Taxi Driver

Les lectures Lundi 03 février 2014

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Taxi Driver
Le journal de Travis Bickle. Portrait gracieux du personnage le plus marquant de l’histoire du cinéma au XXème siècle.

Il y a des villes où la nuit est plus sombre qu’ailleurs, et des vies où le ciel est plus bas que d’autres. Etre chauffeur de taxi, la nuit, à New-York, offre de fortes chances de combiner les deux. La preuve avec Taxi Driver, long poème urbain pris dans les plis intimes du journal de Travis Bickle.



On connaissait le héros de Taxi Driver sous les traits de Robert De Niro, beaucoup moins sous la plume de Richard Elman. Journaliste, poète, romancier, le new-yorkais a eu la grande idée d’écrire, en marge du scénario, le journal de bord de Travis : « au cas où vous savez pas, je suis le genre de type dès qu’une crise se pointe je sais pas trop me débrouiller. » Je le savais un peu, Travis, mais je veux bien tout oublier pour le plaisir de lire ne serait-ce que quelques lignes de ces confessions de crevard : « Les noirauds ils avaient l’air de deviner quand j’étais dans la déprime et le monde noir en entier se mettait à me chanter du blues. »

 

On ne revient pas du Vietnam

« Il y a certains matins à New-York où presque tout le monde se réveille cinglé », annonce Travis au début du récit, avant de remarquer très vite que la menace ne l’épargne pas. Pour occuper ses nuits blanches, ce vétéran du Vietnam se décroche un job de chauffeur de taxi. La nuit new-yorkaise va lui montrer « le pire des gens », melting pot de doux dingues, de crasse urbaine et de dérives militaristes. Le livre ajoute au portrait cinématographique de Travis la galerie bigarrée des zigotos du New-York pré-Guiliani, et leurs « visages à vif comme du porc qui fume. »


Derrière la bulle vitrée du véhicule, Travis sillonne et peste, progressivement assailli par des pulsions ambiguës. Le désarroi de ce jeune homme inadapté, rejeté par une norme qu’il ne sait pas nommer, montre bien la solitude déchirante des sacrifiés de sa génération. Car le spectacle de la rue réveille bientôt en lui le trauma du Vietnam. Où commence le mal et où s’arrêtent les missions dans cette Amérique « qui m’avait appris à tuer et dire Tu ne tueras pas » ?

C’est dans cette contradiction désarmante que Richard Elman déploie tout son génie. En prêtant à Travis une sensibilité exacerbée, mais aux ressources limitées, il charge en puissance l’escalade de la folie. La demi-mesure enterre avec elle la rédemption. Et sans les armes de la sagesse, aucun espoir de nuance.

Radical, implacable, Taxi Driver est une flèche de feu dont la flamme fulgurante vient trouer la nuit new-yorkaise.

 


 

Photo : ©Salomé Kiner

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