Un Black Keys blue et soul

Les trouvailles de Pascal Bertin Lundi 12 mai 2014

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Un Black Keys blue et soul
Le duo blues rock originaire d'Akron donne enfin un successeur à son multi-récompensé "El Camino" de 2011. "Turn Blue", disque apaisé qui marque sa quatrième collaboration d'affilée avec le producteur Danger Mouse.

Duo rock né en 2001 dans la ville industrielle d'Akron, Ohio, Dan Auerbach et Patrick Carney incarnent déjà une forme de survivance à la vague rock de la même année dont beaucoup de représentants sont déjà portés disparus. Un chanteur guitariste (Auerbach) aux riffs primitifs puisés à la source du blues, une batterie furibarde (Carney), des premiers albums brut de décoffrage truffés de reprises de leurs héros (des Beatles aux Kinks en passant par Richard Berry) et voilà une légende en marche, couronnée de trois Grammy Awards pour son dernier album en date, "El Camino".

Car depuis 2006 et "Magic Potion", les Black Keys voient plus large. Ils signent avec une major et rendent leur blues rock plus présentable à la face du monde sans pour autant en arrondir les angles. En parallèle, la paire a aussi ouvert les portes de son studio à d'autres musiciens et collaborateurs. C'est ainsi que le producteur Danger Mouse, personnage omniprésent du paysage musical du XXIe siècle (de ses propres projets Rome, Broken Bells ou Gnarls Barkley à ses productions pour Gorillaz, Beck, Norah Jones, The Rapture ainsi que la compilation "Dark Night of the Soul") est, de l'aveu même des Black Keys, devenu leur troisième membre non-officiel. Dans la Mouv' session de Broken Bells, Danger Mouse tient les claviers aux côtés de James Mercer, de The Shins, chant et guitare.

 

 

 

C'est encore Danger Mouse qu'on retrouve aux commandes de ce huitième album, "Turn Blue", qui a cette fois rangé le glitter et le power rock qui boostaient "El Camino" pour une production plus pop, teintée de la soul qui gorgeait "Brothers" et d'un psychédélisme plutôt inédit chez eux. Synthés et orgues sortent ici du bois, quand ce n'est pas un sample étonnant, le premier de l'histoire du duo, qui vient réchauffer la très rétro "Year in Review".

 

 

Pour un groupe formé depuis 13 ans, logique qu'il n'ait pas envie de se cantonner à un seul style musical, quitte à désorienter ses fans. Au moins les deux ont-ils la bonne idée de ne pas se répéter. Car une fois l'effet de surprise passé, "Turn Blue" renferme de bonnes compositions et s'affirme comme leur album le plus posé, une œuvre sombre qui reflète la période de divorce du chanteur.

 

Paradoxe de l'affaire, Dan Auerbach s'est lui-même beaucoup affairé pour les autes, produisant ces dernières années des albums de Michael Kiwanuka, Bombino, Hanni El Khatib, Valerie June ou encore Ray Lamontagne, ainsi que le deuxième Lana del Rey, "Ultraviolence", à paraître en juin. Alors pourquoi ne pas s'occuper de ses Black Keys ? En attendant la réponse, nul doute que le duo réserve toute l'énergie qu'il a gardée sous le pied pour ses concerts. Pas loin de chez nous, sa tournée des festivals passera cet été par le Main Square à Arras le 4 juillet, Werchter le 5, les Eurockéennes de Belfort le 6, Bilbao BBK Festival le 12, Nîmes le 15 et les Vieilles Charrues le 17.

 

 

Album "Turn Blue" (Nonesuch / Warner)

 

 

 

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