Une bonne série fait-elle un bon film ?

La Pop au carré Mercredi 27 août 2014

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Une bonne série fait-elle un bon film ?
"22 Jump Street" sort ce mercredi en salles, adaptation de la série eighties "21 Jump Street". Nouvel exemple (plutôt réussi) de transposition sur grand écran d'un feuilleton télé culte. Un exercice compliqué, avec parfois de belles surprises.

 

21 Jump Street, la série qui révéla Johnny Depp en 1987, n'était pas vraiment un sommet de la télévision. A ce titre, la version ciné sortie en 2012 n'a pas eu de mal à être à la hauteur. Piloté de près par l'efficace Jonah Hill, le film a l'avantage de s'éloigner de l'intrigue d'origine (même les personnages ont changé) pour se réinventer. Alors que la suite sort en salles, Thomas Destouches, responsable éditorial spécialisé série chez Allocine.fr, est conquis : "ils ont réussi à extraire des clins d'oeil, des codes, et à les pervertir grâce à l'esprit malade de Jonah Hill, au centre de cette adaptation".

 

Bande-annonce de "22 Jump Street", de Phil Lord © Sony Pictures, 2014

 

C'est en conservant ainsi l'artiste au coeur du projet que le travail d'adaptation est souvent le plus réussi. David Lynch et son Twin Peaks, Michael Mann et son Miami Vice, les créateurs de série se sont parfois chargé eux-mêmes des longs métrages. En général, le résultat est à la hauteur. Contre-exemple parfait, 24h chrono, adapté en 2008 sous forme d'un téléfilm de deux heures, fut un plantage en règle. "Cette série est impossible à transposer au cinéma", estime Thomas Destouches. "Une intrigue en temps réel de deux heures ne suffit pas pour intégrer tous les rebondissements qu'on connaissait à la télé."

 

Bande-annonce de "24h chrono : rédemption", de Jon Cassar © FOX, 2008

 

Quand les auteurs d'origine passent la main, leurs héritiers sont attendus au tournant. Virage bien négocié pour Albert Pereira-Lazaro, co-réalisateur des Lascars, présenté à Cannes en 2009. "On voulait respecter l'ADN de la série : le visuel, l'esprit ironique et l'aspect social. Il ne fallait pas perdre le public d'origine, mais au contraire refaire la série en mieux, pour justifier que les fans se déplacent et payent 10€ pour voir ça en salles."

Il se dit grand fan de la série d'animation, dont les épisodes ne dépassaient pas les deux minutes. Là encore, une embûche à contourner : "pour tenir 95 minutes, on a dû créer des éléments plus conventionnels, comme des héros ou des aventures amoureuses, pour éviter une succession de sketchs isolés qui casserait la narration." Les auteurs de Bref, qui projettent d'adapter le hit de Canal+ en long format, feraient bien d'être prudents.

 

Bande-annonce de "Lascars", d'Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz © Bac Films, 2009

 

Fabien Nury, lui, a été chargé en 2006 de déménager Les Brigades du Tigre au cinéma. Le feuilleton des années 70 connut alors une petite remise à neuf, avec Clovis Cornillac en commissaire Valentin. Le scénariste explique s'être senti libre dans son écriture : "J'ai bien sûr revu la série, c'est un pré-requis évident. Mais elle n'était qu'une de mes sources de documentations. Je me suis aussi intéressé à des documents historiques [sur la belle époque]." Il considère que la série fournit des personnages, des ambiances, parfois une intrigue, mais qu'après "vous écrivez avec le style que vous voulez".

 

Bande-annonce des "Brigades du Tigre", de Jérôme Cornuau © TFM Distribution, 2006

 

Sa version ciné n'a, parait-il, pas séduit Claude Desailly, l'auteur du programme originel. Ce que regrette Fabien Nury, mais cet adoubement des fondateurs n'est pas obligatoire d'après Thomas Destouches, d'Allocine.fr. "L'équipe qui a produit Wild Wild West avait proposé un petit rôle à Robert Conrad, qui jouait James West dans Les Mystères de l'Ouest. Il a refusé car il n'aimait pas le scénario, et il a tapé sur le film à sa sortie. Donc ça peut ne pas être très constructif."

 

Bande-annonce de "Wild Wild West", de Barry Sonnenfeld © Warner Bros, 1999

 

La nouvelle tendance à Hollywood semble désormais d'emprunter le chemin inverse : adapter des films en séries télévisées. Une nuit en enfer ou Fargo cette année (ce dernier vient d'ailleurs de recevoir l'Emmy Award de la meilleure mini-série), L'armée des douze singes l'an prochain, et peut-être bientôt Minority Report. Les passerelles entre petit et grand écran ne sont pas près de se refermer.

 

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Photo de couverture : affiche de 22 Jump Street, de Phil Lord © Sony Pictures, 2014

 

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