Vine, ces 6 secondes qui menacent l'économie du foot

le Reportage de la Rédaction Mercredi 24 septembre 2014

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Vine, ces 6 secondes qui menacent le football
Un but, une action de jeu ou encore un fait insolite ... les Vine autour du football se multiplient depuis la Coupe du Monde. Elles font grincer les dents des diffuseurs qui voient leurs images piratées, mais font le bonheur des internautes.

 

Six secondes, deux-trois plans filmés à la hâte au smartphone en filmant son écran de TV ... voilà contre quoi tentent de lutter actuellement les diffuseurs de la Ligue 1. Chaque semaine, des dizaines et des dizaines de ces petites vidéos Vine se retrouvent sur les réseaux sociaux, sur Twitter notamment qui a racheté l'application en octobre 2012. 

C'est le cas du compte Team Foot. Créé un peu avant la Coupe du Monde par quelques amis pour parler de l'actu foot, ils se rendent compte que l'audience explose quand ils postent des Vine de but. Dès lors, ils gagnent 200 followers par jour et tournent aujourd'hui autour de 6 000 abonnés et 2,5 millions de boucles lues sur Vine. "Clairement, l'audience a grimpé grâce aux Vine. Y'a une vraie demande, ça permet aux gens de voir ou revoir un but très facilement et quelques secondes après", se défendent Romain, Mathieu et Jérôme, à peine la vingtaine.

 

Une forme de résistance

Un compte qu'ils ont créé pour s'amuser et partager le football. Une vision que partage Jérôme Latta, il est rédacteur en chef des Cahiers du Football. Eux aussi utilisent ces images animées (sous forme de GIF) dans leur catégorie "Boîte à GIF" avec l'aide du Twittos Saintmtex.

Maintenant, le football est divisé en lot tout payant. Ces Vine et ces GIF ce sont des moyens de partage du football. A condition de ne pas en faire un usage commercial, c'est une forme de résistance envers le tout payant, oui. 

 

Flou juridique qui profite aux Vineurs

Problème, c'est que ces images sont la propriété des chaînes qui les diffusent, Canal + et BeinSport. Et quand on paye 607 millions d'euros par an pour les droits de la L1, retrouver ces images sur Twitter, ça fait tiquer. Alors les chaînes râlent, demandent à la Ligue de Football Professionnel d'agir. La LFP, elle, se retourne vers Vine, qui renvoie vers ses conditions d'utilisation : "interdiction de poster du contenu qui contrevient aux droits d'auteur". Tout le monde se renvoie la balle et personne n'est donc véritablement inquiété comme le confirme Me Giusti, spécialiste de la propriété intellectuelle.

La loi et la jurisprudence l'ont clairement affirmé : ce n'est pas Vine qui est responsable du contenu qui est posté sur sa plate-forme. C'est l'internaute qui l'est. Mais pour que le contenu soit retiré, il faut une plainte, ce qui prend du temps. Et en bout de chaîne, les internautes ne risquent quasiment rien, même s'ils sont en infraction. A moins que la justice ne décide de mener une cabale contre eux comme c'est arrivé avec des pirates musicaux ... mais ça ne semble pas le cas ici.


 

C'est normal car ce n'est pas l'internaute qui met les chaînes en colère, mais plutôt les sites d'information qui vont réutiliser ces Vine pour gonfler leurs audiences. Pendant la Coupe du Monde, L'Equipe qui ne disposait d'aucun droit a contourné le problème en réalisant des Vine en Légo (photo), une manière plutôt de "s'amuser, plutôt que de pirater les images", selon Frederic Waringuez, rédacteur en chef adjoint de lequipe.fr.

Mais pour la L1, lequipe.fr dispose de droits, qu'elle achète plusieurs centaines de milliers d'euros. Voir les Vine réutilisés par d'autres sites, il estime que c'est de la vraie "concurrence déloyale".

On est lésé, c'est clair. Nous, on a une posture de chevalier blanc, on n'utilise pas ces Vine et c'est pas acceptable que les autres les diffusent."


 

Mais les Vineurs font-ils vraiment mal à l'industrie du football ? "Maintenant, on est dans un monde où on ne peut même pas voir 3-4 secondes d'un match sans payer", déplore Jérôme Latta. A l'inverse des championnats étrangers (Serie A, Premier League) où les interdictions sont claires, la France se distingue par son inaction.

Et grâce à l'instantanéité des réseaux sociaux, la lutte est vaine. De quoi entrevoir un grand avenir pour les Vine et les GIF.

 


Reportage et photo : Maxime Fayolle

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