Un bar nazi en Asie

La Pop au carré Mercredi 09 juillet 2014

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Un bar nazi en Asie
En Indonésie, la réouverture d'un café jugé "trop nazi" attise la polémique. Dans ce pays qui ne reconnait pas la religion juive, le SoldatenKaffe est décoré de vestiges du III ème Reich, sous prétexte de reconstitution historique.

Dès l'entrée du SoldatenKaffe, deux aigles massifs posés sur des croix gammées attirent le regard. Au mur, des citations de Staline et d'Hitler :

Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système capitaliste qui exploite la faiblesse économique, avec ses salaires injustes, avec sa considération biaisée de l'être humain, en fonction de sa richesse et de ses biens, plutôt que de sa responsabilité.


A l'intérieur du café © Cléa Broadhurst

Située à Bandung, dans le centre de l'île de Java, le SoldatenKafee tire son nom d'un lieu parisien où les SS venaient passer du bon temps pendant la Seconde Guerre mondiale. Son propriétaire Henry Mulyana avait dû fermer l'année dernière après des menaces de mort. On l’accusait notamment d’inciter à la haine raciale.

Ci dessus, l'original (carte postale vendue sur eBay). Pour voir la copie indonésienne, cliquez ici
 

Malgré tout, l'homme se défend de tout antisémitisme ou de sympathie pour l'idéologie nazie, affirmant par contre "aimer le style vestimentaire et graphique" du IIIe Reich. Pour lui, le café est un lieu thématique, sur "l'ensemble de la Deuxième guerre mondiale." :

Mon but n’est pas de montrer les nazis, ce café n’est pas un café nazi, c’est un café militaire. "Soldaten", c’est "soldat", pas "nazi". Ce que l’on dévoile ici, ce sont des objets militaires, pas des objets nazis. Je ne connais pas l’Histoire, je suis un collectionneur. Mon but est purement économique.


Déco un peu chargée © Cléa Broadhurst


Le propriétaire affirme n'avoir pas eu conscience de la portée historique de ces objets lorsqu'il a constitué sa collection. Ces arguments un peu courts ne convainquent pas le Centre Simon Wiesenthal, basé à New York, qui exprimait l'année dernière sa "colère" et son "dégoût" auprès de l'AFP.


Même si l'Indonésie n'est pas familière du traumatisme de la Shoah, Kinyo, un client venu découvrir les lieux, explique ressentir un certain malaise en entrant dans le café :

En tant qu'Indonésien, c'est tout de même bizarre de venir dans un café dont le thème est censé être la guerre en général. Je vois des nazis ici, il y a des croix gammées, Hitler, et ces logos avec les aigles. Ça fait peur ici.



Dans le pays, la religion juive n'est pas officiellement reconnue. Un juif pratiquant ne pourra l'inscrire sur sa carte d'identité. Il devra probablement signaler qu'il est musulman pour faciliter les démarches administratives.

"Ce n'est pas un café nazi." Le patron. © Cléa Broadhurst


Comme l’explique Petrus Lakonawa, fondateur du Centre de recherches et études du Judaïsme à Jakarta, les juifs sont encore perçus au sein de l’archipel comme étant « profondément » anti-musulmans. Et un lieu comme le SoldatenKaffee ne fait qu’attiser son inquiétude :

Exposer Hitler, ou les nazis en général, comme des héros, cela implique qu’il faut suivre leur exemple… Où cela peut mener notre génération, et notre pays ? Tout cela me préoccupe vraiment.



Vraisemblablement facilitée par une méconnaissance du fait historique, cette instrumentalisation des symboles nazis vient de connaître un nouvel épisode en Indonésie. Dans une vidéo de soutien à Prabowo Subianto, candidat à la présidentielle du 9 juillet, une star indonésienne apparaît vêtue d'un uniforme d'inspiration SS.

Le candidat en question a remercié les chanteurs sur les réseaux sociaux, clamant que cette initiative "stimule la campagne". La communauté internationale condamne cette "ignorance et cette faute de goût".

Reportage signé Cléa Broadhurst. Edition : Sébastien Sabiron.


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