Une BD pour ne pas oublier Alzheimer

La Pop au carré Lundi 15 septembre 2014

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Une BD pour ne pas oublier Alzheimer
Dans "Ceux qui me restent", Damien Marie et Laurent Bonneau proposent un autre regard sur la maladie d'Alzheimer : celui des malades eux-mêmes, victimes désemparées, blessées au coeur dans leurs moments de lucidité.

 

Florent vient d'enterrer sa femme, une Britannique avec qui il a eu une petite fille, Lilie. Sur le bateau qui les ramène en France, Lilie disparaît. Il la cherche partout, hurle, tombe, se relève. Voilà ce que nous raconte les premières pages de Ceux qui me restent (paru chez Bamboo, Grand Angle), avant que tout se retourne. Cette histoire n'est qu'un souvenir dans lequel Florent replonge sans cesse. Il est en fait déjà vieillissant, soigné en maison de retraite, Alzheimer lui ronge le cerveau. Et vous êtes à ses côtés.

 

Extrait de "Ceux qui me restent", de D. Marie et L. Bonneau © Bamboo Grand Angle, 2014

 

"Je ne voulais pas montrer la maladie du point de vue médical mais du côté embarqué, être le malade lui-même." Quand Damien Marie se lance dans le scénario, personne autour de lui n'est directement concerné ce mal, mais il en a beaucoup entendu parler. Et il veut offrir la possibilité de mieux comprendre les victimes, leur isolement, leur colère.

Avec le dessinateur Laurent Bonneau, il conçoit un album déstabilisant, magnifiquement déconstruit. Comme Florent, le lecteur fait des va-et-vient dans le temps, on ne sait plus ce qui est vrai, ce qui relève du mirage, où se trouve sa fille...

Je voulais proposer une aventure, faire ressentir la confusion dans ces souvenirs. Et j'ai dû jongler pour que l'histoire conserve toute sa cohérence.


 

Dans ses moments de lucidité, Florent s'énerve, son corps est un fardeau et son cerveau, un gruyère qu'il ne supporte plus. "En général, les malades qui arrivent en maison de retraite ont encore quelques repères", témoigne Pascale de Montvalon, responsable du service infirmier d'un établissement de Seine-Saint-Denis. "Lorsqu'ils réalisent qu'ils sont malades, ils entrent dans une colère phénoménale. Souvent ils veulent repartir aussitôt."

 

Extrait de "Ceux qui me restent", de D. Marie et L. Bonneau © Bamboo Grand Angle, 2014


Une lutte qui se traduit dans l'album par des dessins de plus en plus épurés, des cases qui se vident à mesure que la maladie progresse. Un isolement encore plus pénible lorsque le personnel médical se met à infantiliser le malade. "Certains salariés les considèrent comme des enfants, et utilisent des termes comme "petite grand-mère", "petite dame"... C'est épouvantable. Heureusement, les résidants arrivent parfois à se rebeller, et tant mieux."

 

Extrait de "Ceux qui me restent", de D. Marie et L. Bonneau © Bamboo Grand Angle, 2014

 

Damien Marie n'a pas voulu écrire un récit à charge contre le corps médical. Il est au contraire bien informé, par des amis travaillant dans ce secteur. "Certains m'avouent avoir des difficultés à suivre leurs patients, par manque de temps ou d'effectif. Ils se retrouvent parfois sur les nerfs et ne savent pas comment réagir aux questions des familles." La maladie d'Alzheimer est difficile à accepter, ne connaissant aucun traitement. Au moins cette BD nous permet de mieux la comprendre. Un tour de force maîtrisé de bout en bout.

 

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Reportage : Augustin Arrivé

Image de couverture : Ceux qui me restent, de D. Marie et L. Bonneau © Bamboo Grand Angle, 2014

 

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