Trixie Whitley

Rodéo sur Le Mouv' Mercredi 26 juin 2013

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Trixie Whitley
Trixie Whitley ou la musique à fleur de peau. Dans les bacs depuis le 18 mars, son album "Fourth Corner" est désarmant de force et de beauté et on vous le fait découvrir dans la chevauchée d'aujourd'hui.

 

 

 

Née en 1987 en Belgique d’une mère flamande issue d’une famille d’artistes (musiciens, peintres, écrivains et sculpteurs) et d’un père américain (le songwriter Chris Whitley, décédé en 2005), Trixie a vécu son enfance entre New-York et l’Europe. Lorsque ses parents divorcent au milieu des années 90, elle revient en Belgique avec sa mère, à Gand. C’est là qu’elle apprend la batterie, joue et chante dans différentes troupes de théâtre, tourne même sur tout le continent avec une compagnie de danse renommée (Les Ballets C de la B). A 17 ans elle décide de quitter l’école et de retourner à New-York. Elle y apprend le piano, la guitare, commence à se produire en solo, et enregistre sa première démo « Strong Blood »… en parallèle de son petit boulot, cuisiner des burgers dans un resto au coin de la rue. Pas si simple, en fait.


Sa mère l’incite à profiter d’un festival en Belgique où se produit Daniel Lanois pour donner son EP à ce producteur au CV pour le moins éloquent (de U2 à Dylan, de Peter Gabriel à Nick Cave). Après tout c’est lui qui avait découvert le père de Trixie Whitley. Elle n’a pourtant pas l’espoir que cela débouche sur quoi que ce soit : « je suis retournée à NY travailler dans mon restaurant pourri et j’ai commencé à me dire qu’il serait temps d’abandonner la musique et de passer mon bac »… Mais le téléphone sonne au bon moment, c’est Lanois qui a pris une claque à l’écoute de la démo : il invite carrément Trixie à enregistrer à Boston et à intégrer son groupe Black Dub aux côtés du batteur Brian Blade (Joni Mitchell, Wayne Shorter). Elle passera l’année 2011 à tourner avec eux un peu partout dans le monde, tout en continuant à jouer en solo, sortant 2 EPs qui font monter le buzz et l’attente (The Engine et Live at Rockwood MusicHall). Elle tourne un peu en solo en Europe en novembre 2011 / janvier 2012 avec des concerts soldout non seulement à Anvers, Gand ou même Amsterdam, mais aussi à Vienne et Budapest. Si la fièvre Trixie Whitley n’a encore pas atteint la France, son premier album va vite la propager…


Trixie l’enregistre à New-York sous la houlette du réalisateur/clavier Thomas Bartlett aka Doveman (Antony and the Johnsons, Grizzly Bear, The National…), avec aux manettes Pat Dillett (David Byrne, Mary J. Blige), et Rob Moose (Bon Iver) pour les arrangements de cordes. Elle n’a que 25 ans et tout est allé très vite dans sa jeune carrière mais après tout elle a l’habitude de cette précocité : son père la fit monter sur scène avec lui dès sa plus tendre enfance, et à seulement 11 ans elle fut la plus jeune DJ résidente du musée d’art moderne d’Anvers, jouant aussi bien Aphex Twins ou Squarepusher que John Zorn, du Hip-Hop old school ou de la musique africaine ! « Au début c’était un peu une blague, ‘’venez voir notre DJ de 11 ans ‘’, mais les gens venaient » rigole-t-elle, « je devais me tenir sur 3 caisses de bières empilées pour voir les platines » ! Un destin particulier, dès le plus jeune âge donc…


Son premier album, elle a choisi de l’appeler « Fourth Corner », le carrefour, la croisée des chemins, comme le nom du point particulier où parfois 4 états américains se rejoignent, comme l’endroit où les quatre grands fleuves de Chine ne font plus qu’un, ou encore comme le cycle des saisons. Trixie Whitley a fait le choix d’une métaphore, celle de l’équilibre qu’elle a recherché pour ce premier album fait de chansons de natures différentes. Pas illogique pour quelqu’un qui à force d’avoir bourlingué entre deux continents et deux cultures affirme « je suis de partout et de nulle part à la fois ». Ce qui frappe en premier lieu quand on écoute Trixie Whitley c’est cette voix agile, profonde, sans guère de limites, navigant souvent dans des graves proches d’une Fiona Apple et chargée de blues, capable de se faire caressante et pétrie d’émotion, comme de porter des uppercuts ou de s’envoler vers des aigus soul à souhait. Un outil indispensable pour que Fourth Corner parvienne à ses fins, se mettre en quatre (là encore) pour explorer toute la gamme des émotions : de l’amour fou à la colère enragée, du bonheur enfantin à la solitude la plus écrasante. Comme des points cardinaux auxquels elle revient toujours, dit-elle, « en tant que personne et en tant que musicienne »…


Fourth Corner porte la marque de cette diversité et de cette cohérence, et progresse avec la force et la certitude tranquille de ceux (celles en l’occurrence) qui savent où ils vont et pourquoi. Tel « Need Your Love » qui après une intro en douceur, s’ouvre et se déploie comme une fleur, voix sincère et suppliante, piano délicat… Sur le coquin « Irene » qui ouvre l’album ou le sinistre « Hotel No Name », c’est sur des lignes de guitare hargneuses, des ambiances sombres et des rythmiques un peu crades que Trixie Whitley pose sa voix virevoltante, tour à tour pleine de défi ou rongée par le remord. La jeune belgo-américaine se fait diva sur l’impressionnant « Breathe You In My Dreams », elle met de la soul dans le folk dépouillé qui clôt l’album (« Oh, The Joy »), escalade les aigus comme l’échelle des émotions sur « Pieces »… C’est bien simple, on dirait qu’elle sait tout faire.

 

En attendant la sortie mondiale de l’album, Trixie Whitley se fait un peu plus repérer à l’été 2012 grâce à sa participation à l’album « Just Tell Me That You Want Me », un tribute à Fleetwood Mac au casting impressionnant (Marianne Faithfull, Likke Li, MGMT, Bonnie « Prince » Billy, The Kills, ou encore Billy Gibbons et Jay Mascis, entre autres). En novembre, elle a attaqué sa première tournée solo des Etats-Unis, et les comparaisons élogieuses commencent à arriver : on cite Cat Power, PJ Harvey, Jeff Buckley, et bien entendu Joni Mitchell. Elle sera régulièrement en Europe dés janvier 2013 (Eurosonic…). « Je suis à la fois excitée et pétrifiée » explique-t-elle en écarquillant les yeux, aussi émerveillée que farouchement déterminée. « En tant que songwriter, je veux aller là où on ne m’attend pas, avec un totale liberté ». A quel autre carrefour cela la mènera on l’ignore encore, mais sûr qu’elle y apportera de la sève, de l’émotion et surtout, une grande sincérité…

 

Source : La Baleine

 

Le site officiel de Trixie Whitley

 


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