Surveillance : et la France dans tout ça ?

L'actualité numérique Mardi 05 novembre 2013

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Surveillance : et la France dans tout ça ?
Dernière révélations en date de l'affaire Snowden: les agences de renseignements européennes, dont la DGSE française, ont travaillé main dans la main avec l’équivalent anglais de la NSA pour scruter nos communications. La France est-elle innocente ? On a posé la question à François Hollande. Mais faudra peut-être recommencer.

 

C'est une manie ! A chaque jour, sa brouette de nouvelles nouvelles révélations dans l'affaire dite Snowden, du nom de cet ancien consultant de la NSA qui a révélé au monde entier l'énorme dispositif de surveillance mis en place par les Etats-Unis pour scruter les conversations du monde entier.

Mais cette fois-ci, c'est à la France et à l’Europe d'avoir chaud aux fesses ! Le 1er novembre, le journal anglais The Guardian, toujours lui, a révélé que les agences de renseignements allemande, italienne et française ont travaillé main dans la main avec l’équivalent anglais de la NSA (National Security Agency) pour scruter nos communications.

Pour tout comprendre aux implications des révélations d'Edward Snowden, faites un tour sur ce magnifique et complet reportage multimédia du Guardian.

 

Côté français, c'est au sein de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) que s'est tramée la collaboration. Cette dernière s'est visiblement bien passée, puisque les services anglais qualifie cette agence bien de chez nous d' “hyper motivée" et de "compétente techniquement”. Mieux, elle bénéficierait en plus de relations privilégiés avec un mystérieux “partenaire industriel”.

En clair, nos espions ont su nouer d'excellentes relations avec une entreprise française, dont le nom n'est évidemment pas cité, mais dont on peut supposer l'appartenance au secteur numérique. Toujours selon The Guardian, les services britanniques estimeraient ainsi que cette firme fait montre d'"approches novatrices en ce qui concerne certains défis sur Internet”.

De quoi faire frissonner de plaisir les partisans du made in France sur le réseau... et mettre sérieusement en question l'indignation du gouvernement français.

Il y a quelques jours en effet, à la suite de la publication dans Le Monde des détails de la surveillance américaine en France (70 millions de données téléphoniques interceptées en un mois à peine!), l'Executif avait en effet fait comprendre au monde entier qu'il était très très colère. Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault et même François Hollande : tous se sont exprimés sur le sujet.

Des prises de parole musclées qui tranchent avec l'étrange discrétion dont ils ont fait preuve jusqu'alors. Car pour rappel, avant cet article du Monde qui a mis le feu aux poudres, nos gouvernants ont largement fait profil bas. Alors même que les révélations de Snowden remontent à plus de quatre mois !

Un silence âprement commenté et qui suscite aujourd'hui d'autant plus d'interrogations à la lumière des dernières info du Guardian. Mais aussi des propos du patron de la NSA qui renvoie publiquement l'Europe dans ses cordes, en expliquant récolter ses informations grâce aux services du Vieux Continent... Des propos qui vont eux aussi dans le sens d’un papier du Monde qui dès cet été affirmait que nos espions faisaient la même chose que les Américains sur les communications échangées entre la France et l'étranger.

 

Dit comme ça, ça fait beaucoup. Pour tirer ça au clair, nous sommes donc allés demander à François Hollande ce qu'il en était : la France était-elle ou non au courant de ces agissements ? Et si oui, alimente-t-elle cette surveillance de façon massive ? C’était à l’occasion du dernier Conseil européen fin octobre, grand messe où les journalistes du monde entier ont la chance d'avoir pour une fois sous la main 28 chefs d'Etat. Voici la réponse du Président français :

 

Pas vraiment une dénégation explicite puisqu'il se contente d'affirmer que la France "reste dans le cadre légal". Autrement dit dans les clous. Le problème c’est que si cette surveillance massive existe bien sur notre territoire, elle risque fort d’être a-légale. Non prévue par la loi, qui pourtant est censée strictement encadrer les interceptions de communication de ce genre afin d'éviter les abus, comme l'atteinte à la vie privée.

Encore plus fort, les services de renseignements ont parfaitement conscience de cette zone grise et font tout pour l’exploiter. Toujours dans Le Guardian, on apprend ainsi que les anglais aident leurs homologues à contourner la loi de leur pays, jugée plus ou moins contraignante en matière d'interceptions de communications. Une véritable petite notation d'espion: le système français semble par exemple leur convenir, celui en vigueur en Italie ou en Allemagne, un peu moins. Surréaliste.

En attendant, la réponse du chef de l’Etat n'a pas vraiment convaincu. Au-delà de l'absence de dénégation clair, difficile d’imaginer en effet que la Cnil (Commission Nationale Informatique et Liberté), une simple autorité administrative, se mette à encadrer les espions français. C’est un peu gros.

Il faudra donc peut-être une fois encore exiger une nouvelle explication à François Hollande.

SONS :

- François Hollande répond à nos questions. Conseil européen, 24 octobre 2013 (à 26:30 sur le site de l'Elysée).

 

Andréa Fradin

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