Spirou fête ses 75 piges

le Reportage de la Rédaction Jeudi 18 juillet 2013

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Spirou fête ses 75 piges
Il ne les fait pas, mais c'est indéniable : Spirou a 75ans. Le groom le plus célèbre de la BD souffle ses bougies à Angoulême, avec une expo événement que le Mouv' a pu visiter en compagnie d'un jeune auteur biberonné aux albums de la série.

 

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Quand Benoît Preteseille était petit, Tome et Janry signaient les albums de Spirou. Le petit Benoît, au fond de son lit, adorait ça. Notamment La vallée des bannis et son climat étrange, angoissant. Mais il bouquinait aussi les plus anciens, les classiques de Franquin. "J'adorais Zorglub et ses vaisseaux complètement fous." En réalité, Benoît Preteseille connait tout du petit groom des éditions Dupuis.

 

Benoît Preteseille nous dessine sa propre idée de Spirou © Augustin Arrivé

 

Alors maintenant qu'il est lui-même auteur et éditeur de bande-dessinée (vous pouvez retrouver ici son catalogue), il a accepté de visiter pour le Mouv' la toute nouvelle expo Spirou, un héros dynamique, à la Cité Internationale de la BD et de l'image d'Angoulême.

 

Tous les scénaristes et dessinateurs de la série sont là. De Robert Velter, dit Rob-Vel, ancien groom lui-même, qui créa le personnage à la demande de Jean Dupuis en 1938, jusqu'à Fabien Vehlmann et Yoann, les actuels parents d'adoption.

 

Spirou à travers les âges © Dupuis

 

C'est l'une des spécificités de Spirou : contrairement à Tintin, notre héros roux appartient à son éditeur, qui a donc pu lui faire vivre de nouvelles aventures, même après le départ de Rob-Vel. Et chaque artiste passé par ses cases a pu imposer son style à la marque.

 

Sur un petit muret, Benoît Preteseille feuillette de vieux numéros du Journal. L'époque de Jijé (1940-1946), qu'il ne connaissait pas quand il était enfant. "Quand j'ai découvert ces histoires-là, j'étais un peu mal à l'aise, parce que Jijé a un travail sur la grimace et la caricature qui est très agressif. Fantasio, chez Jijé, je le trouvais flippant." Jugez vous-même.

 

Planche de Jijé extraite du Jounal de Spirou n°587 de 1949 © Dupuis

 

Le commissaire d'exposition, Jean-Pierre Mercier, s'est efforcé de dénicher des planches originales significatives du style de chacun. "Franquin a donné une personnalité complexe à tous les personnages. Zorglub est méchant et gentil à la fois. On sent qu'il n'est pas qu'un ennemi pour Champignac. Et Franquin a créé Seccotine, un personnage féminin, ce qui est révolutionnaire pour l'époque."

 

Esquisse de Franquin pour Z comme Zorglub en 1961 © Dupuis

 

L'expo propose aussi de nombreuses figurines, des vinyles adaptés des albums, quelques jeux de sociétés, et des reliques précieuses, comme cette marionnette du groom qui a survécu à la Seconde Guerre Mondiale avant de se perdre dans un grenier. Le fils de son créateur l'a retrouvée récemment :

 

 

"Quand Spirou a été interdit de publication en 1942 par les Nazis", explique Jean-Pierre Mercier, "Jean Doisy, le rédacteur en chef a proposé à un marionnettiste, André Moons, de créer un spectacle avec des marionnettes à l'effigie des héros du journal. Ils ont sillonné toutes les villes de Belgique, et leur show était une couverture pour transmettre discrètement des infos à la Résistance. Et la mère d'André Moons en a profité pour sauver un nombre incalculable de juifs."

 

 

 

Marionnette d'André Moons © collection Xavier Moons

 

 

La Shoah ne sera abordée que bien plus tard dans les albums, sous les crayons d'Olivier Schwartz et la plume de Yann. C'était dans Le groom vert-de-gris, un album publié en 2009 dans la nouvelle collection des one-shots d'auteurs (Une aventure de Spirou et Fantasio par...).

 

Le groom vert-de-gris, par Yann et Schwartz en 2009 © Dupuis

 

Des récits comme celui-ci, il y en a plein l'expo, qui présente quelques vidéos passionnantes. Des entretiens avec les auteurs de la saga, comme Fournier, jeune auteur innocent, qui ne s'est pas méfié quand Dupuis lui a proposé de reprendre le flambeau au départ de Franquin. Difficile de passer après un tel génie, et les fables écolos de Fournier, pourtant très correctes, seront conspuées par le courrier des lecteurs.

 

Travail sur la couverture de l'album Du glucose pour Noémie, par Fournier, en 1970 © Dupuis

 

Benoit Preteseille ne veut pas tellement critiquer les collègues. "Et puis d'ailleurs, je le respecte énormément." Il y aurait sans doute davantage à redire de la tentative d'Hiroyuki Ooshima d'adapter Spirou en manga. "Même si on ne veut pas jouer les censeurs, il y a toujours un pacte implicite entre le lecteur et l'auteur. Il faut respecter un certain nombre de codes de la série." Cette fois, ça allait peut-être trop loin.

 

Expo Spirou un héros dynamique, à la Cité internationale de la BD d'Angoulême © Alberto Bocos Gil

 

Avant de partir, on récupère un petit calot de groom en carton. Spirou, c'est un voyage en enfance. On a de nouveau 8ans, 12ans, 15ans. On veut attraper la queue du Marsupilami et replonger avec lui dans la jungle palombienne. On sort du musée. La Charente nous console.

 

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