Tunisie, le rap derrière les barreaux

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 01 octobre 2013

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Tunisie, le rap derrière les barreaux
En France, certains rappeurs se vantent d'avoir fait du mitard dans leurs textes. En Tunisie, certains rappeurs se planquent pour échapper au mitard, poursuivis à cause de leurs textes. Où quand la liberté d'expression est directement mise à mal par l'appareil judiciaire.


En Tunisie, les rappeurs sont muselés. Camille Lafrance est là pour nous en parler. Cliquez ci-dessus pour entendre son reportage.

Quand Suprême NTM écrit "donne moi des balles pour la police municipale" en 1993, le groupe fait l'ouverture des JT et s'offre une notoriété instantanée. Quand Weld El 15 publie Boulicia Kleb ("Les flics sont des chiens") sur Youtube en 2013, il est condamné à deux ans de prison (réduits à du sursis en appel.)

 

Le 26 septembre, Weld El 15 a de nouveau été condamné par contumace à un an et neuf mois de prison pour outrage à fonctionnaire et atteinte aux bonnes mœurs après un concert à Hammamet cet été. Même sanction pour Klay BBJ qui chantait avec lui. Ce dernier a fait opposition et vu sa peine réduite à 6 mois fermes.

Voilà ce qu'il en coûte d'écrire des lyrics un peu hardcore en Tunisie.

A l’Aïd j’aimerais égorger un policier au lieu d’un agneau / Cocaïne, zatla (cannabis), vitamines/ Vous nous les amenez puis vous nous demandez d’où ça vient (…) On pensait qu’il y avait eu une vraie révolution, mais on s’est fait enfumer.(Extrait de Boulicia Kleb)


Klay BBJ et Weld El 15 / DR  


Les deux rappeurs affirment avoir été frappés par la police lors de leur arrestation. Une vendetta policière qui menace également d'autres rappeurs, dont Mr Mustapha, poursuivi pour avoir soutenu publiquement Weld El 15. Il comparaitra le 7 octobre et risque jusqu'à 1 an et demi de prison.

 
Plusieurs ONG dont la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme dénoncent un acharnement contre les artistes. Son vice-président  Messaoud Romdhani y voit un semi-échec de la révolution de Jasmin.

Malheureusement, la justice est encore aux mains de l’exécutif. Les artistes et les journalistes sont de plus en plus ciblés. Depuis la révolution, tout ce qu'on a gagné, c'est une liberté d'expression de plus en plus menacée.


 

Certains rappeurs envisagent d'aller enregistrer à l'étranger pour échapper aux poursuite. Depuis fin juin, le principal syndicat de police tunisien boycotte les missions de sécurisation de tous les concerts de rap, se plaignant d'insultes lors des concerts.

Tunisie, la liberté d'expression derriere les barreaux, on en parlait déjà ici en juin dernier.

Reportage pour le Mouv' signé Camille Lafrance.

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