Ukraine is the new Georgia

L'actualité numérique Mardi 04 mars 2014

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Ukraine is the new Georgia
Depuis une semaine, les éditorialistes de tout poil rappellent l'analogie entre l'Ukraine de 2014 et la Géorgie de 2008. Dans ce cas, il faut se rappeler ce qu'il s'était passé sur Internet.

 

Après un week-end passé à recevoir des alertes push toutes les deux heures, le message a fini par rentrer : la situation en Ukraine rappelle furieusement l'invasion de la Géorgie en 2008. A l'époque, en plein mois d'août, Moscou avait envoyé ses chars en Ossétie du Sud pour mater les ardeurs européennes du président Mikheil Saakachvili.

Mais pour que l'analogie soit parfaite, il faut jeter un oeil au versant numérique du conflit. Juste avant d'envoyer ses troupes, le Kremlin avait procédé à quelques frappes préventives. Sur Internet.

Des hackers avaient visé plusieurs sites officiels du gouvernement géorgien, ralentissant considérablement sa capacité à communiquer en temps de crise. Dans la foulée, des militants pro-russes avaient "defacé" le site du président Saakachvili, affichant des photomontages le comparant à Adolf Hitler.

 

 

Godwin

A ce jour, l'épisode géorgien reste l'un des rares exemples concrets de "cyberguerre", un mot fourre-tout invoqué par tous les hystériques des conflits connectés. Cinq ans et demi plus tard, à l'heure de la Crimée, on aurait attendu des attaques encore plus perfectionnées. Après tout, les smartphones se sont plus que jamais démocratisés. Et les réseaux sociaux, Twitter et Facebook en tête, ont atteint une masse critique inenvisageable en 2008.

De l'Iran au printemps arabe (et jusqu'en Ukraine), les médias voient désormais des "révolutions 2.0" partout. Et dans cette escalade, les gouvernements prennent le pli, selon les thèses chères à Evgeny Morozov. Il suffit de jeter un coup d'oeil au texto envoyé il y a quelques semaines aux manifestants de la place Maidan pour le mesurer :

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Et pourtant, la Russie n'a pas (encore) appuyé sur le gros bouton rouge. Ni maxi-botnets regroupant des milliers de machines zombies, ni coupure générale d'Internet, comme ont pu l'expérimenter l'Egypte ou la Syrie.

Pas vraiment la méthode Poutine. A l'artillerie lourde, il préfère la lunette de précision. Vkontakte, le Facebook russe, a ainsi commencé à chasser les pages pro-ukrainiennes, et UkrTelecom, le principal opérateur du pays, a affirmé avoir perdu sa connexion Internet avec la Crimée.

En guise de représailles, des hackers ont brièvement piraté le site de Russia Today - la chaîne de télévision financée par le Kremlin - ce week-end. Ils ont ainsi inséré le mot "nazi" dans tous les titres de la page d'accueil.

De 2008, à 2013, voilà le dénominateur commun : un point Godwin.

Olivier Tesquet


 

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