Tous fliqués en 2015 ?

le Reportage de la Rédaction Lundi 29 décembre 2014

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Tous fliqués en 2015 ?
Le Père Noël est passé dans les chaumières le 25 et il a fait des millions de jeunes ravis. Parmi eux se trouvent peut-être des chanceux qui ont reçu une tablette, un ordinateur ou un téléphone portable. La veille, presque en secret, le gouvernement leur a réservé un deuxième cadeau, beaucoup moins rigolo...

C'est l'histoire d'un décret publié au Journal Officiel le 24 décembre presque en catimini et qui nous concerne tous.

Moi, vous, et surtout vos données : le décret d'application de l'article 20 de la loi de programmation militaire, c'est son petit nom, entre en vigueur au 1er janvier. Et il organise un accès étendu des services de renseignement de l’État à vos métadonnées numériques.

Pas au contenu de vos données sur Internet, donc, mais à qui vous passez des appel, à qui vous envoyez des textos, avec qui vous correspondez par email. Vos heures de connexion, le nom de vos amis sur Facebook et en prime votre géolocalisation.

 

Un flicage généralisé sans garde-fou ?

La surveillance des communications pour lutter par exemple contre le terrorisme ne date pas d'hier, mais elle n'était que l'exception à la règle. Le problème, c'est que les exceptions se sont multipliées...

Adrienne Charmet Alix, coordonne les campagnes de la Quadrature du net, l'association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet : elle, comme beaucoup d'autres, estiment que le décret ouvrira la porte à de nombreuses dérives. Et notamment la surveillance généralisée de la population. D'abord parce que ses contours restent flous.

Ensuite parce que les garde-fous sont quasi-inexistants, que les organes de contrôles n'auront qu'un pouvoir limité notamment la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, qui n'a ni pouvoir de sanction, ni véritables moyens pour exercer son rôle efficacement. Et surtout parce que les services de l’État qui entrent dans son champ sont particulièrement nombreux : une dizaine de directions du ministère de l'Intérieur, la triplette DGSE / DRM / Direction de la protection et de la sécurité de la défense, qui dépendent, elles, du ministère de la Défense, et le ministère des Finances.

Le trauma de l'affaire Snowden

D'autres, moins pessimistes, estiment que l' "après-Snowden" et les révélations sur les activités de la NSA aux États-Unis ont créé une forme de traumatisme, et que beaucoup se sont réveillés avec une gueule de bois... et un début de paranoïa quand il s'agit d'examiner l'activité des services de renseignement.

Parmi eux, Jean Marc Manach, journaliste spécialiste du web et des questions de surveillance et de vie privée. S'il invite effectivement à être vigilant et veiller à un encadrement strict des dispositifs de surveillance que prévoit la loi et son décret, il faut, selon lui, se garder d'une trop grande défiance. Notamment parce qu'au fond, si la loi effraie parce qu'elle met au jour les activités parfois effrayantes des services de renseignement, elle vient tout de même poser un cadre légal là où, auparavant, tout était permis puisque... la loi n'existait pas.

 


 

Reportage et mise en page: Ludovic PAUCHANT

 

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