Taïwan fait sa révolution du tournesol

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 26 mars 2014

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Taïwan fait sa révolution du tournesol
Depuis une semaine, des centaines de manifestants occupent le Parlement taïwanais, rejoints autour du bâtiment par des milliers de personnes. Étudiants, militants des droits civiques et opposants politiques, ils dénoncent un accord commercial signé avec la Chine, que le parti au pouvoir veut appliquer le plus rapidement possible.

« Taïwan libre », « non à la vente de Taïwan », peut-on lire sur des banderoles autour du Parlement taïwanais. Certains manifestants ont dormi par terre six nuits d’affilée pour tenir les lieux.  Dans l’hémicycle, les étudiants débattent sur les nouvelles actions à mener.

Une foule compacte à l'entrée du parlement © Clément Robin

  
Jeudi ils ont été rejoints par deux dissidents chinois, vétérans des manifestations de Tian'anmen, sévèrement réprimées à Pékin en 1989. Le tout est retransmis en direct sur Internet grâce à des smartphones et des tablettes tactiles.

Bras de fer parlementaire

Au coeur de la grogne : un accord signé en juin dernier entre Taipei et Pékin, qui donne à la Chine un plus grand accès au secteur des services taïwanais. Le Kuomintang (KMT), parti du président Ma Ying-jeou, majoritaire au Parlement, souhaite l’appliquer au plus vite. Mais l'opposition emmenée par le Parti démocrate progressiste (DPP) freine des quatre fers.

Les manifestants escaladent la façade du parlement © Clément Robin
  

Depuis 9 mois, les négociations sont au point mort, si bien que le président du Parlement a décidé de passer directement au vote, comme le droit l'y autorise. Trois députés d’opposition ont entamé une grève de la faim, soutenus par des les centaines de personnes qui occupent désormais le parlement.

Accord inéquitable

Dans le pays, le texte est hautement polémique. Il prévoit d’ouvrir 64 secteurs aux entreprises chinoises. En échange, les investisseurs taïwanais pourront s’implanter dans 80 secteurs chinois. Au coeur de l'économie taïwanaise, le marché des services pèse près de 70% de son PIB.

Les protestataires craignent que les entreprises chinoises ne viennent concurrencer les PME locales, soit plus de 98% du tissu économique de l’île. Ei Men, un jeune employé taïwanais, redoute que cet accord ne fasse appel d’air pour les travailleurs chinois :

La Chine est une puissance économique bien plus importante que Taïwan. Si cet accord passe, les grosses entreprises pourront sûrement faire du profit, mais les cols bleus, les employés et les ouvriers taïwanais, seront très impactés. La main d’œuvre chinoise pourra venir chez nous faire le même travail que nous. Economiquement, ce n’est pas équitable.


Le drapeau taïwanais placé tête en bas par les manifestants © Clément Robin
  

Le sujet est d’autant plus sensible que Taïwan est à la traîne derrière les autres dragons asiatiques comme la Corée du Sud ou Singapour. En 2013, le pouvoir d’achat a atteint son plus bas niveau depuis 1998. Le chômage des 20-24 ans a dépassé les 13% en février 2014.

Taïwan n’est pas la Chine

Mais ce que craignent surtout de nombreux Taïwanais, c’est d’être à terme intégré au giron communiste, et devenir une région autonome sous contrôle de Pékin, comme c’est déjà le cas pour Hong Kong et Macao.

Pour Stéphane Corcuff, chercheur au centre d’études français sur la Chine contemporaine à Taipei, « cette hypothèse n’est envisageable qu’à long terme, et encore les Taïwanais sont très loin d’accepter une réunification avec la Chine continentale. Contrairement à Hong Kong, Taïwan est en effet un Etat souverain et démocratique ». La preuve par l'exemple.

Reportage pour le Mouv' signé Clément Robin. Mise en page : Sébastien Sabiron


 

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