Tous à poils fluo

Rien à voir Mardi 02 décembre 2014

Réécoute
Tous à poils fluo
Des aisselles poilues et surtout teintes de couleurs criardes fleurissent sur le Net.

 

Croyez-moi, je pensais avoir à peu près tout vu en termes de vidéo, d'image, de mode ou de contenu totalement WTF. Des années de pratique intensive d'Internet m'ont en effet profondément endurcie et aujourd'hui, je soulève à peine un sourcil quand je tombe sur une vidéo YouTube d'un mec qui a reproduit la cathédrale de Strasbourg avec des mini pâtés en croûte.

Mais, j'avoue quand même que ce week-end, mon endurance a été quelque peu éprouvée par la vidéo à la gloire de Jean-Marie Le Pen diffusée à l'occasion du congrès du Front national. Vidéo dans laquelle on voit le Pen père danser, se bastonner et faire du cardio sur Sunny de Boney M. Là, j'avoue, ça surprend un peu.

 

Je trouve, d'ailleurs, qu'on a légèrement sous-réagi à cette vidéo, qu'elle n'a pas eu la viralité qu'elle mérite. Et ça en dit long sur notre fatalisme, et notre capacité à encaisser les trucs les plus surréalistes sans broncher. Un jour, Eric Zemmour fera du twirling bâton sur du Sheryfa Luna, et on trouvera ça à peine déconcertant.

Mais je m'égare, parce que ça n'est même pas cette séquence qui m'a laissée quelque peu ahurie, mais une information publiée par le Huffington post canadien et relayée un peu partout ces derniers jours.

Le HuffPo nous révélait en effet l'existence d'une nouvelle tendance qui concerne les poils. Et généralement, une tendance qui concerne les poils, ça n'augure rien de bon en termes de dignité humaine, de respect des droits humains et du sillon inter-fessier.

Mais là, ça va encore plus loin qu'un simple brésilien dégagé derrière les oreilles, d'ailleurs ça ne concerne pas le maillot mais les aisselles.

#Dyedpits

Sur le web, on voit fleurir de plus en plus d'aisselles poilues et surtout colorées. Ça se passe sur Instagram et Twitter notamment, avec le hashtag #dyedpits, où des femmes posent, bras levés, en exhibant des poils d'aisselles roses, rouges, bleus ou verts.

C'est une tendance qui a notamment été popularisée par un billet publié par une coiffeuse blogueuse prénommée Roxie Hunt. Elle y détaille la façon dont elle a coloré les poils d'aisselles d'une collègue en bleu de façon à ce que ce soit assorti à ses cheveux.

Elle décrit notamment une étape du processus. Je la cite:

 Impatientes, on a rincé ses aisselles. Je m'attendais à moitié à ce que la couleur ne prenne pas, en me disant que quelque chose d'aussi cool ne pouvait pas être possible. Et si ça l'était, alors pourquoi les gens ne le faisaient-ils pas?


 

Et on peut quand même opposer deux trois arguments à ce raisonnement un brin lapidaire. En effet, beaucoup de choses cool sont possibles dans nos vies quotidiennes et dans l'absolu, c'est pas pour autant qu'on le fait. Sinon, on serait tous sous Subutex aujourd'hui. Par ailleurs, moi, personnellement,  je trouve que picoler au petit dej, et bannir Nico et Vinz de la programmation du Mouv, ce serait hyper cool, et techniquement tout à fait possible. Pour autant, je le fais pas.

 

Sinon, c'est aussi une tendance qui peut engendrer plusieurs questions.

On peut d'abord s'interroger sur l'aspect esthétique de la démarche qui consiste à arborer des aisselles couleur Tinky Wiky des Teletubbies.

Mais attention, qu'on ne se méprenne pas, les filles qui ont adopté le "Dyedpits" ne cherchent pas à être jolies des dessous de bras.

 

C'est même une démarche rebelle et antisociale d'après l'une d'entre elles, prénommée Destiny M, et qui affirme que:

Le but ce n'est pas de remplacer une norme par une autre, mais juste de dire on est là, on existe, on peut faire ce qu'on veut de notre corps sans que ça ne gêne personne.


 

Des aisselles couleur "invendus de Desigual"

Autrement dit, teindre ses poils d'aisselles en rose c'est féministe. Là aussi, on peut objecter que la vraie rébellion contre l'ordre établi ne consiste pas tellement à teindre ses poils aux couleurs des invendus de la marque Desigual et à poster le résultat sur le web en ayant appliqué un filtre Instagram.

La vraie transgression, après tout, c'est peut être juste de laisser pousser ses poils, comme ça nature, sans pigments et sans faire sa majorette sur les Internets.

Par ailleurs, et c'est un avis tout à fait personnel, cette mode n'est pas totalement sans rappeler la mode de customisation du pubis aussi appelée vajazzling. Mode qui consiste à décorer le haut de son pubis avec des paillettes ou des strass. Si le vajazzling nécessite un pubis totalement imberbe pour des questions d'adhérence, là aussi, comme dans les aisselles poilues pimpées, on met de l'artifice là où il n'y en avait pas nécessairement besoin...

Autrement dit, que ce soit teindre ses aisselles ou s'épiler entièrement le pubis pour y appliquer un smiley en strass, j'ai du mal à voir quel est le projet...

Mais enfin, moi j'dis ça, avec mon patrimoine génétique de méditerranéenne et les points fidélité que j'ai sur mon abonnement Body Minute, je peux sortir la Grèce de la crise économique. Alors chacun fait bien ce qu'il veut de ses oilps.

 


 

 

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