Un propulseur pour révolutionner la conquête spatiale?

L'actualité numérique Jeudi 07 août 2014

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Un propulseur pour révolutionner la conquête spatiale
La Nasa vient de valider un engin capable de bouleverser les lois de la physique, nous transporter sur Mars en un rien de temps, révolutionner l'ensemble des véhicules à terme... Sauf que si on a envie d'y croire, il reste tout de même pas mal de flous sur ce propulseur "à micro-ondes tournant au plasma virtuel du vide quantique".

 

Enfilez vos scaphandres: aujourd'hui on file dans l'espace, et plus précisément au niveau des propulseurs de notre navette. Car figurez-vous qu’il y a peut-être du nouveau à cet étage là.

La Nasa viendrait en effet de valider le principe d’un propulseur susceptible de révolutionner la conquête spatiale, en nous emmenant sur Mars en un rien de temps. Mais aussi de bouleverser toute notre connaissance de la physique, rien que ça, avec un fonctionnement très spécial basé sur "le plasma du vide quantique", à en croire les auteurs de l'expérience.

 

Poussée des fusées

Ne vous laissez pas impressionner par le jargon des scientifiques: en réalité, un propulseur, ce n'est pas si compliqué.

Vous avez tous vus des vidéos de lancement de fusées, à Kourou ou Cap Canaveral, avec le compte à rebours, les réacteurs qui s’allument, le feu, le bruit... bref! Le show complet. 

S'il se passe tout ça au décollage, c’est parce que la fusée (ou tout autre gros engin du genre qu'on envoie en l'air) a besoin pour décoller de rejeter des tonnes de gaz, qui sont le fruit de la combustion d’un carburant, stocké dans la fusée.

Le tout au nom d’un principe de physique de base, qui, promis, ne vous donnera pas des boutons, puisque vous le connaissez très bien: il s'applique à toute chose, grosse ou petite, tout le temps. C'est celui qui explique pourquoi quand on tire avec un fusil, il y a un recul dans l’épaule; pourquoi quand je saute d'une barque dans l'eau, la barque bouge après le plongeon, ou pourquoi, donc une fusée décolle si elle balance suffisamment de gaz vers le sol.

Un propulseur révolutionnaire... sans carburant!

Ce qui est extraordinaire, c'est que le propulseur que vient de tester la Nasa est censé être capable de créer cette fameuse poussée sans… aucun carburant! Plus ou moins à partir de rien. Ou en tout cas rien de palpable.

Il aurait juste besoin d’ondes, pareilles à celles de votre micro-ondes, générées avec de l’électricité -comme dans le four toujours. Cette électricité, plaident les partisans du projet, pourrait être produite dans l'espace à partir de l'énergie solaire. Et ces ondes feraient s’agiter des particules, qui en dansant comme ça la rumba, permettraient à la fusée de décoller.

Sacré micro-ondes

Voyager léger

Concrètement, si ça se confirme, cela signifie que l'industrie spatiale n'aura plus besoin d'embarquer des tonnes et des tonnes de carburant à bord de ces satellites, navettes et autres lanceurs. Et dans la mesure où il peut constituer 90% de leur poids, autant dire que l'on pourrait alors voyager léger ! Et se servir, au passage, de cette prouesse, pour révolutionner tous les autres moyens de transport.

Sur le papier donc, c’est extraordinaire… sauf qu’il y a un hic.

En réalité, ça fait un bail qu’on parle de ces propulseurs. La Chine a même dit avoir réussi à en faire. Mais la majorité des scientifiques estiment en réalité que tout ça... est un truc de doux dingues.

Tout simplement parce que l’idée même de ce propulseur viole la loi fondamentale de la physique dont je vous parlais tout à l’heure: aucune force ici ! Pas de grosse pichenette, pour mettre en branle les tonnes de la fusée !

Du coup les chercheurs se disent qu’avant de chambouler toutes les lois de la physique découvertes jusque là, et qui marchent pour tout, autant dans l’espace que pour les particules, mieux vaudrait s’assurer qu’il n’y ait pas d’erreurs. Et il y a des chances qu’il y en ait.

Cherchez l'erreur

Pour commencer, la Nasa n'est pas toujours prudente et peut avoir tendance à trop en faire pour faire parler d’elle (ça s'est déjà vu par le passé) afin d'obtenir des budgets -difficile de l’en blâmer.

Ensuite, si l'agence spatiale américaine valide ce propulseur, elle le fait à demi-mot. Oui, elle l'a bien testé. Oui elle dit que peut-être il fonctionnerait selon une poussée exotique. Mais ne s’avance pas beaucoup plus, refusant par exemple de se pencher sur la physique en jeu dans ce mystérieux plasma quantique.

Il faut dire que la poussé observée est toute petite, plus faible encore que le poids ressenti dans la main lorsque l'on tient un iPhone. Et ça, ce n'est jamais bon signe: l’histoire des sciences regorge de petites mesures bizarres similaires qui découlaient en fait de pétouilles dans le dispositif d’observation.

On y est pas encore, donc...

En attendant de savoir si ce propulseur est ou non valide, et s'il faut ou non s'attendre à une révolution scientifique majeure, cette histoire nous rappelle surtout et avant tout que la science est prête à faire table rase de tous ses acquis pour peu qu’on lui donne une expérience bien ficelée. Quand bien même celle-ci semble folle, loufoque, improbable: les chercheurs la vérifient, en parlent, la testent et la mettent à l'épreuve. Et ça, c’est déjà extraordinaire.

Andréa Fradin


 

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