Tunisie : le rappeur a peur

le Reportage de la Rédaction Mercredi 26 juin 2013

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Tunisie : le rappeur a peur
Deux ans et demi après la chute de Ben Ali, la Tunisie est encore loin du compte en matière de liberté d'expression. Jugé en appel hier, le rappeur tunisien Weld El 15 sera fixé sur son sort mardi prochain. Il avait écopé de deux ans fermes en première instance pour un simple rap antiflics. Booba peut aller se rhabiller.

 

Deux ans derrière les barreaux. Voilà ce qu'il en coûte de poster un morceau de rap sur Youtube en Tunisie. Le titre s'appelle Boulicia Kleb ("Les flics sont des chiens"). Weld El 15 (Alaa Yaâcoubi de son vrai nom) l'a composé en prison, alors qu'il purgeait une peine de neuf mois pour consommation de cannabis.

 

Hier à l'audience une dizaine d'avocats ont plaidé pour le respect de la liberté artistique, évoquant un "procès historique pour le pays." En attendant la décision mardi prochain, le rappeur reste sous les barreaux. Camille Lafrance a suivi les débats pour le Mouv' :

 

 

Condamné notamment pour "outrage à fonctionnaire" et "outrage à la pudeur," Weld El 15 a été le premier artiste tunisien à s'attaquer aussi frontalement à la police.

 

A l’Aïd j’aimerais égorger un policier au lieu d’un agneau / Cocaïne, zatla (cannabis), vitamines/ Vous nous les amenez puis vous nous demandez d’où ça vient (…) On pensait qu’il y avait eu une vraie révolution, mais on s’est fait enfumer


 

Bon le propos n'est pas très cop-friendly, mais dans le registre "nique la police", les rappeurs français ont souvent fait pire, écopant au mieux d'un juteux buzz médiatique. Dans la Tunisie de l'après Ben Ali, il ne fait pas bon polémiquer, ni montrer ses seins.

Moins de 48 heures avant le jugement de Weld el 15, trois militantes Femen (deux françaises et une allemande) étaient condamnées à 4 mois de prison ferme pour "outrage à la pudeur". Elles avaient manifesté topless à Tunis pour la libération d'Amina, une Femen brésilienne. Thibaut Cavaillès avait assisté à leur premier procès pour le Mouv' :

Amina, Femen tunisienne

Incarcérée depuis le 19 mai, Amina risque deux ans de prison pour avoir tagué "Femen" sur le mur d'un cimetière. Les militantes européennes seront jugées en appel ce mercredi 26 juin.

Artistes et blogueurs sous pression

Pleins d'espoirs au lendemain de la révolution de Jasmin, les artistes, activistes et journalistes tunisiens se heurtent encore trop souvent à l'appareil judiciaire. La libéralisation de la presse a permis l'émergence de nouveaux titres, mais ils peinent à se faire une place au soleil. Le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso demande à la Tunisie de réviser son code pénal, "afin de garantir la liberté d'expression des Tunisiennes et des Tunisiens."

Passé l'idéal révolutionnaire, la notion d'art blasphématoire a fait son chemin en droit tunisien. En septembre dernier, Camille Lafrance rencontrait pour le Mouv' Nadia Jelassi, une plasticienne poursuivie pour une oeuvre évoquant la lapidation des femmes tunisiennes :

Pour les blogueurs tunisiens, chevilles ouvrières de la révolution de Jasmin, ces derniers mois ont un peu le goût des lendemains qui déchantent. En mars dernier, Tunis accueillait pour la première fois le Forum Social Mondial. Pour les cyberactivistes rencontrés sur place par Gaële Joly, l'éclosion de la démocratie se heurte au rigorisme d'Enahda, le parti au pouvoir. L'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd en février dernier marque pour certains la fin de la révolution.
 
 
 
 
 
 
En juin 2012, Philippe Randé retrouvait Tunisian Girl, l'une des égéries de la révolution. Ne voyant venir aucun changement politique, la blogueuse entammait alors une grève de la faim.

 

 

 

 

 

Depuis plusieurs mois, la rédac du Mouv' décypte le difficille apprentissage de la démocratie en Tunisie.

  • Découvrez le webreportage de Claire Chaudière, un an après la chute de Ben Ali
  • Cet été, Le Mouv' se tourne vers l'avenir avec notre série de reportages World in Progress. Reportage à venir de Gaële Joly sur le Forum Social Mondial de Tunis.

 

Reportage de Sébastien Sabiron (@sebsabiron)


 

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