Un palais hanté par le fantôme de Bokassa

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 07 mai 2014

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Un palais hanté par le fantôme de Bokassa
L'empereur de Centrafrique est mort en 1996, mais les ex-miliciens Séléka, abandonnés dans son palais de Berengo, pensent l'entendre encore à la nuit tombée. Des soldats oubliés par l'Etat depuis le début de la guerre civile, et qui vivent reclus, dans des conditions précaires.

 

"Parfois, la nuit, quand nous dormons, nous entendons des bruits de pas d'une personne avec une canne. Parfois, nous entendons des lions. C'est l'esprit de Bokassa qui revient." Aman, ex-milicien Séléka, vit avec ses camarades de milice à Berengo, en pleine brousse, à deux heures de route de Bangui. C'est là que Jean-Bedel Bokassa, dictateur à la fin des années 70, avait installé son trône. C'est là que la Séléka formait ensuite ses soldats.

 

Cahier d'instruction des jeunes soldats de la Séléka © Claude Guibal

 

Depuis l'éclatement de la guerre civile, ils sont abandonnés par l'Etat. L'organisation paramilitaire a été dissoute. Aman et les autres survivent là, terrés dans l'enceinte du palais défréchi. Ils continuent leurs exercices, avec des fusils en bois, des uniformes rapiécés et quelques chants militaires routiniers.

Nous sommes depuis un an sans solution. C'est ce qui nous inquiète et nous met en colère.



Les anciens Sélékas, contraints de chasser les rats dans le palais © Claude Guibal

 

Aman est allé à Bangui rencontrer le ministre de la Défense, qui a prôné la patience. "Il m'a dit que des instructions étaient prises en notre faveur." Ils n'en voient pas les effets. En attendant un changement, les esprits s'affolent. D'où, sans doute, ces visions, ces croyances : Bokassa hanterait encore les lieux. Ils savent que s'ils quittent le palais, ils se feront lynchés. La population, à l'extérieur, majoritairement chrétienne et Anti-balaka, déteste la Séléka. Les paysans les accusent de voler du manioc et des arachides dans les champs. Le voisinage est difficile et la paix fragile.

 

Pour en savoir plus, écoutez le magazine de la rédaction de France Culture consacré aux soldats perdus de Bokassa. C'est par ici.

Le conflit en Centrafrique menace des milliers d'enfants. Reportage dispo par là.

 


 

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Reportage : Marine Courtade.           Photos : Claude Guibal


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