Une photojournaliste tuée en Centrafrique

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 14 mai 2014

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Une photojournaliste tuée en Centrafrique
Elle s'appelait Camille Lepage, elle avait 26 ans, et elle était photojournaliste indépendante. Camille Lepage est morte en Centrafrique. Elle accompagnait des miliciens chrétiens Anti-Balaka, et est sans doute tombée dans une embuscade.
Le Président Français François Hollande parle d'assassinat. Une journaliste Française est morte en Centrafrique. 

Le corps de Camille Lepage, 26 ans, originaire d'Angers, a été découvert par une patrouille de la force Sangaris, lors d'un contrôle, dans un véhicule conduit par des miliciens chrétiens Anti-Balaka. Il y avait d'autres corps dans ce véhicule, les miliciens voulaient sans doute les ramener.

Camille Lepage © Sylvain Cherkaoui / AP / SIPA

  
Camille Lepage suivait ces miliciens depuis une semaine environ. Elle était partie avec eux pour un reportage dans l'Ouest de la République Centrafricaine. Elle l'avait annoncé sur son compte twitter et avait posté une photo de ces hommes sur son compte Instagram.

Camille Lepage avait également eu l'occasion ces dernières semaines de suivre leurs adversaires dans ce conflit, les musulmans de la Seleka. Le groupe qu'elle accompagnait serait tombé dans une embuscade.


Les précisions de Charles Malinas, ambassadeur de France à Bangui.

 

 

                                                  Camille Lepage, photo Twitter

 

François Hollande a demandé que tout soit mis en oeuvre pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort.

C'est une journaliste Française qui faisait son travail dans des conditions extrêmement difficiles. Elle pensait faire son devoir, et elle est sans doute tombée dans un guet-apens.

 

Le Président Français François Hollande.

 

 

Camille Lepage, jeune photojournaliste freelance de 26 ans

Camille Lepage voulait travailler en toute indépendance : elle finançait elle même ses déplacements et ses reportages. D'abord l'Europe pour faire ses armes, puis la révolution Egyptienne en 2011, le Sud Soudan en 2012, et la Centrafrique, Bangui depuis l'autonme dernier.

 

Christophe Deloire, directeur général de Reporter Sans Frontière.

 

 

Je ne peux pas accepter que les tragédies des gens soient occultées, simplement parce que personne ne peut en faire d'argent. J'ai décidé de le faire moi-même, et de les mettre en lumière, quoiqu'il arrive. Camille Lepage.


 

Engagée, passionnée par ce qu'elle appelait "des causes oubliées", Camille Lepage voulait avant tout mettre en lumière des conflits peu médiatisés, témoigner, raconter ces hommes et ces femmes qui vivent les conflits au quotidien. Elle avait expliqué son projet à Eyes in progress, une organisation internationale qui soutient le travail des photojournalistes. 
   

Camille Lepage (en) from Eyes in Progress on Vimeo.

 

Ses clichés, elle les vendait à différents quotidiens et magazines Français ou étrangers. Elle était considérée comme une grande professionnelle malgrès son jeune âge. 


 

 

 

 

 

Et ses parents l'ont toujours soutenue dans sa démarche.

 

Camille était une enfant très forte, qui voulait témoigner pour les populations de ces pays en conflits, dont les médias ne parlaient pas suffisamment.


 

Maryvonne, sa mère.

 

 

Coup de coeur du dernier festival de photojournalisme Visa pour l'Image de Perpignan, Camille Lepage devait rejoindre le Canada et une école de photographie à la rentrée prochaine pour encore se perfectionner.

 

 


Camille Lepage a t-elle pris des risques ?


Camille n'était pas une journaliste imprudente, elle était une journaliste engagée, qui calculait ses risques. Charles Malinas, ambassadeur de France à Bangui. 


 

Camille Lepage n'était pas une tête brûlée selon ses proches. Il y a quelques jours, elle avait publié sur sa page Facebook un article expliquant les conditions de travail des journalistes freelance. Elle connaissait les dangers, elle avait d'ailleurs demandé à Reporter Sans Frontière de lui prêter un casque et un gilet pare-balles.

 

Alain Le Gouguec, est le président de Reporters Sans Frontières.

 

 

Dix-huit journalistes tués depuis le début de l'année

La République Centrafricaine a enregistré la plus forte chute au classement de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières. De 65ème en 2013, le pays figure désormais à la 109ème place sur 180 pays. Depuis le début de l'année, en comptant Camille Lepage, 18 journalistes sont morts dans l'exercice de leurs fonctions dans le monde.

 

Sur son compte Twitter Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, a également réagi :

Il ne saurait y avoir d'impunité pour ceux qui, à travers les journalistes, s'en prennent à la liberté d'informer et d'être informé.


 

Plus de photographies de Camille Lepage à retrouver ici.

 

Reportage : Charlotte Coutard

Image d'illustration : Camille Lepage © WOSTOK PRESS/MAXPPP (Juba, Sud Soudan, 2012)

 



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