Streaming, pour qui le jackpot ?

le Reportage de la Rédaction Vendredi 31 janvier 2014

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Streaming, pour qui le jackpot ?
Thom Yorke a retiré ses titres de Spotify. Le label français Naïve regrette un système qui ne paye personne. Avec un milliard de recettes en 2012, le streaming représente pourtant 7% du marché mondial de la musique. A qui revient ce butin ?

 

"C'est à la fois génial parce que ça démocratise complètement l'écoute, certains peuvent diffuser leur musique sans filtre, et en même temps ça rend cet effort gratuit, et on n'est pas dans un monde idéal où les auditeurs achèteraient l'album après." Mathias Malzieu, le chanteur du groupe Dionysos, résume bien les deux revers de cette même médaille. "S'opposer au streaming serait totalement rétrograde, mais il faudrait le catalyser mieux, pour que ça aide tous les artistes."

 

L'homme sans trucage, de Dionysos et Jean Rochefort, extrait du film "Jack et la mécanique du coeur"

 

Lorsque vous écoutez un morceau sur Deezer, Spotify et consorts, quelques bouts de centimes sont reversés aux artistes. Le montant varie en fonction de l'artiste, de la plate-forme, et du pays. Si un titre acheté 1,29€ sur iTunes fait gagner 40 centimes à l'artiste, son écoute en streaming ne rapporte pas plus de 0,0004€ au chanteur/groupe/musicien. Et souvent moins.

Les titres de Noir Désir, écoutés six millions de fois sur Spotify depuis 2009, n'ont gagné par ce biais que 4.000€ environ. Stromae, l'un des chanteurs les plus écoutés en France en 2013, a récolté entre 20.000 et 30.000€ pour 37 millions d'écoutes. C'est déjà ça, mais c'est minime comparé aux ventes matérialisées. Radiohead ou Coldplay ont préféré retirer purement et simplement leurs morceaux de ces sites.

 

Tous les mêmes, de Stromae, l'un des artistes les plus écoutés l'an dernier sur Spotify

 

"Le tout n'est pas de proposer un titre en streaming", explique Virginie Berger, spécialiste en marketing musical au sein de l'agence Don't Believe The Hype. "C'est plutôt de faire savoir que ce titre est disponible sur telle ou telle plate-forme. Au milieu d'une jungle de 25 millions de morceaux en streaming, ce sont souvent les gros budgets qui gagnent."

Un constat partagé par Charles Baptiste, artiste indépendant, qui gagne aujourd'hui sa vie grâce à la scène. "Sur Deezer ou Spotify, vous trouverez peu d'indépendants ou d'auto-produits. Il y a surtout des noms portés par des gros labels qui peuvent se permettre d'engager des frais marketing importants."

 

Ecoutez cent fois de suite "Aussi cool que toi" de Charles Baptiste, et il pourra s'acheter un carambar

 

"Le pouvoir de YouTube est phénoménal comparé au pouvoir des ayants droits", regrette Vincent Frèrebeau, le patron du label Tôt ou Tard. "Plus votre boîte est petite, moins elle apparaît. Donc on comprend vite que des gros contrats sont signés entre Google et les multinationales, des contrats dont nous sommes totalement exclus." Il s'y est pourtant mis, et le dernier album de Shaka Ponk, produit par Tôt ou Tard, figure encore, trois ans après, dans le top-20 de Deezer.

 

My name is Stain, le dernier Shaka Ponk, gros succès du streaming pour le label Tôt ou Tard

 

Pedro Winter, patron du label Ed Banger, veut positiver : "Ca ne détruit pas forcément les ventes. Baby I'm Yours, de Breakbot, est l'un de nos petits hits, il a été beaucoup partagé sur le net, et on approche quand même les 500.000 singles écoulés." Pour lui, il faut surtout trouver un moyen de continuer à exciter les gens. Quand on veut, on peut.

 

Spotify a fêté à l'automne dernier son cinquième anniversaire en France. Nous le lui avions fêté sur le Mouv'. Cliquez .

Connaissez-vous 1DTouch, le streaming équitable ? Nous avions rencontré ses concepteurs à Saint-Etienne, à retrouver ici.

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Photo de couverture : Cc FlickR Phil Aaronson


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