça. D'ailleurs, à part quelques rares amis, personne n'était au courant. L'homosexualité, ça n'existe pas.

Il n'y avait pas d'association dans la ville, aucun homo assumé dans son lycée, un coming out risquait de lui attirer de gros ennuis.

A Vilnius, une porte s'entrouvre. On ne s'affiche pas encore dans la rue, mais il existe un ou deux bars gays friendly, certains établissements sont là pour lui. Surtout il découvre la Lithuanian Gay League, et il réalise qu'il n'y a pas de fatalité. Marius Gorochovskis a aujourd'hui 26 ans, il est l'un des huit membres permanents de l'association. Dans ses locaux, perdus au cœur d'une résidence anonyme, sans enseigne ni nom sur la sonnette, il voit débarquer une cinquantaine de personnes par mois.

 

Spot de la Lithuanian Gay League contre les préjugés et les discriminations © LGL, 2014

Les mêmes problèmes reviennent : principalement des victimes de violences homophobes qui ne savent pas comment porter plainte. "On ne peut pas vraiment espérer l'aide de la police." Le droit lituanien ne reconnait pas le qualificatif de crime haineux, alors la Ligue apporte des conseils judiciaires.

D'autres visiteurs demandent simplement des informations : les médias n'ont pas le droit d'en fournir. "Une loi interdit de diffuser des informations jugées négatives à des heures avant 23h, pour protéger les enfants." Et toute info mettant en valeur d'autres formes de cellules familiales tombe sous le coup de la loi, au même titre qu'un film porno.

Nos deux spots de prévention, qui expliquaient simplement qu'il faut accepter les personnes LGBT, qu'on est tous pareils, que notre amour est le même, ont été censurés.


 

Spot de la Lithuanian Gay League, à l'occasion des Rainbow Days contre l'homophobie © LGL, 2014

 

Alors que l'Estonie vient d'adopter (en octobre) le mariage pour tous, la Lituanie en est bien loin. Ici, même le PACS n'est pas envisagé. "Certains politiciens l'ont proposé, et à plusieurs reprises, mais notre Parlement ne veut même pas en discuter." L'an dernier, un rapport publié par l'Union Européenne classait le pays parmi les plus homophobes des 27. Mais Marius a bon espoir de vivre un jour le premier mariage homo de Vilnius. "Il y a des jeunes élus qui tentent de faire avancer les choses, et on gagne peu à peu le soutien des médias." Mais il va falloir être patient.

"Tous les jours, on entend certains représentants politiques nous traiter de pervers ou réclamer que les homos soient stérilisés." Il craint que l'influence russe fasse reculer la société. Sur un mur de l'association, on croise une photo de Harvey Milk, premier élu américain ouvertement homosexuel. Harvey Milk était le fils d'immigrés lituaniens. Marius rêve d'une telle figure dans son pays. Il n'est encore étudiant en sciences politiques et en analyse des médias. Ce sera peut-être lui, un jour, le Harvey Milk de Vilnius.

 

L'ex-URSS rêve-t-elle encore de Moscou ? Reportage par ici, 25 ans après la chute du Mur.

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Reportage et photo de couverture : Augustin Arrivé

 

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