Vers un traitement anti-VIH préventif ?

le Reportage de la Rédaction Mardi 15 juillet 2014

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Faut-il prendre un traitement anti-VIH par précaution ?
L'Organisation mondiale de la santé conseille "fortement" aux hommes homosexuels de prendre des traitements préventifs à base d'antirétroviraux afin de freiner l'épidémie de SIDA au sein de la communauté.

 

"Si vous avez une relation amoureuse stable et si les deux partenaires sont séronégatifs, vous n'avez absolument aucune raison de prendre ces médicaments." Gottfried Hirschall, directeur du département VIH de l'Organisation mondiale de la santé, interrogé par l'AFP, préfère déminer le terrain. Car le rapport qu'il vient de publier est délicat. Jamais l'OMS n'avait suggéré l'utilisation préventive d'antirétroviraux par des personnes saines. Elle le conseille aujourd'hui parce qu'elle constate une "explosion de l'épidémie" chez les gays. Ceux-là auraient dix-neuf fois plus de risques d'être contaminés que les autres.

 

Interview de Gottfried Hirnschall, directeur du département VIH de l'OMS © AFP, 2014

 

"C'est complètement stigmatisant !", s'insurge un homosexuel parisien, séronégatif et suivi régulièrement. "Ca nous enferme ! Il y a quelques années, c'est du côté des hétéros que le SIDA progressait. Je suis contre ce système, ou bien il faudrait l'adapter aux hétérosexuels."

Un autre au contraire explique au contraire qu'on "ne peut pas ne pas regarder le constat qui est que le taux de contamination est plus important chez les gays". Il est donc favorable à cette précaution supplémentaire, d'autant que "le tout-capote n'a plus l'air de marcher". Mais il s'interroge : ces traitements coûtent cher et puis "la trithérapie a des effets secondaires sur la santé, alors est-ce que les gens vont vraiment accepter de prendre des protocoles lourds uniquement à titre préventif ?"

 

Interview de Christian Andréo, directeur de la communication chez AIDES © AFP, 2014

 

Jean-François Delfraissy, le directeur de l'Agence nationale de recherche sur le SIDA, appelle à la prudence et peut-être à encore un peu de patience. "Nous menons actuellement des essais pour vérifier si une prise intermittente d'antirétroviraux permettrait de limiter le risque de transmission." Si cela pouvait se substituer à une prise continue, les effets seraient moins pénibles.

Christian Andréo, directeur de la communication de l'association AIDES, rejette ces arguments : "il y a urgence pour qu'on puisse enfin avoir accès à ces traitements préventifs". Des essais ont montré l'efficacité de la méthode. "Cet outil existe et il doit être mis à disposition", affirme-t-il sans hésitation avant d'ajouter "certes, pas n'importe comment, mais c'est justement pour ça que nous avions saisi l'agence nationale de sécurité du médicament pour définir un cadre de dispensation et de prise en charge de ces médicaments."

L'OMS, l'ANRS et AIDES se retrouvent sur un point majeur : le socle de la prévention contre le SIDA reste le port du préservatif. C'est pourquoi il n'est sans doute pas inutile de répéter ce slogan, vieux de plusieurs décennies : sortez couverts !

 

VIH : l'épidémie a trente ans. Retour sur l'évolution du fléau en cliquant par ici.

Un étudiant français sur trois ne se protège pas. Rappel à l'ordre avec le Sidaction par là.


Photo de couverture : Cc FlickR JoséMa Orsini

 

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