Tiki Pop, exotique en toc

La Pop au carré Lundi 07 juillet 2014

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Tiki Pop, exotique en toc
Jusqu'au 28 septembre, le musée du Quai Branly consacre une expo au style "Tiki", un exotisme préfabriqué et populaire qui imprégnait la déco, le cinéma et la musique de l'Amérique des années 50 et 60. Vahinés, chemises à fleurs et cocotiers, le Tiki, c'est une bonne dose de kitch, totalement assumée.

"En Polynésie, le ciel est toujours bleu. La mer est d'émeraude et les belles autochtones à la peau ambrée vous accueilleront en se déhanchant lascivement au rythme du hula."  Au début des années cinquante, pour l'américain moyen, les îles du Pacifique incarnent le paradis sur terre, où l'on vit dévêtu, entouré de vahinés sensuelles aux mœurs légères.

Homme blanc, femme bronzée © Sébastien Sabiron


Au sortir de la guerre, les États-Unis connaissent l'opulence : argent et travail pour tout le monde, mais aussi beaucoup de pression, imposée par l'american way of life. Encore engoncée dans ses principes WASP puritains, la société américaine invente le style Tiki (du nom des sculptures rituelles océaniennes).

Tiki original © Sébastien Sabiron


Au prémisses du Tiki, il y a les romans de Pierre Loti, de Jack London ou de Herman Melville, qui publie Moby Dick en 1851. Étonnamment, le traumatisme de Pearl Harbor lui donne un coup d'accélérateur. Les jeunes marines envoyés au casse-pipe dans le Pacifique reviennent traumatisés. Mais personne ne veut entendre leurs récits d'horreur. L’Amérique rêve d'exotisme.

Haaaaa... Hawaï... © Sébastien Sabiron


Cet exotisme préfabriqué devient vite une soupape de décompression pour l'américain stressé. De nombreux Tiki bars ouvrent leurs portes. Ces restaurants plutôt haut de gamme sont entièrement décorés à la mode polynésienne, avec comptoir en bambou, palmiers en plastiques, cascades artificielles...

Service à Tiki Mugs © Sébastien Sabiron


On y boit des cocktails à base de rhum (pourtant d'origine antillaise, mais le Tiki n'est pas à une contradiction près) dans des mugs sculptés, que l'on emporte en souvenir après le diner. Sven Kirsten, commissaire de l'expo Tiki Pop au quai Branly :

Je pense que le Mug est la parfaite incarnation du style Tiki. C'est une adaptation complètement libre de l’artisanat original. Ça ne prétend même pas être authentique. La plupart étaient fabriqués au Japon. Pour l'archéologue urbain que je suis, c'est l'équivalent de l'éclat de poterie d'une civilisation oubliée.


Sven Kirsten © Sébastien Sabiron


En 1959, Hawaï devient le 50 ème état américain et le style Tiki atteint son paroxysme. Elvis Presley tourne trois films à Hawaï, Marlon Brando cartonne dans Les révoltés du Bounty. Vêtues de jupes de feuillages, les mères de famille dansent le hula pendant les "luau parties" qu'on organise dans le fond du jardin.

Grand moment de solitude pour les enfants de madame © Sébastien Sabiron


Et puis à l'orée des années 70, le Flower Power chasse brutalement le Tiki. Les premiers hippies rejettent cet exotisme "à la papa", qu'ils considèrent impérialiste, raciste et sexiste à l'égard des polynésiennes. Direction la déchetterie pour les meubles en rotin et les services à cocktails. Le Tiki disparaît en un clin d’œil.

Touristes modèles à Hawaï © Sébastien Sabiron


Une bonne raison de se précipiter au Musée du Quai Branly, ou d'acquérir le somptueux catalogue de l'expo : Tiki Pop, aux éditions Taschen.

Reportage, photos : Sébastien Sabiron.



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